NATURELLE
DE l'expérience CONSIDÉRÉE COMME MÉDIATRICE ENTRE l'objet ET LE SUJET.
L'homme, dès qu'il aperçoit les objets qui Tentouiciit les considère de prime abord dans leurs rapports avec lui-même, et il a raison d'en agir ainsi : car toute sa destinée dépend du plaisir ou du déplaisir qu'ils lui causent, de l'attraction ou de la répulsion qu'ils exercent sur lui, de leur utilité ou (le leurs dangers à son égard. Cette manière si naturelle d'envisager et d'apprécier les choses paraît :mssi facile que nécessaire, et cependant elle expose Thomme à mille erreurs qui l'humilient, et remplissent sa vie d'amertume.
Celui qui, mû par un instinct puissant, veut connaître les objets en eux-mêmes et dans leurs rapports réciproques, entreprend une tâche encore plus difficile; car le terme de comparaison qu'il avait en considérant les objets par rapport à lui-même, lui manquera bientôt. Il n'a plus la pierre de touche du plaisir ou du déplaisir, de l'attraction ou de la répulsion, de l'utilité ou de l'inconvénient; ce sont des critères qui lui manquent désormais complète-
APPKMKCE
352 PIIILOSOI'IIIK IIE GOETHE
menl. Impassible, élevé pour ainsi dire au-dessus de rh.unanité, il doit s'efforcer de contuùtre ce qui es(. et non ce qui lui convient. Le véritable botaniste n.- ,era touché ni de la beauté, ni de l'utilité des piaules, il examinera leurs structures et leurs rapports avec le reste du rè},'ne végétal. Se.ublable au sole.l f|ui les éclaire et les fait germer, il <loit les contempler toutes d'un («il impartial, les embrasser dans leur ensemble, et pren.lre ses termes de comparaison, les données de son jugement, non pas en Immême, mais dans le cercle des choses qu'il observe.
Appliquer cette saoacité à l'examen des phénomènes mystérieux de la nature, faire attention a chacun des pas qu'il fait dans un monde où d se trouve pour ainsi dire ahandonné à lui-même, se tenir en garde contre toute précipitation, ne pas perdre de vue le hut qu'il veut atteindre, sans toutefois laisser passer inaperçue aucune circonstance favorahle ou défavorable, s'observer incessamment lui-même parce ([u'il n'a personne pour contrôler ses actions et se tenir constamment en garde conirr ses propres résultats : telles sont les conditions (pie doit réunir un observateur accompli, et Ton voit coud)ien il est difficile de les reuq)lir soi-même on de les exiger des autres. Toutefois, ces diflicultés. ou pour parler plus exactement, cette impossibilité supposée, ne doivent pas nous empêcher de Inné tous nos efforts pour aller aussi loin que nous pourrons. Nous nous rappellerons par quels moyens les hommes d'élite ont agrandi \e champ des sciences;
nous éviterons les voies trompeuses dans lesquelles ils se sont égarés, en entraînant à leur suite, pendant plusieurs siècles souvent, un nombre immense d'imitateurs, jusqu'à ce que des expériences subséquentes aient ramené les observateurs dans la bonne route.
Personne ne sera tenté de nier que l'expérience n'exerce et ne doive exercer la plus grande influence dans tout ce que l'homme entreprend, et en particuiiei- dans l'histoire naturelle, dont il est ici question (l'une manière plus spéciale; de même on ne saurait refuser à l'intelligence qui saisit, compare, coordonne ri perfectionne l'expérience, une force indépendante «t créatrice, en quelque sorte. Mais quelle est la meilleiu-e méthode d'expérimentation? Comment utiliser ces essais, et augmenter nos forces en les .inployant? Voilà ce qui est et doit être presque univei'sellement ignoré.
Du moment où l'attention d'un homme doué de sens sains et pénétrants est attirée sur certains ol)jets, (lès lors il est j)orté à observer, et propre à le faire avec succès. C'est une remarque que j'ai été souvent à même de constater depuis que je m'occupe avec ardeur de la lumière et des couleurs. J'ai l'habitude, comme c'est l'ordinaire, dem'entretenir du sujet qui me captive dans le moment avec des personnes étrangères à cette science. Dès que leur attention est éveillée, elles aperçoivent des phénomènes qui m'étaient inconnus, et que j'avais laissé passer inaperçus, réforment ainsi des convictions prématurées, et me mettent à même d'avancer plus rapidement et de sortir du cercle étroit dans lequel des recher-
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1»111L0S()I»HIE DE i;OETlIE
ches ix'niblesnovis retiennent souvent emprisonnes. Ce qui est vrai de la plupart des entreprises humaines l'est aussi de celle-ci : les efforts de plusieurs, dirigés vers le môme but, peuvent seuls amener de grands résultats. Il est évident que la jalousie, qui nous porte à enlever aux autres l'honneur d'une découverte, ainsi (pie le désir immodéré de conduire à bien et de perfectionner seuls, sans secours étrangers, une découverte que nous avons faite, s(»nt de "randes entraves que l'observateur s'impose à lui-
n même.
Je me suis trop bien trouvé de la méthode qui consiste à travailler avec plusieurs collaborateurs, pour vouloir y renoncer. Je sais au juste à qui je suis redevable de telle ou telle découverte, et ce sera un plaisir pour moi de le faire connaître dans la suite.
Si des hommes ordinaires, mais attentifs, ]>euvenl rendre de si grands services, que n'est-on pas en dioit d'attendre de la réunion de plusieurs hommes instruits? C'est le temps, et non pas les honmies, cpii fait les plus belles découvertes ; et les grandes choses ont été accomplies à la même époque par deu\ ou plusieurs penseurs à la fois. Si nous avons d'immenses obligations à la société et à nos amis, nous devons encore plus au monde et au temps, et nous ne saurions assez reconnaître combien les. secours. les avertissements, les communications réciproques et la contradiction, sont nécessaires pour nous maintenir et faire avancer dans la bonne voie.
Dans les sciences il faut tenir une conduite contraire à celle des artistes. Ceux-ci ont raison de ne pas laisser voir leurs ouvrages avant qu'ils ne soieni
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APPENDICE
terminés; ils pourraient difficilement mettre à profit les conseils qui leur seraient donnés, ou s'aider des secours qui leur seraient offerts. L'œuvre terminée, ils doivent prendre à cœur le blâme et l'éloge, en méditer les causes pour les combiner avec leurs observations personnelles, et se préparer, se former avant d'aborder une œuvre nouvelle. Dans les sciences, au contraire, il est utile de communiquer au public une idée naissante, une expérience nouvelle à mesure qu'on les rencontre, et de n'élever l'édifice scientifique que lorsque le plan et les matériaux ont été universellement connus, appréciés et jugés.
Répéter à dessein les observations faites avant nous, ou que d'autres font simultanément, reproduire des phénomènes engendrés artificiellement ou par liasard, c'est faire ce qu'on appelle une expérience.
Le mérite d'une expérience simple ou compliquée, c'est de pouvoir être répétée chaque fois qu'on réunira les conditions essentielles au moyen d'un appareil connu, manié suivant certaines règles, avec l'habileté nécessaire. On a raison d'admirer Tesprit liumain en considérant quelles sont les combinaisons <|u'il a fallu pour atteindre ce résultat, quelles*ma- ( huies ont été imaginées et sont encore inventées tous les jours dans le but de prouver une vérité.
Quelle que soit la valeur d'une expérience isolée, elle n'acquiert toute son importance que lorsqu'elle <^t réunie et rattachée à d'autres essais. Mais pomlier deux expériences entre elles il faut une attention et une rigueur que peu d'observateurs savent s'imposer. Deux phénomènes peuvent présenter de la ressemblance sans être aussi analogues qu'ils le parais-
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l'IlIl.oSOPIIIK l)K finETIlE
st'nt. Doux oxpmoncos sriiil)Iont ètir, îui [)i't'ini«r ithonl, la conséquonce Tiino de l'autre, et il setrovivr niruiie lon«iii« sério de Inits inlvmiédiaires surfit ;i peiïic pour les rattacher l'une à l'autre.
On ne saurait donc se tenir assez en ^^arde contre les conséquences prématurées que Ton tire si souvent des e\[)ériences; car c'est en passant de l'observation au jugement, de la connaissance d'un l'ait à son application, que riiomme se trouve à l'entrétî d'un défilé où l'attendent tous ses ennemis intérieurs, l'iuuigination, l'iuqiatience, la précipitation, rammu'-pro|)re, rcntètement, la forme des idées, les opinions précon- «:ues, la paresse, la légèreté, Tamour du changement, et mille autres encore dont les noms m'échappent. Ils sont tous là placés en embuscade et surprennent également riionmie de la vie pratique et Tobservateur calme et tranquille qui semble à Tabri de toute passion.
Pour faire sentir rimminence du danger et iixer l'attention du lecteur, je ne craindrai pas de hasarder lui paradoxe, et de soutenir qu'une expérience, ou méuie plusieurs expériences mises en rapport, ne prouvent absolument rien, et (ju'il est on ne peiit plus dangeivux de vouloir confirmer par l'observation immédiate mie proposition ([uelconque. Il y a plus: l'ignorance des inconvénients et l'insuffisance de cette méthode a été la cause des plus grandes erreurs. Je vais m'expliquer plus clairement, afin de me laver de tout soupçon d'avoir voulu seulement viser à l'originalité.
L'observation que vous fîiites, l'expérience qui la
confirme, ne sont pour vous qu'une notion isolée. Ku
APPENDICE
reproduisant plusieurs fois cette notion isolée, vous la transformez en certitude. Deux observations sur le même sujcît airivent à votre connaissance; elle peuvent être étroitement unies entre elles, mais le jiaraître encore plus qu'elles ne le sont réellement. On est ordinairement porté à juger leur connexion plus intime qu'elle ne l'est en effet. Cette disposition est conforme à la nature de l'homme; l'histoire de l'esprit humain en fournit des exemples par milliers, et je sais par expérience que souvent j'ai commis des fautes de ce genre.
Ce défaut a beaucoup de rapport avec un autre, dont il est le produit. L'homme se complaît dans la représentation d'une chose plus que dans la chose elle-même; ou, pour parler plus exactement, l'homnie ne se complaît dans une chose, qu'en tant (pi'il se la représente, qu'elle cadre avec sa manière d<' voif; mais il a beau élever son idée au-dessus de celles du vulgaire, il a beau l'épurer, elle n'est jamais qu'un essai infrudteux pour établir entre plusieurs objets des relations saisissables, il est vrai, mais qui, à proj>rement parler, n'existent pas entre eux. De là cette tendance aux hypothèses, aux théories, aux terminologies, aux systèmes, que nous ne saurions blâmer, puisqu'elle est une conséquence nécessaire de notre organisation.
S'il, est vrai que, d'une part, une observation, une expérience, doivent toujours être considérées comme isolées, et que, d'autre part, l'esprit humain tend à rapprocher avec une force irrésistible tous les faits extérieurs qui arrivent à sa connaissance, on comprendra aisément le danger qu'il peut y avoir à lier
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une expérience isolée avec une idée arrêtée, et à vouloir établir par des expériences isolées un rapport qui, loin d'être purement matériel, est le produit anticipé (le la force créatrice de l'intelligence. Des travaux de cette nature engendrent le plus souvent des théories et des systèmes qui font le plus grand honneur à la sagacité de leurs auteurs. Adoptées avec enthousiasme, leur règne se prolonge souvent trop longtemps, et elles arrêtent ou entravent les progrès de l'esprit humain, qu'elles eussent favorisés sous d'autres rapports.
J'ai montré quel péril il y avait à donner les conclusions iumiédiates d'une expérience comme la démonstration d'une hypothèse ; j'ai montré au contraire cond)ien il était utile de recourir aux conclusions médiates. J'insisterai sur ce point. Tout phénomène dans la natme vivante est lié à Tensemble, et, quoi(puî nos observations nous semblent isolées, quoique; les expériences ne soient pour nous que des faits individuels, il n'en résulte pas qu'elles le soient réllement; il s'atrit seulement de savoir counnent nous trouverons le Tien qui unit ces phénomènes entre eux.
Nous avons vu plus haut que les premiers qui tombent dans l'erreur sont ceux qui cherchent à faire cadrer immédiatement un fait individuel avec leurs opinions ou leur manière de voir. Nous trouverons au contraire que ceux qui savent étudier une observation, une expérience, sous tous les points de vue, la poursuivre dans toutes ses modifications et la retourner dans tous les sens, arrivent aux résultats les plus féconds.
APPENDICE --
et les éléments généraux sont soumis à „„, .,clion el ••. une réaction continuelles. L'on peut dire .ru," mené quelconque qu'il est en rapport avec me e' d autres, sen.blahle à u„ point lu'ninoux e, 1 ,d ns 1 espace, qm rayonne dans tous les sens. Ain dn 1 expérience une fois laite, l'observation eon i / nous ne saunons nous enquérir avec trop i s .m ,,: ce qu. se trouve en conU^cl ùn,nMial ave- elle d qu. en résulte j>rochaine,uent; cela est plus Irh, que de savon- quels sont les faits ana o«nes Te onc du devoir de tout naturalis.e de varier, ^ pertences isolées. C'est le contraire de ce oJh'^ eerivain qui veut intéresser. Celui-d emm e " eeleur s'il ne lui donne rien à deviner, ee " I , L travai 1er sans relâche comme s'il voulait ne en c a fa,rc a ses successeurs. La .lisproportion ien tr : ntelligence avec la nature des choses l'avertii-ra s tôt que nul l.on.me n'a la caj.acité d'en /inir ave. sujet quel qu'il soit, «ans loi deux preui",! ,." de mon 0,Uique, j'ai tâché de former une Ï "
penences congénères, qui se louchent imméd, m e . ' et qu,, lorsqu'on les considère ,lans leur ense I ne forment, à proprement parler, qu'une s"lT .' nence, et ne sont qu'une seule observation , r^se" • sous mille points de vue différents
Une observation, qui en renferme ainsi plusieurs es évidemment d'un ordre plus relevé. E le est ' ' nalogue de la formule algébrique qui repré ente Is" unll-ers de ca culs arithmétiques isïlés. Arri^ à expériences d'un ordre relevé, telle est la h ut/J -n de l'e.xpérime„ta.eur, et l'exemple des'"!;:.';
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les plus leiiiarquables dans les sciences est là pour le j)rouver
Les éléments de ces observations d'un ordre plus relevé consistent en un «^rand nondjre d'expériences isolées que chacun peut examiner et ju^er, pour s'assurer ainsi que la lornnde générale est bien l'expression de tous les cas individuels; car ici on ne saurait procéder arbitrairement.
Dans l'autre méthode, au eonlraire, ((ui consiste à soutenir son opinion par des expériences isolées. qu'on transforme en arguments, on ne fait le plus souvent que surprendre un jugement, sans amener la conviction. Mais, si vous avez réuni mie masse de ces observations d'un ordre supérieur dont nous avons déjà parlé, alors on aura beau les attacpier par le rai sonnement, l'imagination, la plaisanterie, on ne fera qu'alTennir l'édilice loin de l'ébranler. Ce premier travail ne saurait être acconq)li avec assez de scrupule, de soin, de rigueur, de pédantisme même ; car il doit servir au teuqis présent et à la postérité. On coordcmnera ces matériaux en série, sans les disposer d'une manière systématique ; chacun alors peut les grouper à sa manière pour en former un tout plus ou moins abordable et facile à Tintelligence. En procédant ainsi, on séparera ce qui doit être séparé, et l'on accroîtra plus vite et plus fructueusement le trésor de nos observations, que s*il fallait laisser de coté les expériences ."Hibséquentes, comme on néglige des pierres apportées auprès d'une» construction achevée et dont l'architecte ne saurait faire usage.
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ces su. 1 optique, soient satisfaits de cette déclaration Mon .ntention est de rassembler toutes les S rv ' ons a. es dans cette science, de répéter et de ^ •^-•Innt .,„e poss.l.le toutes les expériences, de le rendre assez faciles pour qu'elles soient, à la port e I plus ,rand nombre ; puis, de fonnnler des propos o T\ '■"^"'"-'r' '«« observations du se.-o.l Z J
pa.lo s 1 espnt ou l'imagination toujours mon.nts el "■',Ft.onts me font devancer l'observation, Ïrs •nethode elle-même u.mdique dans quelle Ih : o >e trouve le pomt auquel je dois les r.'mener
»l 1' DE l'auTEOR.
L'l.on.u.e qui veut étudier les êtres en général et ceux en particulier qui sont organisés, dans l'intentio de detennmer leurs rapports et les bis de leuc-
Irc'irrT' r* ■r*""' '-i--'"nlé de croire
Il eÏ ^',''" ."-'""^ ' ""••''yse peut nous menerfortloin. Il st mut. le de .appeler ici tous les services que IV natom.e et la cbimie ont rendus à la science et combien elles ont cont.ibué à fai.e comprendie la natu.l dans son ense..,ble et dans ses délai s
l'IllLOSOIMlIE DE GOKTIIE
Mais ces travaux analytiques, toujours coiitiimés, ont aussi leurs inconvénients. On sépare les êtres vivants en éléments, mais on ne peut les reconstruire ni les animer; ceci est vrai de beaucoup de corps inorganiques, et l\ plus forte raison des corps organisés.
Aussi les savants ont-ils senti de tout teHq)s le besoin de considérer les végétaux et les animaux comme d<;s organismes vivants, d'end)rasser l'ensemble de leurs parties extérieures qui sont visibles et tangibles, pour m déduire leur structure intérieure et dominer pour ainsi dire tout par l'intuiticm. Il est inutile de faire voir en détail combien cette tendance scientifique est en harmonie avec l'instinct artistique et le talent
d'imitation.
L'histoire de l'art, du savoir et de la science, nous a conservé plus d'un essai entrepris pour fonder et perfectionnor cette doctrine que j'appellerai Morphologie, Nous verrons dans la partie historique sous combien de formes diverses ces essais ont été tentés.
L'Allemand, pour exprimer l'ensemble d'un être existant, se sm'idnim^i forme (G es tait). VMe\n\)\o^jin\i ce mot, il fiiit abstraction de la mobilité des parties, il admet ([ue le tout qui résulte de l'assemblage de celles qui se conviennent, ]>orte un caractère invaria-
Ide et absolu.
Mais si nous examinons toutes les formes, et en particulier les formes organiques, nous trouvons bientôt qu'il n'y a rien de fixe, d'immobile, ni d'absolu, mais que toutes sont entraînées par un mouvement continuel ; voilà pourquoi notre langue a le mot formation iBildung)y qui se dit aussi bien de ce qui a
< le deja |>,odu.l que .lo «■ .,„i i,. ,,,, ,., ^^^.^^
Ains, donc, SI nous voulons former une Morpliologw, nous ne devons point parle.' d." forme ^l si nous employons ce n.o,, il ne sera pour n s 'q. le représentant d'une notion, dune idée ou d'un «rno .ne.e réalisé et existant seulement pour le lÙZ Ce qu. vient d'être formé se transforme à l'inslan et pour avou. une idée vivante ot vraie de la na" ^ nons devons la considérer co.n.ne toujours n.oid
dont elle j)rocede avec nous-nré.nes.
«„« iV'"'*^" **'"" '"''''"' """^ ^'■■l«"«"s "" io,„s en ses différentes parties, et celles-ci de nouveau enlur
l-.- ncst pas de celles-c. qu'il sera question ici; nous voulons au contraire attirer l'attention sur un .lus élevée de l'organisation que nous formulon la manière suivante :
Tout être vivant n'est pas une unité, mais une plu . hte; même alors qu'il nous apparaît sous la Ib 1 '1 !■•; •nd.vidu, il est une réunion d'ètres vi4„ "xistants par eux-mêmes, identiques au fond ri |1". peuvent en apparence être identiques ou smb
S'r ■ufrd? r- '''-^''^'^^^- Tantôt ces tt sont réunis des 1 origine, tantôt ils se rencontrent et
se reunissent; ils se séparent, se recl.exchenl et dét™ent amsi une reproduction à la fois infint tt
Plus l'être est imparfait, plus les parties sont sem- ;1 Ides e reproduisent l'image de l'ensemble Pl^s I elre devient parfait et plus les parties sont d ssem
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T,U VIIILOSOIMIIE UE (iOETHE
hlaljies. Dans le premier cas, le tout ressemble à la partie; dans le second, c'est l'inverse; plus les parlies sont semblables, moins elles se subordonnent les unes aux autres : la subordination des organes indique une créature d'ordre élevé.
Comme les maximes générales ont toujours quelque chose d'obscur pour celui qui ne sait pas les explicjuer à l'instant même en les appuyant par des e\enq>les, nous allons en donner quebpies-uns ; car tout neutre travail ne roule que sur le dévelop|)emenl (le cfs idées et de quelques autres encore.
Qu'une herbe et même un arbre qui se présentent à noiis comme des individus soient composés de parties send)lables entre elles et au tout, c'est ce que personne ne sera tenté de nier. Que de plantes peuvent se propager par boutures ! Le bourgeon de la deinière variété d'un arbre à fruit pousse un rameau qui porte un certain nombre de bourgeons identiques; la propagation par graine se l'ait de la même manière; elle t*st le développement d'un nombre infini d'individus semblables, sortis du sein de la même plante.
On voit que le mystère de la propagation par semence est déjà contenu dans cette formule. Et, si on rétléchit, si on observe bien, on reconnaîtra que la graine elle-même, qui, au premier abord, nous semble mie unité indivisible, n'est en réalité qu'un assend)lage d'êtres send)lables et identiques. On regarde ordinairement la fève comme propre à donner une idée juste de la germination; prenez-la avant qu'elle ait germé, lorsqu'elle est encore entourée de son périsperme, vous trouverez, après l'avoir dépouillée de cette enveloppe, d'abord deux cotylédons que l'on
\F'I»km)m:k
compare a tort au placenta ; car ce sont de véritables feuilles, tuméfiées, il est vrai, remplies de fécule, mais qui verdissent à l'air; puis on observe la plu' maie qui se compose elle-même de deux feuilles développées et susceptibles de se développer encore; SI vous réfléchissez que derrière chaque pétiole il existe un bourgeon, sinon en réalité du moins en possibilité, alors vous reconnaîtrez dans la graine qui vous paraît simple au premier abord, une réimion d'individualités que l'idée siq)pose identiques et dont l'observation démontre ranalo<ne.
Ce (pii est identi((ue, selon IVsprit, est aux yeux de l'observation quehjuefois identique, d'autres 'fois semblable, souvent enfin tout à fait différent et dissend)lable; c'est en cela que consiste la vie accidentée de la nature telle que nous voulons la présenter dans ce livre.
Citons encore un exenq)le pris dans le derniei- degré de réchelle animale. Il est des infusoires qui présentent une forme très-simple, lorsque nous les voyons nager dans l'eau: dès que celle-ci les laisse à sec, ils crèvent et se résolvent en une multitude de petits granules ; cette résolution est probablement un phénomène naturel qui aurait lieu tout aussi bien dans l'eau et qui indique une multiplication indéfinie. J'en ai dit assez sur ce sujet pour le moment, puisque ce point de vue doit se reproduire dans tout le cours de cet ouvrage.
L'orsqu'on observe des plantes et des animaux inleiieurs, on peut à peine les distinguer. Un point vital immobile ou doué de mouvements souvent à peine sensibles, voilà tout ce que nous apercevons.
I»HIL()S()I»IIIK |)E (JOETHK
Je iroserais ariiniier que ce point peut devenir l'un ou Tautre suivant les circonstances, plante sous l'inlluence de la lumière, animal sous l'influence de Tobscurité, quoique Tobservation et l'analogie semblent l'indiquer. Mais ce qu'on peut dire, c'est que les êtres issus de ce principe intermédiaire entre les deux règnes, se perfectionnent suivant deux directions contraires : la ()lante devient un arbre ilmable et résistant, l'animal s'élève dans Tbomme au phis liaut point de liberté et de mobilité.
La germination et la prolilication sont deux modes principaux de l'organisme qu'on peut déduire de la coexistence de plusieurs êtres identiques et semblables dont ces deux modes ne sont que l'expression ; nous les poursuivrons à travers tout le règne organisé, et ils nous serviront à classer et à caractériser plus d'un pbénomène.
La considération du type végétal nous amène à lui reconnaître une extrémité su[)érieure et une extrémité inférieure; la racine est en bas, elle se dirige vers la terre, car elle est du domaine de Tobscurité et de l'bunndité; la tige s'élève en sens inverse vers le ciel, cbercbant la lumière et l'air. •
La considération de cette structure merveilleuse et de son développement, nous conduit à reconnaître un autre principe fondamental. C'est qu(î la vie ne saurait agir à la surface et y manifester sa force productrice.
La force vitale a besoin d'une enveloppe qui la protège contre l'action trop énergique des éléments extérieurs, de l'air, de l'eau, de la lumière, afin qu'elle puisse accomplir une tâche déterminée. Que cette en -
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veloppe se montre sous la forme d'une écorce, d'une peau, d une coquille, peu importe, tout ce qui a vie tout ce qui agit comme doué de vie, est muni d'une enveloppe ; aussi la surface extérieure appartient-elle de bonne heure à la mort, à la destruction. L'écorce des arbres, la peau des insectes, les poils et les plumes des oiseaux, l'épiderme de rhomme, sont des té-niiiients qm se mortifient, se séparent, se détruisent sa'ns cesse; mais derrière eux se forment d'autres enveloppes sous lesquelles la vie, siégeant à une profondeur variable, tisse sa trame merveilleuse.
{Œuvres d'histoire naturelle de Goethe, trad. Cli. Marlins].