‹ La philosophie de JacobiChapitre 55 sur 141 · SW, 11, ai · texte numérisé non relu

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i. C'est cwPlcment la Ihi'iso qua soulicndri biontit GiiillauniB do Huroholdt [ dui son Mlèbre Essai sur les limites de l'action de l'État.

vertus qui font le lien et la force des sociétés, sont dos propriétL^s de la nature humaine, infuses avec la vie. L'art de gonverncr a sans doute exercé l'esprit des hommes, en l'obligeant à tontes sortes d'elTorts et de découvertes ; mais souvent aussi il l'a dégradé et perverti. Car de là sont venus l'inégalité, les privilèges, la désunion, la vanité * ... » Rousseau n'eût pas mieux dit. Moins qu'un autre le sentimental Jacobi pouvait éviter le singulier mélange de politique et d'idylle qui paraissait si déUcicux au goût de ses contemporains.

Toutefois, il n'a rien perdu de sa méfiance envers le raisonnement abstrait. Il n'espère de progrès que si l'on respecte l'expérience de riiistoire. Par exemple, l'âgalité parfaite est une chimère, puisque l'histoire montre qu'il n'y a jamais en d'organisalion politique sans inégalité de classes, J Ce qu'il faut chercher, ce n'est pas une égalité irréalî-, sable, mais la « bonne inégalité'», celle qui s'écarte l&'l moins de la justice, et qui assure le mieux la prospérité f de l'État. Jacobi se sert fort heureusement ici de sa dis-f tinction coutumière entre l'abstrait et le réel, entre ce qui ne, | vit pas et ce qui vit. Pense-t-on vraiment que les constitutions se maintiennent par la seule vertu des lois? Leur force» I qui est très variable, leur vient de la tradition, des mœurs I nationales, de l'attachement que le peuple leur garde. Les J constitutions qui dureut sont l'expression des tendances în-tl times et des volontés permanentes de la nation. Mais la vi& J des peuples, comme celle des individus, ne va pas sans un J changement incessant. Elle implique donc, pour emprunter! le mot des évolutîonnistes, une réadaptation continuelle. I C'est pourquoi les institutions rigides, qui ne se modifient" point (s'il en est de telles), se trouvent hors d'usage au bout d'un temps plus ou moius long, La vie s'en est retirée. Elles ne se soutiennent que par un concours de circonstances favorables, qui peut cesser tout à coup. Elles tombent alors

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avec fracas, Elles ne peuvent durer que si elles éyoluent. Ne voit-on pas comme la socûMé moderne a éliminé peu â peu ■ les înslitulions du régime féodal ?

Quelles que soient la constitution de l'État et la foi-medu gouvernement, le monde mai'che, et les conditions <5conomiqties se transforment. De nouveaux besoins se font sentir, de nouveaux organes se cr45ent : d'anciens organes au contraire, devenus sans emploi, s'atrophient et tendent à disparaître. Politiqiiement, cp qui est superflu est condamné. Quand une loi on une institution a fait son Vmps, c'est folie que de vouloir la maintenir quand môme. Jacobi croit à la puissance irrtîsislible, â la longue, de ce qu'il appelle l'opinion (Meintmg). Un homme d'Ëtat avisiî ne s'imaginera jamais qu'il peut modeler â sa fantaisie la matière sociale. Il observera, il étudiera " l'opinion montante » : il essayera de diriger, non d'arrêter cette force qni finit toujours par emporter les obstacles. On ne comprend pas asseK, dit Jacobi, ie pouvoir de l'opinion. L'homme tient à ses opinions plus qu'à sa vie mi^nie : l'histoire le prouve, et la psychologie l'oxpliquo'. Une opinion que l'homme a vraiment adoptée, et qu'il a faite sienne, entre pour ainsi dire dans sa substance et dans sa moelle. Elle devient partie intégrante de sa personne. Il n'y renoncera plus : ce serait faire violence à la tendance fondamentale de son être qui veut persévérer dans l'être. Rien ne sert de dire aux gens : « Vous avez tort » ; encore moins, d'employer la force pour les faire changer d'opinion. Ils s'en indignent comme d'un attentat commis sur leur personne. Mais tachez d'élargir leiu- opinion en la respectant, de leur montrer qu'elle est vraie en un autre sens, pins vraie encore cl pins profondément qu'ils ne croient : vous pourrez alors gagner quelque chose sur eui. Quand des hommes si; sont persuadé qu'ils ont des droits naturels imprescriptibles, quand ils se sont fermement attachés à celle opinion, n'espérez point les ramener jamais an régime du bon plaisir.

1, Voju tupra, cii. V, p, 110,

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Failes-leur seulement eompronilre que le respecL môme de leurs droits implique de leur part l'obéissance aux lois '.

SI donc Jacobi, uu des premiers en Allemagne, a jugé que la Révolution française s'égarait, ce n'est pas qu'il approurdt la poliliquc de la cour, ni le langage des émigrés. Ceux-ci, qu'il voyait arriver un peu partout sur les bmds du Rbiii, cl âDtisseldorf mCme, lui paraissent étrangement méprisables'. Que les institutions caduques disparaissent ou se transforment, Jacolii le trouve inévitable et légitime. Les priviU'ges qui ne sont plus justifiés par des services spéciaux tcndeal d'eux-mêmes à s'abolir. Jacobi n'est donc pas un ennemi sys- t tématique de la Révolution '. Au contraire, les doléances et'J le5vceu.ï exprimés dans les caliiers du Tiers-État lui sem-, blent justes, et la faute capitale du roi est de ne pas les com--1 prendre. Mais, d'autre part, la méthode suivie par les cliefa'f de la Révolution lui paraît cliimérique, et bien dangereuse^ Ils sont atteints, eux aussi, du mal que Jacobi a signalé et^ combattu cbcï les philosophes du siiTle, Ils ont le culte t généralités abstraites, et ils perdent de vue le réel ; ils so,, lient à la raison raisonnante, el ils négligent l'expérience. OliJ <;ela est grave déjà chez des philosophes, mais combien plual chez des législateurs ! Ils s'embarqueront intrépidemeat-l pour l'impossible. Jacobi s'en explique dans une longue lettre J (en fran(.'ais) adressée à Laharpe, el datée du 5 mai n9(I.T Trouver « une manière fixe d'ûtre gouverné par la seule rai-^.^l son ", selon le mol de Mirabeau : tel est l'objet qu'on se propose. On aura plus tôt découvert le mouvement perpétuel oilI la quadrature du cercle. Autant dire qu'on ne tiendra aucuo. icompte de l'histoire, des mœurs, de la religion, du caratv^

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