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TAINE HISTORIEN DE L'ART

Par le Professeur Âdolfa VENTURI

Lettre à Monsieur le Professeur Giacomo Barzellolli

Rome, le i^' janvier 1900.

Mon cher et éminent Collègue,

Le grand historien français que vous avez dignement célébré ne s'est pas demandé, en signalant la correspondance exacte et nécessaire « que Ton rencontre toujours entre une œuvre et son milieu », si dans le milieu des arts représentatifs il y avait des éléments particuliers qui les séparent et distinguent d'autres manifestations de la vie. En observant les plantes de laurier, de chêne et de myrte, qui croissent dans un même terrain, on remarque que chacune d'elles tire de ce terrain les lymphes qui lui donnent la nourriture, la forme et la beauté, et, bien que toutes représentent la force productrice du sol, chacune la

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représente sous un aspect différent. Ces plantes vivent dans le sein d(^ la môme mère, la terre, respirent le même air, sont baignées par la rosée et par la pluie, chauffées par le soleil, exposées aux mêmes orages. Mais le laurier toujours vert, aux branches raides, ne pourra jamais être confondu avec le myrte aux nombreuses ramures, et tous deux ne pourront jamais atteindre à la majesté du chêne. Il en est de même de tant de manifestations de Tesprit humain ; les lettres, les sciences, les beaux-arts se manifestent comme des expressions multiformes de la vie. Ce sont autant de voix de Thumanité, d'impulsions occultes de Tesprit de race, de palpitations de la nature humaine, d'idéalités qui s'incarnent et resplendissent d'une manière différente. Les arts, les lettres, les sciences se conforment à la vie de l'entourage et jaillissent de sources particulières qui affluent par voies diverses et s'avancent dans leur cours sans se rencontrer ni se confondre. Le grand philosophe français n'eut peut-être pas une con-naissance juste du milieu où se déroula le plus pur et le plus beau des arts romans. Il vit « l'imagination de l'Italien classique, c'est-à-dire l'imagination latine, analogue à celle des anciens Grecs et des anciens Romains », et ne se rendit pas compte de la formation du « style nouveau », du changement survenu dans la conscience populaire, de la naissance de l'art italien, qui fixa la vigoureuse idéalité moderne, le sentiment humain, la passion. Taine se trompa comme tant d'autres qui, en vertu d'un préjugé académique, firent consister la Renaissance dans l'imitation des formes classiques ou dans la traduction de certains caractères qui ne répondaient plus aux idéalités des temps nouveaux ; c'était voir la source de la vie artistique là où, au contraire, elle était à peu près tarie. De même qu'on ne peut pas dire que la langue du Dante et de l'Arioste soit une renaissance de la langue latine, ainsi Ton ne peut j)as affirmer que l'art de Giotto, de Donatello, de Leonardo et de tous les autres héros qui tâchèrent d'atteindre le but suprême assigné par Dante à l'artiste : la vérité de la we, soit une renaissance <le l'antiquité classique. La

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