Conversations, t. Il, p. 98; — t. l*"", p. 225, otc
2. Pour etro complot dans nos indications, il faudrait marquer ici la place dos grandes vues de Goethe en géologie et la situation qu'il a prise dans la querelle des Plutoniens et des Nopluniens. — Goethe géologue est le père <lc l'importante théorie du métamorphisme (encore l'idée de la métamorphose!), qui somhlc gagner de jour en jour un plus grand nombre do partisans dans la science. Mais nous aimons mieux renvoyer le lecteur, sur cette question spéciale, à l'ouvrage de M. Faivre, aux traductions et aux notes de M. Martins, |X)ur ne pas réduire en fragments trop multipliés et comme en }K)ussièrc d'idées notre cx|)Osition philosophique.
CIIAPITUE III 93
vertes, les grandes ex[)ériences, lui deviennent présents et familiers. 11 se tient là, à Weimar, dans son cabinet d'études, comme dans un centre d'observation où convergent les idées nouvelles. Il ne reste étranger à aucun succès, à aucun talent, à aucune ({iiestion, à aucun débat. A quatre-vingts ans et plus tandis qu'il résume et refond ses travaux scientifiques, tandis qu'il écrit le quatrième livre de ses Mémoires et ([u'il achève les dernières scènes de Faust, il suit avec un intérêt vif et un jugement excellent, tantôt ces belles leçons par lesquelles MM. Guizot, Cousin, Villemain, renouvelaient dans tous les genres, dans l'histoire, dans la critique et la jdiilosophie, l'esprit fiançais, tantôt les phases si animées de ce grand (hiel scientilique que se livraient Cuvier et Geolîroy Saint-llilaire sur les principes de la nature, et qui |Kiitageaient l'Eiuope et la science : heures mémorables où la Sorbonne et l'histitut tenaient ainsi le monde savant sous le charme de leurs talents et sous l'empire de leurs idées!
Ouelle belle scène que celle où nous saisissons, lors de ce grand débat, sous la prose d'ordinaire un |)eu endormie d'Eckermann et cette fois éveillée, les ardeurs toujours jeunes du génie! Les nouvelles de la révolution de juillet arrivaient à Weimar le lundi 2 août 1850. Toute la ville était en mouvement. Eckermann alla chez Goelhe dans le cours de l'aprèsmidi. « Eh bien! lui cria Goethe en le voyatit, que ])eiisez-vous de ce grand événement? Le volcan a fait explosion : tout est en flammes, ce n'est plus un débat à huis-clos ! — C'est une terrible aventure, lépondit Eckermann; mais dans des circonstances
paroillos, avec un pareil minislère, pouvait-on attendre une autre fin (pie le renvoi delà famille royale? — Nous ne nous entendons pas, mon bon ami, dit Goethe. Je ne vous parle pas de ces gens-là. 11 s'a<^nt pour moi de bien autre chose! Je vous parle de la discussion, si importante ])our la science, qui a éclalé |)ubli(piement entre Cuvier et Geoffroy Saintllilaire. » Et comme Eckermann restait nniet et interdit : « Le fait est de la plus extrême importance, continua Goethe, et vous ne pouvez vous faire une idée de ce que j'ai éprouvé à la nouvelle; de la séance du 10 juillet. Et voyez combien est grand en France l'intérêt de cette affaire, puisque, malgré les terribles agitations de la politique, la salle était pleine à cette séance. La mélliode synthétique ne reculera plus maintenant, voilà ce qui vaut mieux (pie tout. La question est devenue publique, on ne l'étouffera plus... Voilà cinquante ans que je travaille à cette grande question; j'ai commencé seul; j'ai rencontré plus tard quelque secours, et enfin à ma grande joie j'ai été dépassé par des esprits de ma finuille. Quand j'ai envoyé à Pierre Camper un premier aperçu sur l'os intermaxillaire, à ma grande tristesse, je suis resté complètement incompris; je ne réussis pas mieux avec Blumenbach : cependant, a|)iès des relations personnelles, il se rangea à mon avis. J'ai ensuite gagné des partisans dans Sœmmering, Oken, Dalton, Carus et d'autres hommes également remarquables ; mais voilà que Geoffroy Saint-Hilaire ])asse de notre coté, et avec lui tous ses grands disciples, tous ses partisans français! Cet événement est pour moi d'une importance incroyable, et c'est avec rai-
>im que je me réjouis d'avoir assez v(»cu pour voir le triouq)he geméral d'une thcwie à laquelle j'ai consacré ma vie, et qui est spécialement la mienne. » Geoffroy Saint-IIilaire a pris en main la défense de la r/rande idée. « Et maintenant je peux mourir! » s'écrie Goethe, non pas sans avoir consacré ses dernières veilles à un long et fidèle m(Mnoire sur la discussion de l'Institut. 11 mourait en effet quelques mois après avoir initié l'Allemagne à ses grandes espérances.
Telle fut la vieillesse et telle aussi la vie scientifique de Goethe. On s'étonne, quand on vient à penser que dans l'intervalle de ses travaux, qui suflirnient à remplir une hdjorieuse existence, le même esprit produisait sans relâche des œuvres dont quelques-unes feront l'admiration de tous les siècles. Le caractère de ce génie, c'est l'étendue. S'il existe des génies plus profonds, je n'en connais pas de plus vastes, et dont l'activité se soit portée aussi loin en même temps dans toutes les directions de la pensée.