‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 108 sur 161 · SW, II · texte numérisé non relu

SW, II

ment abstrait. La nature a disparu : reste une algèbre, «L'homme en pensant l'univers, le parle, dit ingénieusement Jacobi; c'est-à-dire, il institue un système de symboles et de signes qui n'ont avec le réel qu'un rapport lointain. Ainsi se forme un monde de raison, où les mots et les signes prennent la place des substances et des forces... Ce que nous créons de cette manière, nous le comprenons parfaitement, puisque c'est notre œuvre : ce qui ne se laisse pas créer de cette manière, nous ne le comprenons pas. Notre entendement ne porte pas an delà de ses propres productions ' . » Cette dernière phrase éclaire toute l'argumentation de Jacobi. Pour lui faire parler le langage de Kant, à cette question : « Une physique pure a priori est-elle possible? » Il répond : « Oui, elle est possible », mais non pas, comme Kant le croit, parce qu'il existe des principes synthétiques a priori constitutifs de l'expérience . Elle est possible parce qu'elle se ramène aux mathématiques pures a priori, qui elles-mêmes supposent le moins de principes synthétiques possible, et qui sont presque purement analytiques. Mais précisément parce que cette physique mathématique est l'œuvre de l'entendement, nous n'avons pas le droit de penser qu'elle soit adéquate à la réalité de la nature.

Ainsi, pour expliquer l'univers, pour le comprendre, l'esprit substitue aux êtres concrets des signes et des symboles., ramène les qualités à la quantité, et transforme les synthèses successives en une série d'expressions identiques. Il est fier de son œuvre, et non sans raison. « Quelle satisfaction ne dut pas éprouver la nature spéculative de l'homme quand la possibilité se découvrit à lui de ramener les différences infinies de la qualité à quelques modalités définies de la quantité ! C'est au succès de cette entreprise que la science de la nature doit ses admirables progrès. Leucippe et Démocrite avaient ouvert la voie. Leur doctrine subit une

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