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JACOBI ET KANT
Jacobi a deux raisons pour insister sur cette critique. D'abord il y trouve le défaut de conséquence le plus grave que présente le kantisme. Puis il en prend occasion pour faire ressortir la supériorité de sa propre doctrine. Il est réaliste. Il l'est totalement, dit-il, et comme personne ne Fa jamais été avant lui. Est-ce donc qu'il ne sent pas la force des arguments idéalistes? Au contraire, il la sent si bien que, du point de vue du raisonnement, il les trouve irréfutables. Il ne voit pas qu'on ait jamais pu prouver la réalité d'un monde extérieur à l'esprit. Mais celte réa- Uté est certaine néanmoins. Car nous en avons l'inluilion, inexplicable, mais indéniable. Il y a là un sentiment contre lequel aucun artifice logique ne prévaudra. « Nous avouons très volonliers, dit Jacobi, que nous ne concevons pas comment il se peut faire que, au moyen d'un simple ébranlement de nos organes, non-seulement nous sentons, mais nous sentons quelque chose, nous percevons quelque chose de distinct de nous. . . Mais il nous semble beaucoup plus sûr de nous en remettre là à un instinct primitif». » Cet instinct primitif ressemble fort à la « magie naturelle » et à la « suggestion immédiate » des Ecossais, que Jacobi a connus ^ Plus tard, il se rapproche davantage d'autres réalistes. Il expose une théorie de la perception immédiate qu'on retrouvera chez Hamilton et chez Maine de Biran. « L'objet contribue à la perception de la conscience, autant que la conscience à la perception de l'objet. J'éprouve que je suis et que quelque chose en dehors de moi existe, dans un môme instant indivisible; et dans cet instant mon âme n'est pas plus affectée par l'objet qu'elle ne l'est par elle-même. Aucune représentation, aucun raisonnement n'est nécessaire pour cette double révélation. Rien ne s'interpose dans l'àme entre la perception du réel en dehors d'elle, et du réel en elle... Jusque dans la plus primitive et la plus simple perception, le moi et le non-moi, la conscience de soi et l'objet exté-