LA RELIGION
Dès l'aube, par essaims, les pèlerins avides S'amoncelaient au seuil du portique carré.
Muets, béants, le cœur par Tattente serré, Sur le spéos obscur fixant leurs regards vides.
Le soleil, blanchissant Fazur des cieux torrides. Marchait dans le chemin par l'homme mesuré; Les rayons ertleuraient l'enfoncement sacré, Quand l'ombre s'allongeait au pied des Pyramides.
Puis l'astre horizontal vidait son carquois d'or ;
Son dernier dard perçait l'oblique corridor
Où la myrrhe et l'encens montaient en vapeurs droites ;
Et l'on voyait, au fond du tabernacle ouvert, Arrondissant son dos et clignant son œil vert, Le divin quadrupède aux pupilles étroites.
TAINE POtTE /i25
LES SOUVENins
Il siège au coin du feu, les paupières mi-closes, Aspirant la chaleur du brasier qui s'éteint ; La bouilloire bouillonne avec des bruits d'étain ; Le bois flambe, noircit, s'effile en charbons roses.
Le royal exilé prend de sublimes poses; Il allonge son nez sur ses pieds de satin ; Il s'endort, il échappe au stupide destin, A l'irrémédiable écroulement des choses.
Les siècles en son cœur ont épaissi leur nuit, Mais au fond de son cœur, inextinguible, luit Comme un flambeau sacré, son rêve héréditaire :
Un soir d'or, le déclin empourpré du soleil, Des fûts noirs de palmiers sur l'horizon vermeil, Un grand fleuve qui roule entre deux murs de terre.