‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 61 sur 161 · SW, II · texte numérisé non relu

SW, II

3. Zoppritz, I, 239. « Ich bin Realist, wie es vor mir noch kein Mensch gewesen ist, und behaupte, es gibt kein verniïnftigcs Mittelsystem, zwischen totalem Idealism oder totalem Realism. » Lettre à Jean-Paul du 1G mars 1800.

région des purs possibles, dans le domaine de la logique et des mathématiques, qu'apparaît le plus haut degré d'intelligibilité. Jacobi s'est fort écarté ici de son maîlre Platon. Selon Platon, les idées sont à la fois principes d'existence et d'intelligibilité. Pour Jacobi, réalité et intelligibilité varient en raison inverse l'une de l'autre. A la limite, le parfaitement intelligible est irréel, et le vraiment réel, c'est-à-dire l'individu, est inintelligible.

Après cela, lorsque l'entendement ne sort pas de son domaine, Jacobi ne fait aucune difficulté de lui en reconnaître la possession. Appliqué aux données sensibles, l'entendement en dégage l'élément général, c'est-à-dire, intelligible : il produit ainsi la scienCe, doublement précieuse comme gymnastique de l'esprit, et comme instrument de conquête de la nature. Quand il élabore les données suprasensibles de la raison (c'est-à-dire du sens de l'absolu), il en forme ce que Jacobi appelle, en langage kantien, les « idées ». Enfin, en tant que le « je pense » accompagne toutes les représentations, c'est l'entendement qui réalise l'unité de l'âme, non pas dans son essence absolue, mais telle qu'elle s'apparaît à elle-môme dans la conscience. Car cette essence absolue, nous ne la connaissons point proprement : elle nous est seulement révélée par les aspirations de notre cœur, qui pressent notre destinée future. Ce que nous « connaissons », au sens exact du mot, ce sont les phénomènes du sens intime; et si nous les connaissons, c'est précisément parce que l'entendement les lie. Celui-ci a pour fonction de les rapporter, en les enchaînant, à un sujet unique, et cet enchaînement (Verhniïpfwig), se produit chez l'animal comme chez l'homme. Car si la raison n'appartient qu'à notre espèce, et s'il est impossible de concevoir une « raison » animale, on peut fort bien parler d'un entendement chez les bètes. Il en est d'intelligentes, à des degrés divers. Et rien ne nous empêche de supposer chez elles aussi une liaison des états successifs, qui équivaut à une sorte de conscience'.

1. Je reconnaîtrais volontiers ici un souvenir de Leibniz, plutôt que de Kant

Jacobi ne refuse donc point de faire leur juste part aux fondions de l'entendement. Mais il les restreint au double travail d'analyse et de synthèse par lequel l'entendement transforme et unifie les données fournies par les deux facultés seules originales : les sens et la raison. Vouloir atteindre le réel par les opérations de l'entendement, c'est demander à celte faculté justement ce dont elle est incapable. Car l'entendement pense, et l'objet de la pensée est le général ; tandis que le réel est individuel, et n'est donné que dans une intuition. Par suite, une philosophie obtenue par les principes de l'entendement ne peut être qu'un système d'erreurs. Une telle philosophie dissoudra les êtres en leurs éléments généraux et abstraits. Elle détruira méthodiquement toute vie, toute poésie, tout mystère : elle effacera le « clair-obscur des choses1 ». Admirable expression, dont les romantiques useront et abuseront plus tard, et que l'on rencontrera sans cesse dans leurs formules esthétiques. Mais ce que Jacobi veut mettre ici en lumière, c'est le contre-sens initial commis par la philosophie dogmatique. Voyant que dans la science, par l'opération réfléchie de l'entendement qu'on appelle démonstration, tout devient clair et intelligible, elle a cru pouvoir fonder pareil-

les monades-esprits et les monades-Ames) ; mais de Leibniz vu à travers Bonnet. Dans sa Palingénésie philosophique, que Jacobi connaissait bien, Bonnet écrit (p. 199-200) : « II faut distinguer deux sortes de personnalité. La première <st celle qui résulte simplement de la liaison que la réminiscence met entre les sensations antécédentes et les sensations subséquentes, en vertu de laquelle l'Ame a le sentiment des changements d'états par lesquels elle passe : la seconde espèce de personnalité est cette personnalité réfléchie qui consiste dans le retour de l'Ame sur elle-même, par lequel, séparant en quelque sorte de soi ses propre.-; sensations, elle réfléchit que c'est elle qui les éprouve ou qui les a éprouvées. L'Être qui possède une telle personnalité appelle « moi » ce qui est en lui, qui sent; et ce moi, s'incorporant pour ainsi dire à toutes les sensations, se les approprie toutes, et n'en compose qu'une

même existence La première espèce de personnalité parait convenir aux

animaux et même à ceux qui sont le moins élevés dans l'échelle. » Jacobi distingue aussi, à différentes reprises, ce qu'il appelle l'individualité simple et la personnalité proprement dite ; et pour toutes deux il semble admettre qu'outre la mémoire, l'action synthétisante de l'entendement [VerknilpfunQ) est nécessaire. SW, VI, 221; 169-70; IV», 76.

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