‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 104 sur 161 · sw, I · texte numérisé non relu

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Laissons maintenant ces traces du commerce assidu de Jacobi avec YEthique, et ce que j'appellerais volontiers les infiltrations du spinozisme dans sa psychologie. Considérons avec lui le système dans son ensemble. Jacobi en vante l'excellence, en tant que ce système est un effort pour expliquer analytiquement tout le réel. Car jamais cet effort n'a été l'ait aussi complètement, avec autant de sincérité et de rigueur. Par suite, toutes les fois que la tentative sera renouvelée, elle aboutira aux mômes conclusions. Plus la méthode du philosophe sera rigoureuse, plus la doctrine à laquelle il arrivera se rapprochera du spinozisme. S'il est capable d'aller jusqu'aux dernières conséquences de ses principes, ce sera le spinozisme môme. Mais, d'autre part, la conscience humaine affirme, avec une indomptable énergie, la liberté de l'homme et la personnalité de Dieu. Le spinozisme les nie. Le spinozisme est donc inacceptable. Et comme il est la forme parfaite et unique de l'explication totale du réel en métaphysique, la conclusion s'impose : il est impossible, il est contradictoire de vouloir expliquer « ce qui est ». La vérité dernière n'entre pas dans le cadre de nos systèmes. Le réel n'est pas objet de science, mais d'intuition. Il se révèle au sentiment et à la foi. La philosophie de l'entendement nous enfermait dans le spinozisme : la philosophie du cœur nous délivre de cette doctrine de la fatalité, et nous atteste la présence en nous de l'absolu inconnaissable. Croire est le dernier mot de la sagesse. C'est bien là ce que Jacobi a voulu faire entendre à Lessing. Mais celui-ci, fort peu mystique, n'était pas disposé à sacrifier si allègrement la raison. Le salto mortalc ne l'a pas tenté, et il s'est excusé, non sans quelque ironie. Jacobi, qui en court le risque, doit au moins montrer que ce coup de désespoir est nécessaire. Il s'efforce, en effet, d'établir les deux points essentiels :

1° Tout système de philosophie, conséquent avec lui-môme, mène nécessairement au spinozisme ;

2* Le spinozisme est inacceptable.

De soutenir sans réserve que « tout système de philosophie conséquent avec lui-môme mène nécessairement au spinozisme », le paradoxe serait trop violent. Jacobi ne le présente pas toujours sous cette forme trop simple. Il écrit au contraire souvent * : « Il y a deux philosophies possibles, celles de Platon et celle de Spinoza. Je demande seulement que l'on veuille bien choisir franchement entre les deux. » (Remarquez qu'il ne dit pas deux « systèmes », mais deux « philosophies ».) Môme en ces termes, Jacobi ne va-t-il pas contre le témoignage évident de l'histoire ? Les grandes hypothèses métaphysiques ne se maintiennent-elles pas les unes en face des autres, irréconciliables, à travers les siècles ? L'idéalisme, le matérialisme môme, ne se renouvellent-ils pas aussi bien que le panthéisme ?

Jacobi n'y contredit pas. Son paradoxe est simplement apparent. Il tient surtout à l'usage inaccoutumé que Jacobi fait des termes philosophiques. Sa formule : « Tout système de philosophie conséquent avec lui-môme conduit nécessairement au spinozisme », équivaut à celle-ci : « Toute métaphysique démonstrative implique nécessairement le fatalisme. » Pour passer de l'une à l'autre, Jacobi emploie les moyens termes suivants. Démontrer, c'est rendre intelligible. Mais, rendre une chose intelligible, c'est rendre évidente sa liaison nécessaire avec ses conditions d'existence. En d'autres termes quand on « explique » le réel, quand on en démontre l'intelligibilité, on y retrouve ou on y introduit du même coup la nécessité. Or un système de philosophie doit ôtre l'explication, par un principe unique, de la totalité du réel. Il en élimine, par conséquent, tout ce qui serait inintelligible, c'est à-dire tout ce qui n'entre pas dans la liaison universelle et nécessaire des phénomènes et des êtres. Donc plus le système

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