Voyez supra, ch. iv, p
2. Paru d'abord dans le journal Deutschland, puis dans le recueil Charakteristiken und Kritiken, 1801, réimprimé par Minor, Friedrich Schlegel, Seine prosaischen Jugendschriften, Wien, 1882, II, p. 72-92.
conception de la vérité ! — Et Schlegel conclut son article en reprochant à Jacobi son « immoralité ». Bref, cette critique affecte trop l'allure dune satire. Il est évident que la position philosophique de Jacobi est peu ordinaire : mais il s'est efforcé de la justifier, et il eût été équitable d'examiner ses raisons. Schlegel n'a eu garde de le faire. Il s'est contenté de tourner Woldemar en ridicule. Peut-être n'étaitil pas fâché d'attirer, par ce coup d'éclat, l'attention du public sur son jeune talent? Mais la plupart des traits qu'il air guise avec complaisance l'atteindront lui-môme. En publiant ses propres ouvrages, il vengera amplement Jacobi. Le futur auteur de Lucinde a mauvaise grâce à reprocher à l'auteur de Woldemar son impuissance plastique et sa gaucherie philosophique : je ne dis rien de l'immoralité.
Il est fort douteux que Jacobi se soit le moins du monde reconnu dans l'œuvre des romantiques: S'il en a eu l'idée, il n'a pas dû y prendre grand plaisir. Il a pu penser qu'il se voyait dans un de ces miroirs convexes qui renvoient au spectateur son image grotesquement déformée. Son ami Brinkmann lui écrit, en 1804, à propos des frères Schlegel, qui mènent une bruyante campagne contre l'esprit et les traditions du dix-huitième siècle : « A quoi bon tout ce tapage? L'essentiel de ce qu'ils proclament a été dit, il y a vingt ans, par Jacobi et par Herder. Le reste est arbitraire, ou exagéré, ou faux, comme lorsqu'ils s'amusent à vouloir faire de Lessing un adversaire de la philosophie « des lumières » ' .
Jacobi souscrit de grand cœur à ce jugement. Leur style et leur poétique l'inquiètent. Il n'est pas sûr de les bien comprendre. Il appartient à une génération qui s'était formée à l'école des classiques français et anglais, et qui, malgré tout, dans le clair-obscur, ne faisait pas la part du lion à l'obscur. Il se défie de « cette espèce d'hommes pour qui et chez qui, consciemment et inconsciemment à la fois, le sérieux devient plaisanterie, et la plaisanterie, sérieux;— chez qui la physio-