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CHAPITRE IV

DE l'origine des IDÉES ET DES PREMIERS PRINaPES

Du problème de l'origine des idées. — I. Point d'idées innées : toutes les idées viennent des sens ou sont formées à Taide des données des sens. — II. Comment se forment nos idées. — Des idées particulières. — Des fictions. — Des idées -générales. — Des idées des choses incorporelles, en quoi elles diffèrent des précédentes. — III. Des premiers principes; leurs caractères, leur origine. — IV. Conclusion.

1. — Les analyses qui précèdent nous aideront à comprendre la solution que donne Gassendi à Timportant problème de rorigine des idées. Bien que cette solution se trouve à la fois exposée dans sa Logique et dans sa Physique^ elle ne saurait être exactement appréciée si Ton n'a point examiné d'abord, en se plaçant au point de vue même où se place Gassendi, quelle est la nature de Pentendement, quelles sont ses fonctions, quelles différences radicales le séparent de la phantaisie. C'est pour n'avoir point débuté par cet examen attentif que tant de critiques se sont mépris sur la vraie doctrine de Gassendi, se bornant à la juger sur certaines propositions, ambiguës quand on les considère isolément, très précises quand on ne les sépare point des commentaires qui les accompagnent.

Toute cette doctrine repose sur ce principe fondamental admis par Aristote, comme par Zenon et Epicure : « Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu ». « Toute idée qui est dans l'esprit, dit Gassendi, ou vient des sens ou est formée à l'aide des données des sens *. » C'est là un fait d'expérience; l'aveugle n'a point la notion des couleurs; le sourd, celle des sons, et si un homme, supposition d'ailleurs irréalisable, était privé de tous les sens, il n'aurait véritablement aucune idée.

1. « Omnis quse in mente habetur idea ortuin ducit a sensibus. Omnis idea aut per sensum transit, aut ex lis, quœ transeunt per sensum, formatur. » (Logica, I.)

Quelques philosophes, il est vrai, prétendent, au contraire, que rame, à l'origine, ne ressemble pas à une table rase, et qu'il y a en elle des idées innées; mais leur hypothèse, ilâ ne la justiûent pas. Ces idées existent-elles dans Tenfant qui n'est pas encore né? Existent-elles en nous*pendant un sommeil profond, pendant la léthargie? Pourquoi ne nous en reste-t-il aucun souvenir? « Tout ce que vous et les autres, répond Gassendi dans ses Instances à Descartes, alléguez sur les idées innées ne prouve rien, sinon que vous avez une faculté innée de connaissance. Si nous possédions des idées innées, il suffirait d'y apphquer notre attention pour acquérir la connaissance de toutes choses. Or, il faut toujours, pour connaître, porter notre attention sur les objets extérieurs : ainsi, qu'il y ait des idées innées ou qu'il n'y en ait pas, il en sera de même, pourvu que nous soyons doués d'une faculté de connaître *. » ^

II. — Examinons donc brièvement comment nous acquérons toutes nos idées, sans recourir à l'hypothèse de l'innéité.

Et d'abord, que la plupart d'entre elles viennent directement des sens, le fait ne saurait être contesté. Telles sont les idées de couleur, de saveur, d'arbre, etc.

En second lieu, à l'aide de ces idées qui correspondent à un objet extérieur, on en peut former d'autres qui ne correspondent à aucune réalité, et cela, soit involontairement, par suite du mouvement des esprits dans les diverses traces du cer* veau, soit volontairement, grâce à la volonté et à l'entendement qui dirigent la phanlaisie. C'est ainsi que, par composition^ rapprochant des matériaux d'origines différentes, nous obtenons les idées composées de montagne d'or et de centaure ; par ampliation^ celle de géant; par diminution^ celle de pygmée; par transport et accommodation^ celles d'objets inconnus, mais que l'on conçoit sur le modèle d'objets que Ton connaît.

Jusqu'ici donc point de difficulté. Il ne semble pas difficile, non plus, de rendre compte des idées générales; l'entendement les obtient en procédant de deux façons : en assemblant et qh faisant des abstractions, « aggregando et abstrahendo ». En assemblant les idées semblables, il forme une idée unique qui les embrasse

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