‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 32 sur 161 · SW, IV, 72; I, 364. Lettre à Hamann du 16 juin U · texte numérisé non relu

SW, IV, 72; I, 364. Lettre à Hamann du 16 juin U

le sentiment qu'elle a du divin. Ils se vantent de prouver l'existence de Dieu par des arguments tirés de la seule raison : mais que valent ces arguments? Jacobi raconte qu'à son retour de Genève, quand il se mit au couranl de la philosophie allemande de son temps, il étudia dans Wolffles preuves de l'existence de Dieu. Il en fut mal satisfait, sans oser se l'avouer à lui-môme. Il craignait d'avoir mal compris. Mais, bientôt après, l'opuscule de Kant sur La seule preuve possible de l'existence de Dieu (1763) lui tombait entre les mains, et il y trouvait la confirmation de ses doutes1. Donc, conclut Jacobi, je n'avais pas tort de me défier du dogmatisme rationaliste de Mendelssohn. Il est vain de chercher Dieu dans la conclusion d'un syllogisme. Dieu n'est pas accessible à notre entendement ; c'est à noire cœur qu'il se révèle.

Ainsi des autres problèmes de la métaphysique : la philosophie populaire y commet la même faute de méthode. L'homme est libre ; rien n'est plus certain, mais aussi rien n'est plus mystérieux. La liberté se sent et ne se prouve pas. Comment se démontrerait-elle ? Il faudrait pour cela qu'elle entrât dans l'enchaînement naturel des phénomènes, et qu'elle tombât, par conséquent, sous la nécessité des lois. Si donc le philosophe doit expliquer et prouver la liberté, autant dire qu'il a pris parti d'avance contre elle et pour le fatalisme. Il y a donc une erreur radicale au fond de l'idée que la philosophie « des lumières » s'est faite de la certitude, de la science, et de la philosophie. Elle a trop donné à l'entendement et à la raison abstraite. Elle n'a pas tenu compte des sentiments irrésistibles, des tendances profondes comme des instincts, des besoins essentiels qui font l'homme réel et vivant. Besoin de savoir, sans doute, mais aussi besoin de croire ; besoin de jouir, il est vrai, mais aussi besoin de se dévouer, d'espérer et d'aimer. A une métaphysique sèche et superficielle correspond une psychologie inexacte et tron-

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