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LA PHILOSOPHIE DE JACOIil
ne signiûc rien. Prise ainsi séparément, elle n'est qu'une coïncidence, Kant ne peul qu'iître choquiî. lorsque Jnrobi pi-ésenle comme des données immédiales du sentiment ou de rintuilion, les vMtés où aboutit l'analyse rigoureuse et laborieuse de la Critifjue. Jacobi s'intéresse aux conclusions seules. Il ne poursuit pas, nous le savons, la vérité pour l'amour de la vérité même : il cherche nue explication satisraîsautc des sentiments irrésistibles qui sont pour lui, d'avance, la vérité. Mais selon Kant, pour présumer ainsi que l'on possède la vérité avant tout examen, avant toute preuve, il faut avoir renoncé à la science et k la philosophie. Après tout, lui dit Jacobi, nous ne différons que par la théorie de la connaissance. — Différence, en effet, sans grand intérêt. Autant vaudrait dire h Kant qu'il importe pou de savoir si des jugements synthétiques apriori sont possibles, et qu'à chercher les limites de l'usage légitime de la raison il a perdu sou temps. Ce serait ironique, si ce n'était naïf.
Entre les philosopbies de Kant et de Jacobi, il y a donc antagonisme, et non accord. Ils ont de la vérité des conceptions diamétralement opposées. Selon Jacobi, le vrai se sent et ne se démontre pas. Selon Kant, la vérité ne se sent pas, uUe se démontre.
Pourtant les apparences ne sembleraient-elles pas justifier wn rapprochement entre les deux doctrines? Jacobi et Kant ne proclament-ils pas tous deux que la métaphysique wol- Qcimc est tombée dans un discrédit mérité? Tous deux ne lui reprochent-ils pas l'intempérance de son dogmatisme? Kt Jacobi nétait-il pas fondé à dire que les conclusions de la Critique de la Raison pure revenaient presque exactement à SCS thèses favorites? Que notre science proprement dite soit bornée aux limites de l'expérience; que les
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lois de l'enlendement ne s'appliquent qu'aux plii^nomènes de la natiu'e; que l'absolu nous demeure inconnaissable; que la raison, quand elle essaye de démontrer la réalité de ses idées, s'embarrasse elle-même dans des antinomies insolubles; que notre existence dans le temps ne soit pas tout notre être; que la liberté, indémontrable et certaine, demeure. le signe évident du mystère qui est en nous, et nous fasse J citoyens d'un monde moral; cnûn que, selon les expressions mêmes de Kant, il faille délimiter le domaine du savoir pour faire sa place à la croyance : autant de propositions que Jacobi réclame pour les vérités fondamentales de sa philosophie. Comment ne loucrait-il pas chez Kant ce qu'il 1 a toujours admiré chez Platon : l'idée d'une réalité ab-1 solue, invisible, supérieure aux apparences sensibles, qutl se révèle â nous avec le secret de notre essence et de notrâ | destinée ?
Mais, k y regarder de plus près, Kant, qui est loin deJ Platon, comme on sait, est plus loin encore de Jacobi. Ni J l'esprit, ni surtout la méthode des deux philosophes ne t peuvent se comparer. Kant n'admet point de parenté entre sa critique, si exacte, si soucieuse de la preuve, si convaincue de l'utilité des démonstrations, et les considérations vagues que Jacobi fait valoir contre la compétence métaphysique de l'entendement en général. Aux yeux de Kant, une démonstralion logiquement irréprochable reste la forme la plus parfaite de la vérité certaine, et c'est à la raison seule i qu'il appartient de juger du vmi et du faux. Kant n'a jamais | songé à la déposséder de cette fonction suprême. Tout sys- I lème qui se démontre, disait Jacobi, aboutit nécessairement 1 au spinozisme, au naturalisme, à l'athéisme : il faut dons f renoncer à en construire aucun. Fions-uous plutôt au senti- , ment. — t Mais, réplique Kant, si vous permettez â l'homme 1 de considérer comme certaines des croyances que la raison.j ne garantit ni ne contrôle, vous ouvrez la porte à toutes \ les sottises et k toutes les superstitions. » Aussi, sans m^ | connaître la faiblesse de la position de Mendelssohn, Kant,.
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s"jl fallait choisir, inclîncrail plutôt vers lui que vers Jacobï. " Eu fait, dit-il, c'est la raison seule, non un soi-disant sens mystérieux de la v^rilO, non une intuition Iranscendanle sous le nom de croyance (sur laquelle la tradition ou la supersiition peuvent venir se greffer, sans Tassonliment de la raison), c'est, comme Mendelssolin l'a soutenu l'ermenient, et avec un z&le qui ne se trompait pas, la pure raison humaine, ...qui reste jnge en dernier ressort'... » Et Kant, reprenant la thèse delà Critique de la Raison pure, explique que la raison, quant! elle veut s't^lerer à une explication totale de l'univers, arrive nécessairement à l'idt^e de Dieu. Dans la nuit complète dn suprasensilile, la raison « s'oriente a d'après ses propres besoins. Elle n'a d'autre tort que de prendre ses « idées » pour des olijels de science, alors qu'elles ne peuvent être, tout au plus, que des postulats. Que dis-je autre chose, serait lenlt^ de répondre Jacobï, quand je soutiens que nous ne démontrons pas l'existence