‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 120 sur 161 · Kant's SW, I · texte numérisé non relu

Kant's SW, I

de la croyance, tandis qu'il voit dans la croyance un lavoir imparfait, Jacobi prétend subordonner le savoir qui démontre à la croyance immédiate, intuitive, et sans preuves. Il ajoute, il est vrai, que cette croyance est un « sentiment de la raison ». Mais, réplique Kant, « la raison ne sent point » ; et il ne peut non plus y avoir d'intuition ni de révélation immédiate, qui nous assure de l'existence d'un être tel que Dieu. « Ainsi personne ne peut être convaincu de l'existence d'un être suprême par une intuition d'abord : c'est la « croyance de la raison » qui doit se prononcer en premier lieu. Aussi, lorsque dans les questions qui touchent à des objets suprasensibles (existence de Dieu, vie future, etc.), on conteste à la raison son droit de parler la première, on ouvre aussitôt la porte toute grande au fanatisme, à la superstition et à l'athéisme '. »

Voilà qui est parler net. Kant veut bien que la raison prenne conscience de sa relativité, et qu'elle avoue son impuissance à rien démontrer en dehors des limites de l'expérience : mais il ne consent pas qu'elle abdique. Or, affirmer d'une part l'inconcevabilité d'un objet, et, d'autre part, admettre la réalité de ce même objet (sur la foi d'un sentiment), équivaut bien à déposséder la raison. Cela plaît aux sceptiques : cela ne déplaît pas aux mystiques. Jacobi semble n'y voir aucun inconvénient. Mais Kant en aperçoit, au contraire, et de fort graves. Une pareille doctrine, selon lui, met en danger ce qui fait la dignité de l'homme, et compromet les conquêtes lentement acquises sur les préjugés et les erreurs. Il prévoit ce qu'on appellera plus tard « l'obscurantisme ». Après avoir montré à Jacobi que sa position est logiquement intenable, il termine par un avertissement prophétique : « Hommes de grand esprit et de nobles sentiments ! Je respecte vos talents, et j'aime votre sentiment de l'humanité. Mais avez-vous bien réfléchi à ce que vous faites, et où aboutiront vos attaques contre la raison1 ? » Et,

Page 1