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puissant. Nous serions condamnés à l'ignorance el à Fimmobililé, si nous n'avions la « croyance », je veux dire la raison, ou la révélalion nalurelle du vrai, plus certaine que ne peut l'être la science la mieux fondée. Jacobi n'est donc ni sophiste ni sceptique : il a une doctrine franche et ouvertement dogmatique.
Pour être sincère, cependant, ce n'est pas d'un dialecticien comme Hume qu'il aurait dû se réclamer. Il a l)ien plus d'affinité avec les mystiques, avec Hemsterhuis, par exemple, qui s'exprime en des termes presque identiques aux siens, et qui traduit aussi croyance par sentiment. « L'homme, dit Hemsterhuis, est en apparence susceplible de (ieux espèces de conviction : l'une est un sen liment interne ineffaçable dans l'homme bien constitué ; l'auti-e dérive du raisonnement, c'est-à-dire, d'un travail de l'intellect conduit avec ordre. La seconde ne saurait su])sister sans avoir l'aulre pour ])ase unique : car, en remontant aux premiers principes de toutes nos connaissances, de quelque nature qu'elles puissent être, nous parviendrons à des axiomes, c'est-à-dire, à la pure conviction du sentiment '. » Et Hemsterhuis ajoute ces mots que Jacobi trouve « sublimes * ». « Dans l'homme bien constitué, un seul soupir de l'àme qui se manifeste de temps en temps vers le meilleur, le futur et le parfait, est une démonslralion plus que géométrique de la divinité. » Hemsterhuis allait plus loin encore. H affirmait l'existence d'un organe moral, qui perçoit le bien et le mal, comme l'œil la lumière, et l'oreille les sons. Gelait pousser à leur extrême limite les théories du « sens moral » chères au xvni« siècle. C'était du môme coup, peut-on dire, les réduire à l'absurde. Jacobi s'abstient prudemment de s'expliquer sur cet organe, qui échappe à l'observation la plus attentive. Mais l'esprit de la doctrine lui idaît, et il pense, comme Hemsterhuis, que la certitude du sentiment est le fondement de toute autre. Certitude qu'il faut posséder
1. HE.MSTERI1UIS, Œuvres philosophiques, Paris, 1809, t. Il, 101-103.