SUR LES ÉLÉMENTS DERNIERS DES CHOSES
(notes i»inLOSOPHiQUEs inédites) (l)
Oclobrc 188G.
Quand onjellc un regard d'ensemble sur le monde extérieur, tel que le représentent les hypothèses scientifiques (matière pesante soumise à la loi de Taltraction^étherélaslique à ondulations), on s'apergoit que les corps pesants sont un cas rare, à peu près con^ime les vivants à la surface d'une planète, et (juela presque totalité des choses réelles se réduit à Téther. Les corps pesants sont dans Téther à peu près ce que sont quelques éponges dans Timmense océan. Ce qui porte à chercher si les corps pesants ne sont
(li Ces nolos, publiées en juillet 1895 dans la Revue philosophique de la France et de Fétranger, de M. Th. Ribol, ont été retrouvées dans des carnets, apri's la mort de Taiiie. Elles ne doivent donc pas être considérées comme uite rédaction définitive ; elles étaient, sans doute, la préparation d'un appendice pour une nouvelle édition de VlnieiUgence (vovez r^ partie, liv. IV, chap. n, § 5, pp. 333-336, et 2* partie, liv.^ II, chap. i, § 7, pages 111-118, et notamment la note de la page 117%
Ces pages étaient dalées, et celles de juin 1890 sont les dernières que Taine ait écril<'s.
4o8 NOTES PHILOSOPHIQUES INÉDITES DE TAINE
pas un cas de Téther, comme les corps organiques sont un cas de la matière pesante inorganique. Newton écrivait, il y a deux cents ans : « Je cherche dans Téther la cause de la gravitation ».
Avant tout, il faut poser comme propriété essentielle dans les particules de Téther une force répulsive ; de là son élasticité. Quant à ces particules, selon la conception de Boscovich, il faut se les représenter comme des centres géométriques de répulsion, c'est-à-dire comme des points inétendus, par rapport auxquels il se produit des répulsions selon une certaine loi. Chaque centre repousse les autres et est repoussé par eux, en fonction de la distance qui les sépare.
Cette loi est déterminée par la loi qui régit toutes les forces centrales (attraction, chaleur, lumière), et qui ellemême est une dérivée du principe de la conservation de Ténergie. Toute force centrale (agissant du centre à la surface de la sphère) agit proportionnellement et inversement au carré du rayon de cette sphère, c'est-à-dire inversement et proportionnellement au carré de la distance ; partant la répulsion exercée par une particule de Téther sur une autre particule de Téther décroît comme le carré de la distance qui les sépare.
Il résulte de cette formule que si, à une distance finie, la force de répulsion est une grandeur finie, cette force va diminuant proportionnellement au carré de la distance jusqu'à devenir nulle à l'infini, et va augmentant proportionnellement au carré de la distance jusqu'à devenir infinie au contact. — Dans l'éther, chaque particule ou centre mathématique de répulsion est immobile en équilibre ou oscille en vertu de la répulsion qu'exercent sur lui les autres centres voisins.
Cela posé, concevons les corps pesants comme des vides, vides relatifs, par exemple tels que dans un millimètre cube, au lieu de vingt milliards de centres répulsifs, moyenne de ce que contient chacun des millimètres cubes environnants, il n'y en ait que mille. Un^e telle constitution convient très bien à ces anneaux tourbillons, insécables, indea-