‹ La philosophie de GassendiChapitre 87 sur 178 · Id., p · texte numérisé non relu

Id., p

3. — « Or, que rentendemeDt humain considéré selon soi et selon sa nature puisse entendre les choses et leurs propriétés par un simple regard, c'est ce qui se peut voir de ce qui a été dit à l'égard de la phantaisie. Car Fentendemeat doit véritablement avoir prêt dans la phantaisie l'amas de plusieurs hommes, entre lesquels soit, par exemple, Socrate; il en doit avoir un plus général, et comme de tous les vivants, entre lesquels soit l'animal... et ainsi des autres; mais, après qu'il a ces amas ordonnés et connus, il n'a pas besoin de raisonner pour entendre que Socrate est animal parce qu'il est homme; ni vivant, parce qu'il est animal... parce qu'il voit d'un seul regard l'amas des animaux et, dans cet amas, l'homme... De même que connaissant qu'Athènes est dans la Grèce, il n'a pas besoin d'aucun raisonnement par lequel il connaisse que Socrate est dans la Grèce, parce qu'il est à Atb^* QQil ne raisonne pas pour se persuader à lui-mé"^' ^nt justes, mais pour le

DE L'AME raisonnable OU DE L'ENTENDEMENT 165

par suite de son étroite union avec le corps, comme il n'aperçoit

les choses qu'à travers les images de la phantaisie, Tentende-

ment humain n'arrive à entendre et à comprendre que par le

raisonnement, en inférant une chose d'une autre : les espèces

étant pour lui les signes de la réalité cachée. Le raisonnement ^

est donc à la fois une preuve de grandeur et une preuve de

fa.ihlesse : de grandeur, car par lui nous sommes supérieurs

a.ux animaux; de faiblesse, car. par lui nous sommes inférieurs

à Dieu ».

En second lieu, c'est par l'entendement seul que nous pouvions acquérir la science, car c'est par lui seul que nous connaissons, outre les choses particulières, les universaux. — Il y a, ^ahs doute, une science du particulier, quoi qu'en ait dit Aristote, o«ir les notions que nous avons de Dieu, de tel arbre, par exemple, sont évidentes et certaines; néanmoins, les notions universelles oonsliluent seules la science proprement dite : en effet, les individus sont changeants et périssables; les caractères essentiels ^ui constituent l'universalité restent au contraire fixes et immua- Ï^Ies et se retrouvent chez tous les êtres de la même espèce; la connaissance des uns est donc une connaissance éphémère, toujcmrs à refaire; la connaissance des autres, une fois acquise, ^^lat aussi longtemps que son objet, c'est-à-dire toujours; en o^tre, tous les individus, quelque ressemblants qu'ils soient, ont ^^s différences, des particularités qui les séparent; comment la ''^^moire sufflrait-elle à les retenir tous? Elle retient sans J^^ine la notion qui renferme et résume tous leurs caractères ^^^ mmuns. Ajoutons, enfin, que celle science qui a ainsi pour ^4>jet le général est notre œuvre, car elle résulte du travail de * esprit interprétant par sa propre vertu les données qui lui sont ^^tirnies par les sens et la phantaisie ^.

On trouverait maintenant dans Tétroite union de l'entende-

^^rsuader aux autres qui ignorent, par exemple, que Athènes est en ^rèce. (T. II, p. 457. — Trad. Dernier, t. VI, p. 429 et 430.) — Stuart Mill, exposant, sa théorie du raisonnement, emploie les exemples mêmes .^j'emploie ici Gassendi.

1. Gassendi accorde bien, il est vrai, aux animaux un certain pouvoir de isonner, mais ce pouvoir que nous avons analysé plus haut ne saurait

confondu avec celui dont nous parlons ici.

Page 1