‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 152 sur 161 · ROLE HISTORIQUE DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

ROLE HISTORIQUE DE LA DOCTRINE

trouverait, au môme degré, chez aucun de ses contemporains, Kant excepté. Cette originalité, Schleiermacher, Fich te, Hegel, Schelling môme l'ont reconnue. Mais comme Jacobi se donnait son point d'arrivée en même temps que son point de départ, comme sa doctrine consiste môme à les faire coïncider, tout progrès lui était interdit. Il avait dit son dernier mot du premier coup. Le mouvement qu'il avait aidé à produire se propagea donc sans qu'il y participât, et malgré lui. Il lui fallut assister, en spectateur mécontent, à une brillante succession d'efforts métaphysiques. Il en désapprouvait le principe, il devait donc en méconnaître aussi les résultats.

Jacobi n'ignorait point la singularité, et, si l'on peut dire, l'excentricité de sa philosophie. Il en acceptait allègrement certaines conséquences, renonçant de grand cœur, par exemple, à toute prétention scientifique. Il en subissait certaines autres avec peine, et ce lui fut un amer chagrin de voir le mouvement philosophique de l'Allemagne s'éloigner de lui toujours davantage. Mais à aucun moment il ne songea à se départir de sa méthode. L'abandonner eût été mentir à sa conscience, tant sa philosophie, comme le lui écrit Guillaume de Humboldt, « est l'expression fidèle de toute sa manière d'être et de penser1 ». Il était donc bien inutile de contester à Jacobi, au nom de la logique, la position qu'il avait choisie. A vrai dire, il ne l'a pas choisie. Aucune autre n'était acceptable pour lui, ni môme possible. Il fallait qu'il fût à la fois, et à sa manière, mystique et rationaliste.

Mystique, il l'est, et il ne s'en cache point *. La pente naturelle de son esprit l'y inclinait. Le mysticisme est d'ailleurs de tradition presque ininterrompue dans la philosophie allemande. Il y apparaît de très bonne heure, et avec plus ou moins d'éclat, il y persiste et s'y maintient. Pourtant la première moitié du xvnr* siècle lui avait été particulièrement

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