VI AVANT-PHOPOS DU TRADUCTEUR
Ne à Florence, M. Giacomo Barzellotti s'est voué de très bonne heure à la double tâche de renseignement et de la production littéraire. Successivement professeur de philosophie, à partir de 1868, pendant dix ans, au lycée Dante de sa ville natale, puis aux Universités de Pavie et de Naples, il enseigne, depuis 1896, riiîstoire de la philosophie à TUniversité de Rome.
Sa première publication (en dehors de sa thèse de doctorat, consacrée à Texamen des doctrines philosophiques de Cicéron) a pour titre : La Morale dans la philosophie positive (1871). Ce livre est surtout une critique des doctrines de Téthique anglaise, depuis Hobbes et Locke jusqu à Herbert Spencer^et il établit en même temps la position historique de ces doctrines vis-à-vis de celles de la philosophie contciiiporaine et des traditions psychologiques de la pensée anglaise, Herbert Spencer le cita, en môme temps qu'un ouvrage de M. Th. Ribot, dans son Inlroduclion à la science sociale^ ce qui contribua sans doute à lui valoir les honneurs d'une traduction anglaise publiée à Nev^-York, en 1878^. sous ce titre : The Ethics of Positivisni : A critical Studg.
La forme htléraire qui, de tout temps, a le plus attiré M. G. Barzellotti, c'est celle de Vessai. Elle lui a toujours semblé la mieux faite pour exprimer avec le plus de pénétration et de vérité les idées sur la vie et sur l'histoire, parce qu'elle se prête assez peu au dogmatisme, à l'esprit de système et d'école^ et qu'elle n'a i>as, pour tout dire, Tambîtion et les exigences du livre proprement dit. II a révélé ingénieusement sa pensée à ce sujet dans sa brochure : / Saggi
AVANT-PiW)POS DU TRADUCTE-UR VM
di {?ae/a/ioA'e^W, un brillant essayiste italien CQnteniporaiiii. « Uessaif^ j dit-il,, est vm genre Uttéraif e esdenlidlement m^etme^ né en Angkterire eten Fratnee, et i{ui: exprûne non seulement ce q:Ue Fespritde nos.^uFS renferme en soi peut-être de plus intime^i — la mutabilité, FinstabUité,, l'inquiétude critique avide de découvertes, — mais aussi fe nouveauté extérieure d'une des nombreuses formes de manifestations littéraires qui lui sont le mieux appropriées; et cette fomne, que je nommerai fragmentaire, proieédant par analyse toujours en quête du vrai, essa^ celui-ci par toutes les voies et sous toutes les faces, et nous le fait <îomme entrevoir partie par partie,, sans jamais pré- Ifâidre nous le donner tout entier ,^ dans un résumé total,; dans une exposition comiplète... \u'essaiy en tant que genre littéraire au sens le plus élevé du nsbot,. en tant qu'omvre d'art, n'a fleui:i et ne continue à Aéurir aujourd'hui encoure que là où, comme en France et en Angleterre,, la philosophie, la morale,, la critique^ la littérature forment un tout et se sont complètement affranchies de la tyrannie des traditions d'académie, d'é€oie„ de milieu,, et cait eu le moyen de faire circuler les idées, les foomies de l'art et de la culture, des plus hautes aux plus humUes, dans l'air respirable d'un g:rand publie qui pense et qui lit ».
Cette définition de Ves^ai revient à dire que ce genre littéraire, qui afoumien France une si belle carrière de Montaigne et Pascal à Sainte-Beuve et à Taine„ et, en -Angjlelerre, de Bacon et Locke à Macaulay et à Walter Pater^ a donné des fruit» moins savoureux en Italie, où la littérature est encore trop fi-équemmenl prisonnière des écoles, des systèmes et des coteries.