‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 24 sur 161 · LÉVY-BRUHL · texte numérisé non relu

LÉVY-BRUHL

lors mon découragement n'a fait qu'augmenter * ». Non qu'il jugeât la Révolution illégitime dans son principe, et mauvaise, si l'on peut dire, par définition. Il est au contraire fort bien disposé pour elle. Partisan du progrès politique*, il trouve naturel et juste que l'ancien régime, trop lourd de privilèges et d'abus, disparaisse, et cède la place à des institutions mieux adaptées aux besoins nouveaux. Mais la méthode suivie par les révolutionnaires est absurde. Qu'attendre de gens qui ne reculent pas devant une rupture complète avec le passé de la nation, et qui affichent la prétention prodigieuse de recréer la France tout d'une pièce? Comment ce superbe mépris de la continuité historique échapperait-il au châtiment? Aussi, lorsque parurent, en octobre 1790, les Réflexions sur la Révolution française, de Burke, Jacobi s'en déclara ravi s. Il y retrouvait ses propres idées, mais exprimées avec une netteté et avec une force que lui-môme n'eût pas su leur donner. Il est à croire que l'éloquence de Burke agit fortement sur l'imagination impressionnable de Jacobi, et l'entraîna à plus de sévérité dans ses jugements que ses principes ne l'auraient demandé. Les événements d'ailleurs se précipitaient. A la Constituante avait succédé la Législative, puis, presque aussitôt, la Convention. Je laisse à penser quels sentiments inspirèrent à Jacobi le Comité de Salut public, l'exécution de Louis XVI, et la Terreur.

Aussi bien, le contre-coup de la Révolution l'atteignait lui^ môme directement. La grande secousse qui allait bouleverser l'Allemagne ébranlait aussi une infinité de fortunes particulières : la sienne était du nombre. Les Français avaient envahi, puis évacué, puis réoccupé la vallée du Rhin. Toute la rive gauche leur était cédée par le traité de Bàle. Jacobi aurait pu, néanmoins, résider encore à Pempelfort. Il préféra se soustraire au voisinage des vainqueurs. Des amis le

Page 1