‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 60 sur 161 · SW, IV · texte numérisé non relu

SW, IV

môme où il y aurait beaucoup plus d'avantage «î séparer '. » Seuls les individus existent. Mais cette individualité, qui est la réalité véritable, l'entendement la laisse échapper, la néglige, ou la dissout. Parce que l'individuel « s'explique » par le général, nous estimons celui-ci plus réel que celui-là. « Dans la réflexion ou dans l'entendement, les espèces apparaissent comme données avant les individus, et les genres avant les espèces, comme les produisant môme... Tout ce qui est particulier a l'air de sortir d'une généralité créatrice, et ainsi la réalité môme semble n'être qu'un complementum possibilitatis, une propriété qui s'ajoute à la chose -. » Illusion grossière, dont nous sommes trop facilement dupes! Expliquer le réel, c'est proprement ramener l'hétérogénéité vivante du concret à l'homogénéité immobile de l'abstrait : c'est sacrifier à un besoin excessif d'intelligibilité la réalité môme de ce que l'on cherche à comprendre. Il y a une absurdité manifeste, une contradiction dans les termes, à vouloir comprendre, à vouloir expliquer « ce qui est ». Le savant n'ignore pas que sa physique est un système de symboles abstraits. Ce reproche ne l'atteint donc pas ; mais il frappe directement le philosophe, qui prétend faire la science de l'être môme dans son essence.

Jacobi prend ainsi le contrepied de l'idéalisme. Il est réaliste, dit-il lui-môme, comme on ne l'a pas encore été 3. Le plus haut degré de réalité se trouve, selon lui, non dans l'idée, mais dans l'individu, qui nous est immédiatement donné par la perception. L'individu défie l'analyse. Il a des ressemblances avec les autres individus : mais ces ressemblances se sentent, s'apprécient, et ne se mesurent pas. Il ne peut pas ôtre « expliqué » : il n'entre pas, sans se mutiler, dans une formule, quelle qu'elle soit. Il est « inexprimable ». Réciproquement, c'est à l'opposé du réel, dans la

i. SW, IV, 72, Briefe Hier die Lehre des Spinoza.

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