SW, II
2. Briefwechsel zwischen Gœthe und Jacobi, p. 91-95. Lettre du 21 octobre 1785.
puissant. Nous serions condamnés à l'ignorance et à l'immobilité, si nous n'avions la « croyance », je veux dire la raison, ou la révélation naturelle du vrai, plus certaine que ne peut l'être la science la mieux fondée. Jacobi n'est donc ni sophiste ni sceptique : il a une doctrine franche et ouvertement dogmatique.
Pour être sincère, cependant, ce n'est pas d'un dialecticien comme Hume qu'il aurait dû se réclamer. Il a bien plus d'affinité avec les mystiques, avec Hemsterhuis,par exemple, qui s'exprime en des termes presque identiques aux siens, et qui traduit aussi croyance par sentiment. « L'homme, dit Hemsterhuis, est en apparence susceptible de deux espèces de conviction : l'une est un sentiment interne ineffaçable dans l'homme bien constitué ; l'autre dérive du raisonnement, c'est-à-dire, d'un travail de l'intellect conduit avec ordre. La seconde ne saurait subsister sans avoir l'autre pour base unique : car, en remontant aux premiers principes de toutes nos connaissances, de quelque nature qu'elles puissent être, nous parviendrons à des axiomes, c'est-à-dire, à la pure conviction du sentiment '. » Et Hemsterhuis ajoute ces mots que Jacobi trouve « sublimes « ». « Dans l'homme bien constitué, un seul soupir de l'âme qui se manifeste de temps en temps vers le meilleur, le futur et le parfait, est une démonstration plus que géométrique de la divinité. » Hemsterhuis allait plus loin encore. Il affirmait l'existence d'un organe moral, qui perçoit le bien et le mal, comme l'œil la lumière, et l'oreille les sons. C'était pousser à leur extrême limite les théories du « sens moral » chères au xvin0 siècle. C'était du môme coup, peut-on dire, les réduire à l'absurde. Jacobi s'abstient prudemment de s'expliquer sur cet organe, qui échappe à l'observation la plus attentive. Mais l'esprit de la doctrine lui plaît, et il pense, ( comme Hemsterhuis, que la certitude du sentiment est le fondement de toute autre. Certitude qu'il faut posséder
1. Hemsterhuis, Œuvres philosophiques, Paris, 1809, t. H, 101-103.