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CHAPITRE I

HISTOIRE DE l'esprit DE GOETHE. — PERIODE MYSTIQUE. MADEMOISELLE DE KLETTENBERG ET LAVATER.

Essayons de saisir dans ses origines la philosophie de Goethe. Ses Mémoires, ses Conversations et ses Correspondances nous permettent de rechercher quelles inlluences il a rencontrées, de quel côté s'est portée d'abord sa vive curiosité, quelles affinités il a ressenties ou quelles antipathies pour les doctrines les plus célèbres. Peut-être alors pourrons-nous résoudre avec quelque assurance cette question si importante pour l'histoire de son esprit : dans quelle mesure ses conceptions sur le principe et l'ensemble des choses sont-elles originales? d'où lui est venue l'impulsion première de. sa pensée? Si l'on

excepté un nom, un seul, il semble bien que Goethe doive peu de chose aux [)hilos()j)hes de profession. 11 les connaît, il les juge même en (piehpies traits décisifs, mais on sent qu'ils n'ont eu qu'une action très indirecte sur le développement de sa pensée. La métaphysique pure, abstraite, séparée de l'étude de la nature, lui a toujous paru aussi obscure que peu fructueuse. 11 considère connue une des circonstances les plus heureuses de sa vicî, un des plus précieux avantages obtenus par sa volonté, « de s'être toujours maintenu libre en face de la philos(q)hie. » Son point d'appui le plus solide, dit-il, a été la sinq)le raison de l'homme sensé. C'est là une condition de vérité aussi bien cpi'une règle d'art. « Tout art, toute science, qui restent indépendants de la philosophie et ne se développent que par les forces naturelles de l'homme, arrivent toujours à de meilleurs résultats. » Il lui arriva souvent, par la suite, de faire de sérieux reproches à Schiller j)our avoir compromis, sous le joug de Kant, la spontanéité de sa nature.

D'ailleurs [)eut-il y avoir une science, surtout une philosophie, apprise à l'école d'un autre? « Stoïcien, platonicien, épicurien, chacun doit à sa manière régler son conq)te avec l'univers, disait-il à Falk; c'est pour résoudre ce problème que nous sommes nés, et personne, quelle que soit l'école à laquelle il se rattache, ne peut s'y soustraire. Chaque philosophie n'est rien autre chose qu'une forme différente de la vie. Pouvons-nous entrer dans cette forme? pouvons-nous, avec notre nature, avec nos facultés, la remplir exactement? Voilà ce qu'il s'agit de chercher. 11 faut faire des expériences sur nous-mêmes ;

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