SW, IV
pour la comprendre, et qui ne se démontre point. « Je puis, par le moyen du langage, dit Hemsteiimis, modifier Finlellect d'un autre, de manière qu'il en résulte pour lui la même conviction géométrique et raisonnée que j'ai moimôme ; tandis que la conviction purement sentimentale naît dans l'essence et ne saurait être communiquée». » Jacobi ne désespère pas pourtant de la communiquer, et il appelle cette conviclion sentimentale, « croyance rationnelle ». Mais que nous voilà loin de l'analyse fine, précise et serrée de Hume !
Toutefois, s'il ne s'agit plus d'examiner la valeur logique ouïe fondement de la certitude, mais d'observer avec soin la croyance, l'incrédulité et la superstition, den lecbercber les causes et les conditions de dévelop|)ement, Jacobi fait preuve, lui aussi, d'originalité et de pénélralion. Il se révèle psychologue. Il a trouvé là un point faible chez ses adversaires. La philosophie « des lumières » ne prenait guère la i)eim' de remonter à l'origine historique des croyances qu'elle rejetait au nom de la « saine raison ». Il lui suffisait de les appeler superstitions, de les attribuer à la sottise et à la stupidité des uns, à la fourberie (H à la cupidité des aulres. Mais cette condamnation sommaire, observe Jacobi, risque souvent d'être injuste, et en tous cas la crovance tient dans la vie morale de l'homme l)eaucoup plus de place que les convictions raisonnées. « L'habitude etl'autorih'î peuvent plus, à la longue, pour gagner noire assentiment, que les plus fortes preuves et que les raisonnements les plus rigoureux. Sans doute la raison peut finir par avoir le dessus sur les croyances non raisonnées : mais c'est extrêmement difficile, car l'homme tient presqu'autant qu'à sa vie aux opinions qui sont devenues pour lui comme une portion de la substance. Aussi la croyance implicite, qui n'a i)as conscience de sa raison, est-elle toujours plus forte et plus puissante que la croyance explicite, qui n'est pas une croyance dans le