‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 112 sur 138 · RoTH, n, 207-211. Lettre du 30 août · texte numérisé non relu

RoTH, n, 207-211. Lettre du 30 août

par une négation paradoxale, il le justifie, au contraire et accepte ce qu'il implique. Il peut ainsi répondre aux questions que pose la vie. C'est ici que sa doctrine est bien faite pour plaire à Jacobi. « Et quelle est donc, dit Fichte la fin du point de vue spéculatif, et de toute la philosophie avec lui, SI ce n'est la vie? Si l'humanité n'avait jamais goûté de la philosophie, elle pourrait se passer de ce fruit défendu Le premier qui souleva la question de l'existence de Dieu brisa les barrières, ébranla l'humanité dans ses bases les plus profondes, et l'engagea dans une lutte avec elle-même qui n'est pas encore terminée, et qui ne peut l'être que par une marche hardie jusqu'au sommet d'où la théorie et la pratique apparaissent unis. Nous avons commencé à philosopher par présomption, et nous avons ainsi perdu notre innocence • nous avons vu notre nudité, et nous philosophons depuis lors pour trouver le salut. » Sans faire bon marché, comme Jacobi, de l'activité spéculative de la raison, sans croire que la vente nous est donnée et suffisamment garantie par un sentiment immédiat, Fichte pense donc aussi que l'intérêt suprême est celui de l'action. Agir, il faut agir! C'est le mot qu 11 répète sans cesse, et avec lequel il enflamme la jeunesse accourue autour de sa chaire à léna. La prééminence de la raison pratique est plus décidée chez lui que chez Kant ^^étre a sa raison dans le devoir-être. L'univers n'est qu'une' matière de droits et (le devoirs.

S'il est permis de distinguer, d'après leur effet sur les âmes, deux sortes d'idéalisme : l'un essentiellement logique et qu'on pourrait appeler « isolant », l'autre moral et « liant », l'idéalisme de Fichte devrait servir de tvpe à cette seconde catégorie. Le nom d' « égoïsme métaphysique » que certains historiens lui ont donné, est des plus malheu^ reiix. Il prête à un contre-sens complet. Car cette doctrine est au contraire métaphysiquement sociale, si j'ose dire L objet essentiel où elle tend est de fonder les rapports des êtres moraux entre eux, et d'établir le règne des fins dont Kant avait parle. Les déductions de \^ Doctrine de la Science

si ardues et si difficiles à suivre, ne doivent pas donner le change. Le centre de gravité de la philosophie de Fichte n'est^pas là. Ce travail logico-métaphysique, pour nécessaire qu'il soit, n'a qu'un rôle préparatoire. La vraie fin est la morale. Fichte, a-t-on dit, est à Kant ce que Spinoza est à Descartes. Formule inexacte: vraie pourtant en ce point que, comme Spinoza, Fichte a incliné la doctrine de son prédécesseur à une philosophie de la morale et de la

religion.

Or on peut soutenir (et c'est le sentiment de Fichte luimôme), qu'une philosophie de l'action est toujours suffisamment réaliste. Il veut dire qu'elle accorde en fait au réalisme tout ce que celui-ci demande légilimement : le reste de ce qu'il réclame étant naïveté ou défaut de réflexion. Donc, conclut Fichte, ma doctrine a beau être un idéalisme transcendental, comme elle concède, en somme, au réalisme la satisfaction qui convient, comme elle est avant tout une philosophie de l'action, Jacohi n'a point de motif de ne pas l'accepter. « Alhvill, écrit Fichte, demande à l'idéaliste transcendental de se contenter de couvrir ses propres frontières, et de les fixer exactement : moyennant quoi il lui fait espérer une paix perpétuelle et même une sorte d'alliance. Je crois avoir rempli la condition*. »

Il y a plus. Outre cette communauté de tendances, outre cette conception pareille du hul dernier de la philosophie, nous retrouvons, chez Jacohi et chez Fichte, un même trait d'une importance capitale. Tous doux, par des méthodes, il est vrai, différentes, cherchent dans le moi la solution du

1 RoTii II 211 Cela se trouve encore confirmé, s'il en est besoin, par un passau'c caractéristique du Somenklarer Bericht (ISOl). . Rien, dit Fichte, n'a une valeur absolue, que la vie. Tout le reste : pensée, poésie, snencc, na de valeur qu'en tant qu'il se rapporte en queh|ue façon à la vie, qu d en provient et qu'il vise à y retourner. Voilà la tendance de ma plulosopluc. G était aussi ceUc du kantisme, (pii sur ce point du moins, ne se séparera pas de moi C'est encore celle d'un réformateur de la philosophie contemporam de Kant, celle de Jacobi, qui, s'il voulait enfin me comprendre, aurait bien peu d'objections à élever contra mon système. • Ficute's SxmmUîCht ^erne, Berlin, 1845, U, p. 333-4.

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VOUS cherchez toute vérité là où je la cherche : dans le sanctuah-ele plus intime de notre être... Seulement vous procédez par intuition, et moi par la forme du système philosophique Vous poussez droit au point central : moi, j'ai

surtout affaire aux éléments, et je ne veux encore qu'aplanir la voie. Il serait donc fort possible que tout autre que vous n'aperçût pas aussi nettement notre accord qu'il est évident

pour moi * . . . »

On sent, à l'insistance même de Fichte, qu'il n'est pas tout à fait sûr de trouver Jacobi disposé à regarder les choses de ce biais. Celui-ci voudra-t-il reconnaître l'identité foncière de leurs deux doctrines? Sans doute, Jacobi n'était pas insensible aux remarques que Fichte faisait valoir tout à l'heure, quand il montrait que la raison d'être de la philosophie est dans l'action. Puis Fichte devait lui être agréable comme l'accomplissement vivant d'une prédiction qu'il avait souvent faite aux disciples de Kant. Et enfm la chaleur, l'enthousiasme moral de Fichte n'étaient point pour déplaire à Jacobi. C'était bien toujours la morale du devoir et de l'impératif catégorique, mais sans la rigidité froide et comme juridique, sans la condamnation méprisante du sentiment que Kant avait crues nécessaires. C'était une morale plus communicative, et en un sens plus humaine, vivifiée par un sentiment énergique de la solidarité.

Jacobi tient compte de tout cela. Dans son Epitre à Fichte, il ne lui ménage point les louanges. Il salue en lui le véritable successeur de Kant, dont il achève l'œuvre. Fichte a mené à bien la révolution que Kant avait commencée. Fichte reçoit môme le nom de « Messie de la raison pure « ». Réduire Kant au rôle de précurseur, c'était forcer un peu réloge, et Jacobi dut s'en expliquer dans la suite. Il voulait dire que l'idéahsme encore hésitant dans la Critique de la Raison pure avait trouvé sa forme définitive dans la Doctrine de la Science. Remarquez, d'ailleurs, que cette « Epitre »

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