‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 129 sur 138 · ZoppRiTz, II · texte numérisé non relu

ZoppRiTz, II

2. ZuppRiTz, II, 4-8. Lettre du 20 mars 1800. ii. Zr.ppHiTz, I, 283, 311.

Enfin, dernière forme d'influence dont Jacobi eût été luimême fort étonné : sa doctrine servit assez longtemps, en Autriche, de philosophie officielle. Elle y avait d'abord paru suspecte. N'enseignait-elle pas que tous les hommes, possédant les mômes droits naturels, doivent être égaux devant la loi? Jacobi ne protestait-il pas avec véhémence contre le despotisme sous toutes ses formes? Ne se déclarait-il pas pour les théories libérales d'Adam Smith? Sa doctrine en un mot n'était-elle pas infectée de l'esprit du xviii« siècle, où la Sainte Alliance voyait, à la fois, la cause principale des crimes de la Révolution, et une menace perpétuelle pour les institutions sociales? Pourtant on ne tarda pas à la juger autrement. Ce dualisme irréductible de l'âme et du corps, de la science et de la croyance, du mécanisme et du miracle, pouvait fournir les éléments d'un spiritualisme peu gênant, qui ne donnerait point d'ombrage au clergé. De 1831 à 1848, les chaires de philosopliie en Autriche (excepté celles de la Bohême, véritable fief do l'école de Herbart), furent occupées par des fonctionnaires, qui, conformément aux instructions ministérielles, enseignaient la philosophie de Jacobi ». Ils se servaient de manuels rédigés par Lichtenfels, le plus distingué des professeurs de philosophie qui vécût alors à Vienne. Quel argument pour les ennemis de Jacobi, qui raccusaient de travailler sous main au profit du catholicisme, s'ils avaient pu prévoir cette extraordinaire fortune de sa philosophie sous le gouvernement de Metternich! Jacobi aurait sans doute désavoué l'usage qu'on en faisait, et il faut avouer que l'administration autricliienne se préoccupait peu de rester fidèle à l'esprit de l'auteur. Elle en tirait simplement ce dont elle avait besoin : un spiritualisme clair et inoffensif, catégorique dans ses affirmations, d'où l'esprit d'examen était à peu près absent, et qui s'alliait donc à merveille avec l'enseignement du catéchisme. Comme

1. ZiR^c.iEBL, Friedrich Heinrich Jacobi's Leben, Dichien tuid Denken, p. aiG-318. — Cf. Erdmann, C'runUriss der Geschic/Ue der Philosophie, II, p. 371.

elle tenait avant tout à assurer l'accord de la raison et de la foi, elle s'emparait d'une doctrine où la raison n'étant guère que la foi sous un autre nom, aucun conflit n'était à craindre. Peu importait que Jacobi ne l'eût pas entendu ainsi, et qu'il eût môme expressément condamné la coutume de certains conservateurs, qui ravalent la morale et la religion au rôle de soutiens des institutions pohtiques et de"" l'ordre social.

Ce n'est pas là, évidemment, qu'il faut chercher le développement de la doctrine de Jacobi. Nous ne le demanderons pas non plus aux disciples obscurs, ni aux imitateurs, qui ne comptent point. Nous le trouverions plutôt chez Schleiermacher, chez Fichte, chez Hamilton, chez les philosophes de la croyance au xix*» siècle, et, comme il arrive souvent, autant chez ceux qui ont combattu Jacobi que chez ceux qui ne lui seraient pas hostiles. Prise en elle-même, exactement telle qu'il l'avait arrêtée, sa doctrine ne comportait pas de progrès. Dès sa jeunesse, il l'avait ûxée ne varietur. Elle ne pouvait se développer qu'avec la personnahté môme de son auteur : elle n'a point réellement changé pendant le cours de sa longue vie. « Je projette un ouvrage, écrit-il à Voss, en octobre 1809, où j'essaierai de faire comprendre pourquoi, au miheu de tous les changements de systèmes de philosophie dont j'ai été témoin, je suis demeuré immuablement tel que j'étais». » Cet ouvrage, Jacobi ne l'a pas écrit, mais nous y suppléons sans peine. Il suffit de se rappeler la définition que Jacobi s'est faite de la philosophie. Si elle consistait, comme la science, en la poursuite méthodique de vérités démontrables, on pourrait y espérer toujours de nouveaux progrès. Mais « le vrai », selon Jacobi, nous est donné dans une intuition immédiate. Il s'agit uniquement d'en faire ressortir levidence. Par suite, le philosophe qui a travaillé de son mieux à « faire voir ce qui est », peut considérer son œuvre comme définitive. S'il y revient, c'est qu'il a trouvé une

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