‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 4 sur 138 · Goethe, Dichlung und Wahrheit, liv. XIV · texte numérisé non relu

Goethe, Dichlung und Wahrheit, liv. XIV

lir

flll

sur lui l'impression .la plus vive. A sa façon de citer Pascal et Fénelon, et de leur emprunter les épigraphes de ses œuvres», on voit qu'il les a maintes fois lus et relus. Sa pensée est tout imprégnée de la leur, et leur conception particulière des problèmes philosophiques deviendra plus d'une fois la sienne. Il dira avec Fénelon : « Nous sommes trop élevés à Fégard de nous-mêmes, et nous ne saurions nous comprendre » : ce sera le point de départ de sa théorie de la raison. Il répétera avec Pascal : « Nous avons une impuissance de prouver invincible à tout le dogmatisme, et nous avons une idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme. » Il soutiendra, avec lui, que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » ; et il fera de cette pensée le centre de sa doctrine et, comme il le dit, son « thème principal ». A Rousseau, il ne doit guère moins Comme Herdcr, comme Kant, comme tant d'Allemands éclairés de ce temps là, il a prêté Foreille à « l'Evangile de la nature » qu'apportait le philosophe de Genève, et il en a été transporté. Sans Y Emile, sans la Nouvelle Héloïse, jamais les romans de Jacobi n'eussent été écrits. Jacobi avoue que Woldemar* se ressent de la lecture de Rousseau, et il aurait, en effet, mauvaise grâce à le nier. Il partage aussi l'aversion de Rousseau contre les « philosophes » et les encyclopédistes K Non qu'il soit insensible à leur talent : il admire beaucoup leur souplesse d'esprit. Mais leurs tendances générales, et surtout leur hostilité à l'égard du christianisme, arrêtent l'élan de sa sympathie, et empêchent qu'il ne soit séduit. Ce trait de caractère est remarquable. Malgré son extrême jeunesse, malgré le brusque afflux des idées nouvelles qui auraient pu jeter le trouble dans son esprit, Jacobi ne perdit pas son équilibre moral. Il ne semble pas avoir traversé de crise. Pas un instant, pour autant que nous sachions, le doute n'a entamé ses convictions religieuses et son

1. SW, I, 173 ; m, 322; HI, 9; IV, p. xxiii, xxxvi, p. 122 ; VI, 73, 234.

2. RoTH, I, 293. Lettre à Georges Forster du 25 octobre 1779.

Page 1