RoTH. I, 28i. U'ilrc de Losslog 1 Jacobi du iS mai
2. Jenaiscke Liltratur-Zeitung , 179*. néiraprimd dacs Humboldt'» \8àmnUlichs IferAtf,!. 185-214.
pté donnent l'illiision de la vie. L'imaginalion la plus com- 'plaisante se refuse à les prendre pour des titres réels. Ces fantômes d'boinmes et de femmes, — ou plutôt ces abslrac- Kons personnifiées, — tiennent des conversations d'un caractère si philosophique, s'écrivent des lettres d'une telle longueur et d'un tel style, que l'invraisemblance en devient trop criante. La spiritueUe Raliol disait que Woldemar lui semblait moins un roman, qu'un compte-rendu de roman. Jacobi passe son temps à analyser ses personnages : un vrai romancier les laisse agir. C'est au lecteur, s'il le veut, et non
. à l'auteur, de dégager la philosophie de l'œuvre.
La réflexion est juste. Pourtant Altivill. et M'oldemar sont
B'encore bien supérieurs à la moyenne des imitations de Bichardsoii et de Rousseau qui paraissaient alors en Atletoagne. Malgi-é le peu d'intérût du sujet, malgré lincouî^stance des personnages, le psychologue se révèle par en- •oits. Jacobi sauve à force de finesse les situations assez dé- ^cales où il engage ses vertueuses héroïnes. Ceci est parti-
P«uli&rement vrai de Woldemar, qui contient une peinture maniérée, affectée si l'on veut, mais poussée assez loin, de l'amour précieux et romanesque. Gœlbe fut sui'tout sensil)le aux défauts de cet ouvrage, dont la pauvreté plastique, les prétentions à la moralité raffinée, et enfin le pédantisme sentimental l'exaspéraient. Un jour, en joyeuse compagnie, il ne put se tenir d'improviser une parodie de ce romau : à la fin, le diable emportait Woldemar. Jacobi ne manqua pas de le savoir. Il demanda des explications à Gœthe, sur un ton de confiance trahie et de dignité ofi'ensée'. Gœthe, fort embarrassé, ne répondit pas lui-même. Il fil écrire par une amie commune, tH"'" Schlosser', qui s'acquitta de cette lâche délicate avec une touchante ingénuité. Elle avoue sans détours, au nom de Gœthe. il estime infiniment le talent de Jacobi, il l'aime, et il rend justice aux qualités de son œuvre.
1. Briefwechsel sicUchen Bathe und Jaeobi, p. 53-!)S. !. Ibid.., p. SS. C'ctiit une tante di; Jacobi, qu'aiail épousée en sccondea :* SchloBier, veut de la sœur de Gmtbc.
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Maïs, c'est plus fort que lui, « il ne peut pas sentir ce livre-là». Il y a là une impression irraisonntîe, insui-montable. Et ce nouveau dt-nouement fait si bien! Goethe l)as pu résister au plaisir de voir le diable emporter Wol-; demar : il n'y a pas mis de malice, et il aurait voulu que] Jacobi Mt là pour en rire avec eux. Cette confession naïrsj étail-elle bien faite pour apaiser l'amour-propre irrité d l'auleur? Toujours est-it qu'une rupture se produisit entr les deux écrivains. Plus tard, les relations d'amitié se n nouèrent, et redevinrent aussi cordiales qu'auparavant. Ilfl est même assez piquant de remarquer que l'édition définitive de Woldemar (1794) est précédée d'une dédicace chaleureuse... à Goethe'.
Mais, quelque jugement que Von porte sur le talent littérab-e de Jacobi, le contenu philosopbique de ses romans est ce qui nous importe ici. A ce point de vue, l'intérêt historique en est considérable. Ils marquent une date : ils ont l'importance d'un manifeste et d'une déclaration rie guerre contre les doctrines alors dominantes. C'est un défi jeté à la loute-puissante philosophie du siècle ; c'est une revendication passionnée des droits du sentiment individuel contre Vînsupporlable tyrannie de la « saine raison ». A chaque esprit le droit de se faire sa propre philosophie ; à chaque conscience , le droit de se tracer sa règle de conduite , et de n'obéir qu'à elle-même; à cbaque personne le droit d'agir selon les suggesiions de son cœur. « Jouir et souffrir, telle est la destination de l'homme * I » s'écrie Édouai-d Allwill , personnage déjà romantique , ou du moins plus que romanesque : énigmalique, f»tal, et byronien avant Byron. Reconnaissez en lui, par avance, une de ces « natures problématiques », dont la nombreuse postérité peuplera le roman allemand au xix" siècle. Par sa bouche, Ja- J cobi crie ses griefs, ou pour mieux dire, son dégoût et sa \ haine à la philosophie de ces contemporains. Tour â tour il \
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■persillé et il maudit l'abus de la démonstration abslrailp, ot ^a méthode soi-disant scientifique qui, pour étudier la ïie, commence par tuer le vivant. La vraie philosophie nVst pas un tissu d'abstractions vides : elle jaillit spontanément du cœur d'un homme en chah- et en os. Elle ne consiste pas en génOralîlés sur l'être et sur la substance, ni eu règles morales nécessairement inapplicables à la plupart des cas. Elle est le produit natui'el d'une raison vivante ot d'un cœur sensible : en un mot, la révélation de ce qui est, tel que cela est. Ce qui ne peut être compris, elle l'accepte franchement comme inintelligible. Elle renonce à vouloir tout cipliquer, I prétention orgueilleuse et absurde, qui couvre les philo- ■Jophes de ridicule. ■< La vraie philosophie se moque de la I philosophie. «
Los philosophes de profession, habitués à n'écrire que F dans les formes traditionnelles, et selon les règles de leur méthode, étaient si loin de la manière passionnée, personnelle, presque lyrique, de Jacobi, qu'ils ne s'émurent pas de ses attaques. Ils no le regardèrent pas comme un dos I leurs, mais plutôt comme un littérateur, dont les tirades en- I Jammées n'exigeaient pas qu'on s'y arrêtât pour les réfuter. Seuls ceux qui étaient dans les marnes sentiments que Jacobi, ceux qui partageaient son aversion contre la morale utilitaire, contre le rationalisme abstrait, contre la métaphysique froide et verbale, seuls les mystiques tels que Claudîus et Hamann firent aussitôt accueil à Jacobi, comme à un aUié précieux qui venait leur prêter main forte. Alors commencèrent, entre Hamann et Jacobi, des relations qui devaient \ devenir très étroites. Hamann avait fort goûté AUwill, et il I avait fait part de sa satisfaction à Claudius. Il ne fut pas [ moins content de Woldemar. Mais il trouva quelque difft- 1 culte â bien comprendre cet ouvrage inachevé, et il s'adressa l.directemeut à l'auteur pour obtenir des éclaircissements. f Jacobi lui répondit par une lettre qui est une véritable proy fession de foi. « La conscience que notre ûme a do sa supé- ^orité sur le corps, dout elle ne dépend point, malgré les
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apparences » ; rindignalion coDtm le matérialisme plat et vulgaire ; le besoin de crier son niL^pris à « la philosophie de la lioiie, qui empoisonne notre temps » ; le désir de montrer que toute philosophie spéculatire et démoustrative nous laisse au bord d'un abîme qu'elle est impuissante à iranchir; enfin, pour conclure, la conviction qu'il uous faut ■ chercher ailleurs (c'est-à-dire dans la foi), l'espérance et ^ le salut : voilà, dit Jacobi, pour peu qu'on y regarde, ce qu'on peut lire à cliaque page à'Aflwill et de Woldemar. » Il a moins écrit ces romans, ajoute-t-il, qu'ils ne se sont écrits tout seuls. 11 a simplement tenu la plume, sous la pouss(!'e irrL'sistible des sentiments dont son cœur étaitplein, et qui ont dû, coûte que coûte, se trouver une issue au dehors ' .
C'est seulement en 1786, avec ses Lettres sur la Doctrine de Spinosa, que Jacobi s'imposa sans conteste à l'altentioa | du public philosophique en Allemagne. Dans l'intervalle, il avait été cruellement éprouvé. 11 avait vu mourir, en quelques mois, un ûls de onze ans, qu'il adorait, et sa femme, dont la santé s'était épuisée à soigner l'enfant et à le pleurer. Lui-môme, abattu par des coups si rudes, tomba gravement malade. 11 ne se rétablit jamais tout à fait. Nous verrons désormais ses lettres pleines de doléances sur le mauvais état de sa santé. Des troubles nervcu.x, et sui'tout des maux d'yeux, lui rendaient le travail et la lecture extrfimemcnt pénibles. Il ne se remaria point; une de ses sœm's, restée fille, et qui vivait avec lui, prit le gouvernement de sa maison. AprÈs les premiers mois de désespoir, il trouva quelque diversion à sa douleur dans un voyage qu'il fit à Weimar, où depuis longtemps Goethe le pressait