‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 2 sur 140 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

Tous druits rèserré»

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Parmi les divriscs tlnMuii's lio la naliire quo le dixiUMivi(*iii(' si('(l«* a Mi»*s sr produire, nous en avons rt'iRoiilré mit' (|iii nous a rclenu lon^ttMnps par la libre vaiiété des idées dont elle se eonipose, parla hardiesse ch's tiavaiix scicntiliqucs et des (iMivies j)oéliques qu'elle a inspirés, par l'éelal et la nouveauté des formes dont elle s'est revêtue, jiar le nom dcMil elle se recommande, un des plus j^rands noms du siècle, eidin ()ar le prestige qu'elle a gardé sur l'imagination de nos contemjmrains. Nous avons j)ensé (pi'il pourrait y avoir quehpie intérêt à exposer cette théorie dans son ensemble, dans ses origines et ses manifestations variées.

Nous avons osé écrire un livre sur la Philosophie dcdorlhe. C'est (ju'en effet, à mesure que Ton pénètre

Il pi{i':i"Vf:i:

plus pmfoiKb'iïiPnt dans l'^'hidode Gootfio, on devient de plus en plus sensible à certaines impressions philosophiques fpii, d'abord llottantes et vagues, se précisent à la (in et se déterminent. Nous nous ••ard(M*ons bien d'essayer de réduire ces impressions sous la loi d'une déduction ripfoureuse. On cbeicherait inutilement dans les vues (h' (ioetbe rpielque cbose (pii ressemblât à un système organisé, et lui-même nous détourne d'une tentalive aussi vaine en se monlrant à toute oc(;asion ironique ou révolté contre la [uétention dofîmati(pu^ ; mais peut-on nier ([u'ily ait chez lui un ensemble d'idées générales et de tendances d'esprit, un teuq)érament intellectuel (pii, déveloj)j)é par la plus haute culture esthéticpie et scientilicpie, constitue sinon une doctrine positive, du moins une nature philosophique des plus originales et des plus rares?

Si chaque philosophie, comme Goethe le prétend, est une toruie (hlTérente de la vie, ime façon particulière de la comprendre et de s'y poser, comment n'aurait-il pas la sienne? Il est trop clair que l'auteur de /•V/?/.s/ doit avoir sa manière toute j)ersonnelle de concevoir la vie, les lois (pii en règlent la manifestation et le cours varié, renq)loi frivole ou sublime (pie cha- «•un peut faire de ce don |)urement gratuit, si accidentel et si prouq)tement retiré, les rapports qui unissent ceth' fragile apparition à runiversalité des choses, le mystère primordial d'où elle est sortie un jour, où un autre jour elle va se perdre, les juiissances secrètes

l'UKI'ACE m

qui s(; laissent à peine entrevoir scuis ce Ilot mobile de créations successives tour à tour disparues, ce jeu ironicpie de réternelle illusi(uiou ce travail inexplicable de rexisteiR'e absolue s'épuisant à remplir l'inlini (\\\ temps de ses œuvres éphémères cjue cet infini dévore à mesure qu'elle les achève et les produit.

La nature, voilà le nom sous lequel Goethe tlésignc ces énergies éternellement créatrices. Il n'accepte pas comme point de départ de sa pensée la distinction des êtres, la réalité de l'àme et celle de Dieu mises à [)art de la réalité du monde. 11 n'arrive pas non plus à les distinguer dans ses conclusions. H veut (pie le philos(q)he se tienne en communication perpétuelle avec ce monde visible qui s'étend et se déYelo[)pe sous ses yeux, sous ses mains, et qui est le centre de l'activité universelle, runi(jue foyer de l'être et de la vie. ]*ar l'ensemble de ces idées générales, Goethe se rencontre avec certaines tendances cpii sollicitent vivement les esprits en France et en Allemagne, t;t (pii sont comme une tentation irrésistible de la raison contemporaine, la philosophie de la nature est en effet celle (pic l'on oppose avec le plus d'ardeur et di? sutxès à la méta|)hysiquc spiritualiste. Elle présente d'iHl leurs des nuances fort distinctes, soit qu'elh» se dévelo|)pe sous la forme de l'inspiration alexandrine chez Sclielling, soit que, comme chez Hegel, elle se déduise sous les formules nouvelles d'une sorte d'algèbre. C'est elle encore que l'on rencontre au fond du posi-

IV PKKFACK

livisiue sciciitilicjue, et il est iinjiossihie de hi inéecmiiaître dans les émotions panthéistifjues de la littérature et de la poésie du dix-neiiviènie siècle.

(lette iiiéme philosophie se produit dans (Joethe. niais avec une indépendance de vues, une liheité» d'allures et une aisancf (pii en accroissent siuji^ulièreuient le presti«?e et la force. C'est resj)rit U\ plus alTranchi de Ibnuules dans lecpiel le natiualisme se soit révélé à notre siècle. Les penseurs tels «pie (ioelhe ont un «iiand avanta^^e sur les plnlos(>pliesde |>roressi(ui : ils ne sont j>a» liés à un système. Le do^^matisme peut être en certains cas vnii force : il est hien souvent un poids 1res loui'd à porter, un eiiiharras pour la maiche et Iv développement de la pensée, l'n philosophe est tenu de disposer ses idées j)ar ordre, de manière (pi'eiles s'enchaînent et se soutiennenl. Il l'aiil <ju<s dans cette lon«»ue série de déductions, imcuiM» ne soit placée au hasard, (jue chacune jW'ésenle le même (le<j^ré de force. Le système, ainsi lié dans toutes ses parties, se suspend à un |)etit nomhre de principes (pi'il faut choisir aussi solides, aussi inéhranlahles (pie |)ossil)le. (Jue de dillicultés j)our étahlir ces premiers principes et pour v ramener lo^^irpiement la multitude toujours croissante d<'s faits et des idées ! (jue de périls de toute sorte ! (Jue de sm-prisesj)ossihles, (pie d'occasi(.ns j)our les adversaires de saisir la partie;, fa ihle de cette loii<iue (h'vluction, et d'en rom|>re la trame artilicielle et fragile I Au contraire un (Vrivain, un poète «pii a le <><)ùt delaphi-

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losophie sans étii* pourtant |)hilosophe, rpii connaît tous les systèmes sans se lier à aucun, et qui réserve la ph'ine indépendance de sa pensée, tout en suivant les pentes secrètes de son esprit, de (pudle force il dispose ! (Juel attrait supérieur il offre à cette multitude d'intelligences qui goûtent le plaisir facile des vues et des concej)tions dispers(''es [)lus que la fatigue des longs efforts î Rien de plus agn'^able et de plus picpiant enelTet (pie de voir avec quel art (ioethe a su s'assimiler les idées qui lui plaisent, même dans les systèmes dont il rejette la pesante architecture. Il ne voit dans cinupie découveih; de la science (piune conception nouvelle sur rensemble des choses (m sur une séri(» de phénomènes, un as|)ect inattendu de la réalité, dont il jouit sans souci d'aucune sorte. 11 n'a pas, comme d'autres, à s'inquiéter de savoir si ces découvertes sont conformes au reste du svstèuKM^t comment elh's j)euvent y prendre leur place. Il s'avance heureux et confiant. enriclnssantsones[)rit, transportant sur tous les points sa nohle curiosité, (pie rien n'arrête ou n'embarrasse dans ses excursions à travers l'inconnu. Il a une j)hilosophie pourtant, mais une philosophie irresponsable, pour ainsi dire, puisqu'elle décline toute autorité, insaisissable à la dialectique par la légtVeté même de sa démarche et par sa souple lil)erté.

A tant d'avantages, dont il use sans scrupule, Goethe en ajoute un autre qui est d'un prix infini pour la propagation cl la dilTusion de ses idées. La diversité même

V» PUKFACi:

(lo ses œuvres, la fiM'oiulité iiiejveilloiise et variée de son théâtre, de ses romans, de ses poèmes, lui offrent des moyens incomparables d'action et. d'inlluence. Les expositions pliiloso|)lii(pies ne s'étendent pas au delà d'un cercle très restreint d'esprits voués à des études s[)éciales et dilliciles. Les (euvres littéraires et poéti- «jues pénètrent partout. Klles produisent quelque chose d'anal(>ouo à ce (pie les naturalistes appellent la fécondation à dislance*; elles transportent et répandent dans l'air une multitude invisible devenues, une poussièie féconde d'idées qui va exciter la vie intellectuelle dans des zones lointaines et ignorées où nul jihilosophe n'aurait pu atteindre.

On ne juMit jamais dire, (juand il s'a<>ii (Lmi écrivain de cet (udre, rpTil ne reste aucune oud)re sur sa pensée. Cependant nous n'avons pas déses[)éré de faire pénétrer la lumière , aussi loin (pie cela peut (Hre utile et même désirable, sur les sources diverses et sm- le développement de cette philosophie, et nous estimons (pi'il y a dans r(Lnivre de Goethe une Luanilèstation de jKMist^e ass(^z haute, assez puissante, pour mériter d'être étudiée à part et de prendre sa place à C(')lé des grands systèmes (pie rAllemagne a produits depuis soixante ans.

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