‹ La philosophie de JacobiChapitre 11 sur 141 · GsTiiR, GesprùeAe tnit Eckervtan», 11 a · texte numérisé non relu

GsTiiR, GesprùeAe tnit Eckervtan», 11 a

ainsi dire obligés : c'est à ce signe que se reconnaissent les èmes sensibles et vertueuses. Au reste, l'attendrissement n'esclut pas une certaine mise en scène. A lire telle lettre de Jacobi, on songe involontairement à uu tableau de Greu; voyez, par exemple, son récit, théâtralement ému, d'une J visite de Wieland chez Sophie La Roche*. Il est vrai qu'à i ces démonstrations de tendresse succèdent parfois, et trè» 1 Tite, des désillusions, des refroidissements, des explications 1 pénibles. Les âmes-sœure confessent alors qu'elles se sont | trompées. Elles se séparent aigrement. Il arrive qu'ua peo | plus tard elles se joignent de nouveau. Piqûres d'amour- j propre, flatteries mutuelles, brouilles, raccommodements, J toute cette sentimentalité demi-sincère, demi-littéraire, s'é- i panche avec complaisance dans les lettres de Jacobi.

Il se sentait trop pou propre ans affaires commerciales 1 pour ne pas saisir le premier préteste qui lui permettrait j de les quitter. L'occasion lui en fut offerte par son ami le 1 comte de Gollstoin, gouverneur de DUsseldorf . Sans rien avoir I sollicité, sans avoir môme été averti, Jacobi se réveilla un jour membre du conseil administratif [Hofkammer) des duchés de Clèves et de Juliers, Il accepta. Depuis quelque temps déjà il étudiait avec passion la science alors nouvelle de l'économie politique. Disciple enthousiaste de Quesnay et i d'Adam Smith, ses fonctions, pensait-il, allaient lui permettre d'appliquer les principes de ses maîtres. 11 parvint eu J effet, non sans peine, à améliorer le régime des douanes et ] des péages du duché de Berg sur le Rhin. En 1779, il fut appelé â Munich, en même temps que son ami et protecteur le ministre von Hompesch, et il reçut le titre de conseiller secret. Il arriva plein d'ardeui', persuadé que le gouvernement bavarois, sur ses conseils, allait se convertir aux principes de la saine économie politique, et réformer de fond en comble le système de ses finances. Mais la cour de Munich n'était pas disposée à aller si vite- Elle n'avait aucune envie

:9-10. Lettre au comte de C. . . du 1 1 ji

1 nu.

■de prendre A. Sïnith pour guide, et Turgol pour modèle. P^Jacobi eut â lulter contre une opposition tenace et puissante. Bientôt des signes de disgrâce apparurent. Les adversaires de Jacobi n'eurent pas graiid'peine à rendre suspect un homme qui avait le double tort d'i^tre protestant, et de propager les thtîories nouvelles. Se maintenir par l'intrigue, il en était bien incapable. BienlOt il se relira, sans trop de regrets, dans sa chère maison de Pempelfort. Ce passage dans les fonctions publiques c'avait été, à tout prendre, ni sans intérêt ni sans profit pour le futur philosophe. Il y avait acquis une certaine expérience politique, qui se fora sentir dans ses jugements sur la Révolution française. 11 avait pu aussi pousser plus avant ses études économiques; il avait vu comme il est malaisé de passer de la théorie à la ■|tratique, dès qu'il faut compter avec des préjugés et avec Kdes habitudes invétérées. Enfln, il avait pris définitivement Reonscience de sa vocation. La nature ne l'avait pas fait naître [wur administrer, mais pour écrire.

Depuis plusieurs années il s'y était essayé. Son nom avait u'upouj'lapremiérefoisdans le Mercure allemaiiddo Wie* , au bas de modestes comptes rendus. Déjà s'y annoncent ses idées sur les rapports de la raison et de l'instinct, et sur la nature du sentiment religieux. Mais en 1774, un événeme^it d'une importance capitale vient donner à la vie de Jacobi sa direction définitive. Il fait la connaissance de Gœthe, et se lie avec lui. Jacobi ne l'avait point recherché. Même, nous dit son biographe ' , il avait plutùt redouté de le rencontrer. Au moment de voir ce jeune poète déjà célèbre, il n'avait ressenti qu'une grande curiosité. Après qu'il l'eut vu, il se sentit un autre homme. Au contact de Gœthe, il crut à sa propre originalité *. Il s'enhardtt à écrire, lui aussi, des romans. Une partie des Lettres d'Alfu-Ul parut en 1775 dans le journal Iris, et la suite dans le Mercure allemand de 1776. Le premier fragment de Woldemar fut publié dans

9 Mercure de 1777 sous ce titre : Amitié cl Amour. Jacobi ïenvoya à Leasing; ce fut le commencement de leurs relapKons amicales '.

Ces denx romans servirent beaucoup à la réputation naistente de leur auteur, non sans lui attirer de vives cri- Ijques. De fait, ils sont de nature hybride, et de caractère mbîgii. L'historien de la littérature est tentiî de les ren- ■oyer au philosophe, et le pliilosophe, au critique litti-raire. ÎSon qu'ils soient sans inténit pour l'un ni pour l'autre. Au contraire, les idées philosophiques de Jacobi y sont idéjà espoaées, et plus heureusement, semble-t-il, ou du nolns sous une forme qui leur convient mieux que dans la l^upart doses œuvres postL'rïeures, Sa morale, sa psychotlogie, sa thL'orie do la croyance, sa conception do la religion, f tout cela se trouve déjà nettement exprimé dans Allwill cl l'dans Woldemar. D'autre part, si l'on juge au point de vue ■littéraire, Jacobi compte parmi les bons écrivains de cette l époque. Il n'a pas la précision de Lcssing ni la perfecliou L^assique do Gœthe : mais il ne manque ni de pureté ni I d'élégance. Il sait dessiner le paysage selon le goût du f "temps, tel que Rousseau l'avait mis à la mode ; point de 1 roman sans description de scènes champêtres. Il a le sen- I timent de la natui'e, et il l'exprime parfois avec bonheur. [.Hais l'amitié aveugle vraiment Guillaume de HumbolcH I lorsque, dans un article sur Woldemar*, il vante l'art, 1 [■ composition et le naturel de ce roman. Un critique m riant ou ironique n'aurait pas su mieux choisir de perûde&'fl l'Éloges. Car la structure du roman est plus que maladroite ■et l'aclion languissante, pour ne pas dire nulle. Les disseï^ tations philosophiques y sont plaquées de la façon la pluttj igauche. On se demande pouiquoi l'auteur n'a pas renoncé i i l'artifice du roman, plutât que d'en tirer un si médiocre «rli. Jamais, d'un bout à l'autre du Uvre, les personnages

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