‹ La philosophie de JacobiChapitre 70 sur 141 · SW, IV · texte numérisé non relu

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ment ne lui paialt pas indispcnsaLIc : le scntimenE suffit, sans tant de philosophie. El il objecte, avec assez de raison, que a la foi n'est pas l'affaire de toul le monde ».

Gœthc au contraire, Schlosser, Hcrdcr, et la plupart des autres amis de Jacobi (escept(5 le cercle sentimental d'Homsterhuis et de la princesse GaliLzine), trouvent qu'il penche trop vers le mysticisme, que sa méthode est bien arbitraire, et qu'il fait trop bon marché, et trop vite, des di'oils de la raison. Toute cette polémique d'ailleurs déplaît à Gœlhe. Il le dit très franchement. « J'ai lu ta brochure avec iutérôt, mais sans plaisir.... J'ai une telle aversion pour toute espèce de querelles littéraires, que, mCme peintes par Raphai'l du mises au théâtre par Shakespeare, j'aurais beaucoup de peine à m'y plaire '. » Quant au fond de la doctrine, Gœtho n'a jamais pu admettre que la nature s'opposât à Dieu. Il croyait précisément le conli'aire. I! n'accepte donc ni l'exposition ni la réfutation de Spinoza par Jacobi. Le spinozisnic est pour lui tout autre chose qu'un mécanisme abstrait, et bien préfi^ rabie, en toul cas, à ce que Jacobi voudrait lui substituer. Athée comme Spinoza : Goethe ne s'effraye ni du mot ni de la chose.

Pour conclure, Jacobi, en contribuant à ressusciter le spinoitisme, avait porté un coup sensible à la philosophie dominante alors en Allemagne. Sur te point il avait calculé juste. La comparaison était écrasante pour Mendcissohn et pour ses amis. Mais Jacobi ne s'apercevait pas qu'elle Tétait aussi pour lui. Il s'applaudissait d'avoù- trouvé dans le spinozîsme une machine de guerre formidable contre ses adversaires. Il la croyait inoffensive pour lui-même. Dans sa pensée, le spinozisme devait Cire simplement un passage, pour s'élever de là à une philosophie de la croyance. Mais il arriva ce que Jacobi n'avait pas prévu. Beaucoup de ses lecteurs hésitèrent, comme Lessing, devant le salto mortale^ ou plutôt, ils u'hésitérent pas à s'y refuser. Beaucoup s'arrêtèrent

. lOi. Lettre du 5 mai

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au spinozisme, bien décidés à ne pas suivre Jacobi au delà, dans la région vague du sentiment. Ils se rendaient compte, comme Goethe, que ce panthéisme profond, que ce sentiment héroïque, pour ainsi dire, de la divinité delà nature, satisfaisait à la fois à leurs exigences rationnelles et à leurs besoins religieux : pourquoi auraient-ils sacrifié cette forte philosophie à une révélation, naturelle ou autre? Dès lors, un large courant spinoziste s'établit dans la poésie et dans la philosophie allemandes, et pénétra jusque dans la théologie. Spinoza était plus que réhabilité. Jacobi avait trop bien atteint son but : il l'avait dépassé. Il avait voulu utiliser Spinoza au profit de sa doctrine; mais, par un renversement ironique des rôles, ce fut plutôt sa doctrine qui allait servir au progrès du spinozisme.

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