‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 28 sur 138 · Voyez ch. v, p · texte numérisé non relu

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comme le soleil sensible aveugle nos faibles yeux. L'objet perçu est différent; différente aussi, la faculté percevante : mais dans les deux cas, la modalité de l'intuition est la môme. C'est exactement ce que dit à son tour Jacobi, sanstiésitation ni scrupule. Il ignore, ou phitiVt il néglige de parti pris tout ce que les modernes ont modifu; dans la tbéorie de la connaissance des anciens. La part faite à l'activité propre du sujet dans l'acte même de la connaissance, — cette part qui a été grandissant depuis les Méditations de Descartes jusqu'à la Critique de Kant, en passant par Locke, Leibniz, Berkeley, Hume, — Jacobi n'en tient nul compte. Il conçoit la raison cà la façon des anciens, comme réceptive. '0 vou; Otto tou voYjTou xtvsrTat. (( Il y a cliez tout être fini ou sensible (car tout être fini est nécessairement sensible), une raison qui n'est autre chose que le sens du suprasensible. Et comme le sens corporel est parfaitement positif, et ne fait que révéler (son objet), il en est de môme du sens spirituel ou raison *. »

Aucune équivoque ne subsiste donc sur le sens que Jacobi donne à ce mot « raison ». Il est resté sur ce point en complète opposition avec Kant. Mais, quoi qu'il en dise, il ne s'est pas tenu beaucoup plus près de Platon. L'intuition dont il parle sans cesse ressemble fort peu à l'intuition rationnelle du philosophe grec. Le prisonnier de Platon, délivré de ses liens, et mené liors de la caverne, doit apprendre à regarder les essences éternelles. Il ne s'habitue que peu à peu à soutenir l'éclat de ce spectacle : il jouit enfin de contempler les idées dans leurs rappoils immuables et harmonieux. Mais, d'abord, rien chez Jacobi ne rappelle la longue marche dialectique par laquelle, selon Platon, l'clme se détournant du monde sensible s'élève peu à peu vers le monde des essences immuables. L'intuition de l'absolu n'est pas un privilège réservé à l'infime minorité des sages : c'est un sentiment « du vrai » qui n'a été refusé à aucun homme. D'autre part, Jacobi est chrétien, il a reçu une éducation piétisle. Il n'oublie pas

THÉORIE DE LA RAISON

que la nature est déchue, et que, pour retrouver la lumière, notre raison, obscurcie par l'effet du péché, aurait besoin de la grâce divine. Jacobi quitte ici Platon pour saint Augustin et Pascal. Deus absconditus, dit-il avec eux. Ce qui passe la géométrie nous surpasse. L'homme, dans sa condition présente, n'a plus de la réalité absolue qu'un sentiment. C'est assez pour lui révéler son origine, c'est trop peu pour la lui faire connaître. Aussi allons-nous voir que lïntuition dont parle Jacobi n'est, en réalité, rien d'intuitif.

Intuition [Anschaiiung) désigne, en général, une connaissance directe et immédiate, par opposition à la connaissance dérivée et discursive; parfaitement claire par conséquent et certaine, puisqu'elle est obtenue par une simple inspection de l'esprit. S'il s'agit d'une intuition rationnelle, ce doit ôtre le plus haut degré de l'évidence, la possession la plus complète de la vérité par l'intelligence. Or, de ces caractères, Jacobi ne retient que la possession immédiate et certaine du vrai. Il abandonne la clarté, la vision nette, l'intelligence; et cela, parce qu'en dépit de ses métaphores platoniciennes, la raison, selon lui, ne « connaît » pas. Elle n'est pas un savoir^ elle est un sentir. Ses données ne sont ni des principes ni des idées : ce sont des « pressentiments », des « tendances», rien qui soit proprement intelligible ou objet de pensée. En sorte qu'il s'agit ici d'une intuition sans connaissance, d'une intuition « aveugle » dirions-nous, si ces deux mots ne juraient d'ôtre accouplés.

La raison selon Jacobi est donc divinatrice : c'est une révélation, c'est une aspiration vers un absolu auquel nous croyons, sans le voir. « Nous avouons sans crainte que notre philosophie a son point de départ dans le sentiment, à savoir, dans le sentiment objectif et pur'. » Voilà ce qu'il appelait tout à l'heure intuition. «La faculté des sentiments », disonsnous, est chez l'homme la faculté supérieure à toutes les autres, celle qui seule distingue son espèce parmi les ani-

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