‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 54 sur 161 · SW, 111, 540. Lettre à Schlosser du 17 janvier · texte numérisé non relu

SW, 111, 540. Lettre à Schlosser du 17 janvier

« Montrer, dit Jacobi, que l'homme est, de sa nature, une créature religieuse, et qui doit avoir Dieu toujours présent à la pensée, sous peine de faire cette découverte, que la vérité de toutes les vérités est qu'il n'y a point de vérilé ; voilà à quoi je suis propre. » Mais, ajoiite-t-il, je ne puis faire davantage, « car ma propre croyance n'est pas un roc. . . Bref, le jugement dernier doit venir un jour, ou bien je ne vois rien de mieux que de nous rompre le cou, — le plus tôt sera le mieux, — et de mettre fin ainsi à celte chose absurde, dégoûtante et infâme qu'on appelle l'humanité ». »

Cet aveu nous laisse apercevoir chez Jacobi une veine de pessimisme, qui apparaît trop souvent pour que l'on puisse la considérer comme négligeable. En principe, il est optimiste. Sa doctrine de la croyance est, en même temps, une doctrine de la confiance : il se fie aux sens, qui nous suggèrent l'idée d'une réalité extérieure; il se fie au sentiment qui nous porte vers Dieu ; il a foi en la bonté et en l'amour qui sont la raison suprême des choses. Mais, comme Socrate le disait du plaisir et de la douleur, l'optimisme et le pessimisme de sentiment sont des dispositions instables, toujours près de se transformer l'une dans l'autre, au moment même où elles paraissent le mieux établies. Que faut-il à l'optimiste de sentiment le plus résolu, pour qu'il tienne le langage du pessimiste le plus amer? Il suffit souvent du choc d'une impression nouvelle : la confiance qu'il mettait en la bonté de la cause suprême prend tout à coup conscience de sa fragilité. Jacobi nous en fournit plus d'une fois la preuve. « Si l'on pouvait, écrit-il, trouver l'assurance dans l'incrédulité, je serais depuis longtemps résolu à m'y fixer. Car la pensée que j'ai été trahi et comme vendu en ce monde, et que la raison est peut-être le présent d'un être malfaisant, — cette pensée me remplit souvent d'une telle amertume, que je suis tenté de m'ôter la vie5. » Il a donc connu la peur d'être dupe, dont parlait Renan. Mais il n'a pas pu

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