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il avait dit aussi : h Les rérités dirines sont infiniment audessus de la nature ; Dieu seul peut les mettre dans l'âme. Il a voulu qu'elles entrassent du cœur dans l'esprit, et non de l'esprit dans le cœur. » Voilà ce que Kant n'a pas vu, et voilà pourquoi, avec tout son g^nie, il a manqué le but.
Dans une lettre du 20 juin 1790, Guillaume de Uumboldt avoue à Jacobi que, pour un espril comme le sien, la méthode de Kant, qui cherche à démontrer, est préférable à celle de Jacobi, qui invoque l'intuition immédiate et le sentiment individuel. La philosophie, ajoute-t-il, trouve son profit à l'une comme à l'autre, et il n'en voudrait exclure aucune. Seulement il lui parait inexact de rapprocher Kant de Jacobi, comme on le fait souvent, « Car il n'y a pas entre vous et lui le moindre point de contact- Chez vous, toute connaissance est immédiate : révélation de l'objet et perception du sujet. Chez Kant, toute connaissance est médiate, et elle apparaît comme une conclusion imposée par la nécessité. Kant » admet » des choses en dehors de nous; mais pourquoi? Parce que, quand nous développons nos représentations, nous y trouvons pourtant quelque matière qui doit se rapporter à une réalité extérieure à nous. Il » admet » Dieu et une existence après la mort ; mais pourquoi ? Parce qu'autrement il resterait des besoins sans satisfaction et des injustices inexplicables. Il « admet i< enûn la liberté de la volonté; mais poiu-quoi"? Parce qu'autrement le principe de la moralité ne pourrait subsister... < > Tout ce qui demeure ainsi pour Kant postulat ou supposition (Voraussetziing), est pour Jacobi objet d'intuition immédiate et certaine. Enfin, tandis que Kant cherche dans le sujet les conditions de la science, de la moralité et de l'art, Jacobi se place toujours au point de vue de l'objet. C'est l'objet qui s'impose à lui, et qui lui dicte, pour ainsi dire, sa doctrine. La vérité se révèle par son éclat propre : le philosophe n'a d'autre rôle que de la mettre dans tout sou jour.
. LiiTza^inii, p- 31.
LA PHILOSOPHIE DE JACOBl
miration en termes que la politesse exagère sans doute, mais que l'on n'a nulle raison de ne pas croire sincères. D'où pro- Tïcnt cette bonne Tolonlé mutuelle, assez surprenante philosophiquement? Euï-mômes l'ont cherché, et il n'est pas sans intérêt de voir les raisons qu'ils en ont données.
Déjà en septembre 1794, Fichte avait demandé à G. de Humboldtune introduction auprès de Jacobi. Il fait hommage i celui-ci de son premier livre, et il ajoute : a S'il y a un penseur en Allemagne avec lequel je souhaite et j'espère m'accorder dans mes convictions , c'est vous certainement' B. En 1"97, dans la seconde introduction à la Doctrine de la Science, Fichte rappelle que dix ans auparavant, seul de tous ses contemporains, Jacolii a saisi le vrai sens de la Critique de la Raison pitre, à savoir, l'idéalisme. Et il renvoie le lecteur à l'ouvrage de Jacobi (Idéalisme et réalisme), puisqu'il est inutile, dit-il dans les termes les plus flatteurs, de refaire ce qui a été si bien fait •, Dès l'apparition de la Doctrine de la Science, Fichte avait écrit à Jacobi pour lui faire remarquer que, sur le fond des choses, ils sont beaucoup plus d'accord qu'il ne semble. « J'ai lu et relu vos œuvres cet été, dans le loisir d'une campagne ravis-
tsanle, et j'ai été frappé (surtout dans Allfill), de l'étonnante conformité de nos convictions philosophiques. Le public ne croira guère à cette conformité. 'Vous-mûme peut-être non plus. . . N'ètes-vous pas réaliste au su de tous, et moi, idéaliste transcendental, plus radical encore que Kant? Car chez lui il reste encore un « multiple de l'cxpôrience », et moi j'affirme, en termes fort nets, que même ce multiple est produit par nous, au moyen d'une faculté créatrice. = » Mais son " moi absolu », Fichte en explique les rapports avec la conscience individuelle. Il montre que le sujet (au sens empirique) n'existe point Jsans un objet. Il englobe ainsi le réalisme dans son système. Loin de révolter le sens commun