‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 83 sur 161 · Roth, II, 228. Lettre à von Hennings du 30 avril · texte numérisé non relu

Roth, II, 228. Lettre à von Hennings du 30 avril

mairie... A qui a perdu toute croyance, rien ne peut plus paraître sérieux ni respectable : l'âme a perdu sa trempe. . . C'est un fantôme sans os. . . Il me donne le frisson. . . Voyez, il erre ça et là, et il rit ! il rit ! ! » C'est déjà le « hideux sourire » de Rolla. Les romantiques ne trouveront pas d'accents plus indignés. Jacobi a pressenti, a précisé môme ici deux des plus graves griefs que la réaction fera valoir, vingt ans plus tard, contre les philosophes favoris du xvin" siècle. Leur mépris pour ce qu'ils appelaient la superstition paraîtra un pitoyable défaut d'intelligence, et la tolérance dont ils étaient si fiers, un non moins pitoyable manque de sentiment religieux. Ainsi ce siècle, qui croyait n'obéir qu'à la « saine raison », aurait donc été, comme les autres, la dupe de ses préjugés et de ses passions. Hamann en concluait que la foi du charbonnier est plus sûre et plus raisonnable que la prétendue science du philosophe. Jacobi ne va pas jusqu'à cette extrémité. Il dira du moins, avec Pascal, que « tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment ». Et c'est justement la conclusion de sa théorie de la croyance.

Suivre le sentiment, tel est aussi, en un sens, le principe de la morale de Jacobi. Mais la formule veut être expliquée. Jacobi ne dit pas que nous puissions, sans scrupule, nous abandonner à l'impulsion du sentiment. Il sait que cette impulsion est la plupart du temps égoïste, et que l'égoïsme est le contraire de la moralité. Le sentiment qu'il s'agit de suivre ne se confond avec aucun autre. C'est un sentiment sut generis : il ne se manifeste que dans l'âme humaine, et il lui fait discerner le bien du mal. Au-delà de ce fait primitif la réflexion ne remonte pas. L'analyse

Page 1