‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 81 sur 161 · Hemsterhuis, Œuvres philosophiques, H, lO.'t · texte numérisé non relu

Hemsterhuis, Œuvres philosophiques, H, lO.'t

sons propre du mot, et qui n'a pas en elle-même la source de sa force ». » Et venant enfin à la superstition, Jacobi remarque qu'elle se retrouve là où on l'attend le moins. Que les objets de l'idolâtrie, dit-il, soient des images de bois et de pierre, des cérémonies ou bien des concepts philosophiques absolus, des formes vides purement imaginaires, la lettre sans l'esprit, je n'y vois aucune différence. » D'autre part, la superstition môme peut être respectable. « Parmi les gens dont la superstition dégoûtante, dont les croyances absurdes me révoltaient , j'en ai trouvé chez qui cette superstition n'était qu'à la surface, et sur les lèvres seulement. Si leur langage était ridicule, et leurs idées étranges, néanmoins, dans leur âme et au fond de leur cœur, leur sentiment était juste. Mais il leur était impossible, sincèrement impossible, et il leur paraissait donc absurde, impie môme, de séparer ce sentiment vrai de ce langage et de ces images choquantes pour la raison. On aurait pu aussi bien leur

demander de penser sans mots et sans images Or

comme de ce dernier effort le philosophe le plus exercé est lui-même incapable, il semble qu'avant d'accuser les gens de superstition nous devrions être plus circonspects*. » Ce passage remarquable est un signe des temps nouveaux. Il nous découvre en Jacobi un précurseur de l'histoire des religions, telle que l'instituera notre siècle. Sentir la sincérité et la profondeur d'un sentiment religieux, même si l'expression en est ridicule pour un spectateur de sang froid ; savoir le reconnaître sous les formes les plus absurdes aux yeux du bon sens (qui ne les trouve qu'absurdes, tandis qu'elles sont touchantes pour qui perçoit leur accent) ; comprendre enfin que des esprits simples, des imaginations naïves, ont besoin de symboles concrets, et même grossiers, pour se représenter ce qui les émeut : quand le philosophe en vient là, il est tout près de respecter ce qu'il raillait tout à l'heure. Il est sur la voie que Herder a ouverte, et qui conduit aux Etudes dlii*-

i. SVV, I, 281-2.

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