‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 89 sur 161 · Voyez ch. vi, p. 163, sqq · texte numérisé non relu

Voyez ch. vi, p. 163, sqq

Toutefois, Oomwell ayant été assez fort pour détrône* Charles Ier, le droit passe de son côté. L'exécution du roi par les ordres de Gromwell devient aussi légitime que l'eût été celle de Gromwell par les ordres de Charles Ier, si les armées de ce prince avaient élé victorieuses.

Cette théorie du droit conduisait logiquement Wieland à une théorie de l'État que Jacohi ne juge pas moins « révoltante » '. Wieland soutient que les peuples sont de grands enfants , destinés à ne jamais sortir de l'état de minorité. L'obéissance à un maître est la condition qui leur convient le mieux, et la seule qui leur assure la paix. Ils n'en peuvent môme supporter d'autre. Il n'y a donc pas d'idée plus sotte ni plus dangereuse que d'imaginer les peuples se gouvernant eux-mêmes. A quoi Jacobi répond en se fondant à la fois sur l'histoire et sur le principe de la dignité humaine. L'histoire montre qu'un peuple libre, comme les républiques de l'antiquité, comme l'Angleterre du xvni» siècle, peut atteindre un degré de prospérité matérielle et morale que ne dépassent pas les nations soumises à un gouvernement despotique. D'autre part, la théorie de Wieland représente les peuples comme une sorte de bétail incapable de se conduire, et qui subit stupidement la loi du plus fort. Mais l'autorité du gouvernement, dit Jacobi, n'est légitime que parce qu'elle est acceptée. Elle ne se maintiendrait pas, et elle n'aurait en effet aucun droit à se maintenir, si elle était contraire à la volonté formelle et précise de tout le peuple. Son origine n'a rien de mystérieux : elle repose sur un contrat primitif entre celui qui commande et ceux qui obéissent-. Enfin elle n'est jamais absolue au point de laisser les sujets sans défense et sans garantie contre les caprices d'un maître irresponsable. Il y a un minimum de droits politiques qui sont imprescriptibles. Propriété inviolable de sa personne, libre jouissance de ce qu'il possède,

i. Zoppritz, I, 73-74. Lettre à Hamann du 17 novembre 17855. 2. Théorie généralement acceptée et enseignée en Allemagne depuis Wolff, et (jui se retrouve jusque dans les écrits politiques de Frédéric IL

voilà à quoi l'homme ne saurait renoncer à aucun prix, quand on lui promettrait le régime autocratique le plus doux et le plus aimable, quand on lui offrirait « tous les (résors de Golconde ' ».

En un mot, Jacobi a les sentiments d'un libéral. Il les avait du moins en 1777, sous l'influence combinée de Bodin et de Montesquieu, do Rousseau, d'Adam Smith, de Ferguson, et môme de Spinoza. Peut-être obéissait-il aussi à la suggeslion des idées ambiantes. Durant les vingt années qui précédèrent la Révolution française, de toutes parts, en Allemagne comme en France, on réclamait plus d'égalité et plus de justice. La diversité des esprits et des caractères se retrouvait dans la façon de concevoir les réformes : mais personne ne contestait qu'il n'y eût beaucoup à réformer. Les ordres privilégiés s'y prêtaient; les gouvernements étaient disposés à le reconnaître. Jacobi partage ces sentiments. Il ne s'indigne plus ici contre l'esprit de son temps. Il se plaît au contraire aux déclamations éloquentes contre le despotisme qui flétrit tout ce qu'il touche, et qui est un crime de lèse-humanité. Il aime à développer le mot de

Tacite : Potins periculom libertar, Un opuscule de 1782 *

nous le montre tout à fait séduit par les idées politiques de Lessing, de Ferguson et de Rousseau.

L'homme, quand il suit sa nature, c'est-à-dire ses inclinations primitives, obéit du môme coup aux lois de l'humanité, de la justice, de l'honneur et de la religion. Loin de nuire à ses semblables, il cherche leur bien en môme temps que le sien. Malheureusement il n'obéit pas toujours à cet instinct supérieur, que Jacobi appelle raison. Il est souvent entraîné par ses passions. La violence et l'injustice apparaissent alors. Il faut, pour les réprimer, un système de contrainte : de là l'établissement des lois positives. Mais ces lois n'ont pas d'autre utilité, ni d'autre raison d'ôtre. En un mot, l'État a

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