‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 151 sur 161 · Zuppritz, n · texte numérisé non relu

Zuppritz, n

« illustration » du vrai plus éclatante ou plus touchante. Ainsi Jacobi a employé tour à tour les procédés d'exposition les plus différents : le roman philosophique, le recueil de lettres, le dialogue, et enfin le traité didactique. Mais, sous ces formes diverses, la doctrine demeure identique. Il n'y a rien à développer ni à approfondir : c'est toujours la même vérité immédiatement révélée au cœur.

Voila pourquoi le Jacobi qui s'attaque à Schelling en 1811 est à très peu de ebose près le même Jacobi qui argumentait en 1785 contre Mendelssobn. Il a moins de souplesse. Il est vieux, il est fatigué. Il trouve que les jeunes gens refont. avec plus de prétention et moins de talent, ce qui avait été fait déjà au temps de sa jeunesse. Mais doctrine, méthode, arguments, rien n'a varié. Il a été témoin, comme il le dit luimême, du grand mouvement philosophique de l'Allemagne après Kant, sans y prendre part, et comme un homme qui se sent de plus en plus étranger à ce qui se passe. Son attitude, à l'égard des doctrines successives, est caractéristique. Kant était son contemporain, et, en un certain sens, son allié. Jacobi l'a étudié avec soin, et il en a assez bien jugé le fort et le faible. Fichte l'intéresse déjà moins. Nous avons vu avec quelle mauvaise humeur et quelle amertume, pour ne pas dire plus, il en parle dans l'intimité. Schelling lui est franchement antipathique, et l'on s'aperçoit trop, quand Jacobi veut le réfuter, qu'il ne l'a pas compris. Herbart et Hegel, dont il aurait pu connaître la doctrine sur la fin de sa vie, semblent l'avoir fort peu occupé. Sensible à leurs critiques, il n'a pas été curieux de leurs systèmes. Il ne lisait plus, il se relisait.

Cette immobilité est d'autant plus frappante, que Jacobi avait contribué, pour une bonne part, à réveiller la philosophie allemande de son « sommeil dogmatique ». Dans sa critique de la tradition wolfienne, dans sa discussion du problème de la certitude, dans sa théorie de l'inconnaissable, Jacobi avait fait preuve d'un sentiment de l'absolu et d'une intelligence des questions métaphysiques qu'on ne

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