Zùppritz, I, 312. Lettre à Kcinliold, du 10 août
Jacobi n'imaginait pas que ces lettres, adressées à des amis intimes, dussent jamais être publiées. Il s'y laissait aller, sous l'impression du moment, à des vivacités de langage qu'il aurait sans doute atténuées le lendemain. Elles sont précieuses pourtant. Elles trahissent le mécontentement et l'aigreur dont Jacobi ne savait pas se défendre, à mesure que la vieillesse venait, et que les succès retentissants de Fichte, de Schelling, de Hegel, le rejetaient dans l'ombre. Il se sentait un peu délaissé, presque dédaigné, insensiblement mis de côté. Ces jeunes gens ne craignaient pas de dire à Kant qu'il n'avait plus voix au chapitre, pour l'interprétation de ses propres ouvrages, et qu'ils le comprenaient mieux qu'il ne s'était jamais compris lui-môme. Que pensaient-ils alors de Jacobi? En pensaient-ils seulement quelque chose? Le salto mortale ne devait-il pas faire sourire ces métaphysiciens intrépides , qui prenaient bravement leur point de départ dans l'intuition intellectuelle ? Jacobi le sentait. De là le besoin de rendre dédain pour dédain. De là l'amertume passionnée de ses critiques, quand il peut librement s'épancher entre intimes. Fichte est le plus souvent l'objet de ses sarcasmes, peut-être parce que c'est lui que Jacobi connaît le mieux, et parce qu'il fait de son talent, indéniable en somme, l'usage le plus repréhensible. Un ami de Jacobi, Nicolovius, qui vit Fichte à l'œuvre pendant plusieurs mois, à Kœnigsberg, où il avait suivi la famille royale, exprime ce sentiment sous une forme naïve. « Quel homme supérieur que Fichte, s'écrie-t-il, si seulement il voulait bien ne plus s'occuper de philosophie * ! »
La sévérité de Jacobi ne s'adoucit qu'au sujet des Caractères de l'Evoque présente, qui parurent en 1805. Outre l'éclat et la beauté du style, auquel il ne pouvait rester indifférent, les vigoureuses attaques de Fichte contre la morale de l'égoïsme, contre les prétendus esprits forts, contre le positivisme régnant, contre l'abaissement des caractères et l'apa-