‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 61 sur 138 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

THÉORIES MORALES

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et, si la conviction fait défaut, s'évanouissent ensemble. Donc, pour ôtre moralement bon, l'homme doit croire que son être n'appartient pas tout entier à la nature, et qu'il participe au monde suprasensible, encore qu'il ignore comment. Il doit avoir foi en sa raison, qui lui atteste l'absolu. Voilà dans quel esprit Jacobi veut que la morale soit religieuse. II ne demande pas qu'elle soit attachée au dogme : toutes les théologies, a-t-il dit, lui sont indifférentes par ce côté-là. Mais ce qu'il n'admet point, c'est que la morale puisse être indépendante de la croyance qui porte sur l'au-delà. Cai* le sentiment moral est une affirmation implicite de cet audelà, même chez ceux qui le nient. Les vertus d'un athée sont un témoignage involontaire qu'il rend à Dieu.

On pressent dès lors comment Jacobi va combattre les morales opposées à la sienne. Point d'examen mélhodique. Il ne les réfutera pas: il les mettra en présence du sentiment moral, souverain juge, et seul compéltMit. De celte confrontation sortira la sentence. Ainsi la morale de l'intérôt, qui s'était rc'pandue en Allemagne, et qui y comptait un peu partout des partisans, surtout dans les classes supérieures, — Jacobi l'attaque avec insistance, mais toujours par un simple appel à l'évidence du cœur. Il se conlentiî de montrer que la nature proteste contre les résultais d'une analyse psychologique aussi ailificielle que subtile. Quand l'utilitaire a bien fini de réduire toutes nos inclinations à l'amour de soi, il n'en reste pas moins vrai qu'une mère ne mêle à son amour pour ses enfants aucune arrière-pens('*e d'égoïsme. Les faiseurs de tours de prestidigitation morale sont fort ingénieux , mais ils ne réussiront pas à escamoter les sentiments spontanés du cœur humain. « Hier encore, écrit un des personnages iïAIbrill, se trouvait chez nous nu de ces raisonneurs qui commencent toutes leurs phrases par des .l///.s/ donc, ou des Par conaéquent. Il prétendait prouver à Clerdon que tout vient de l'amour propre, et que nous recherchons ou négligeons les objets selon qu'ils nous sont utiles ou nui-

sibles, agréables ou pénibles. Clerdon fit quelques objections. A ce moment, Henri et Charles entrèrent dans la chambre en jouant et en dansant; ils se pendirent au cou et aux bras de leur père, qui les secoua pour s'en débarrasser, de sorte qu'ils tombèrent en riant sur le tapis. Ils se tournèrent alors vers leur mère pour la taquiner et l'agacer. Voyez-vous, dit Clerdon à cet habile homme, quand votre philosophie eût été la mienne, ces garçons-là m'y auraient fait renoncer. . . Je ne doute pas que vous ne puissiez m'expliquer tout ceci autrement, et interpréter si bien les faits en votre faveur, que je n'aie rien à vous répondre. Car la vérité intime a toujours contre elle la matière des mots. C'est l'instinct de la lettre que de vouloir subjuguer Fesprit, et de le traiter comme Jupiter fit son père ». »

Ce n'est pas là une réfutation, et, dans les œuvres proprement philosophiques de Jacobi, l'on n'en trouverait pas davantage. Il refuse de suivre ses adversaires sur leiu* terrain, leur erreur, selon lui, provenant avant tout de ce qu'ils posent mal le problème. Quand ils font de la morale une science de raisonnement, ils la dénaturent : elle ne relève que du sentiment. Encore si les conséquences de cette erreur demeuraient exclusivement logiques, si elles n'intéressaient que la science î Mais elles s'insinuent plus loin. Elles pénètrent dans les consciences et se mêlent aux motifs d'action. Elles con-ompent à sa source le senliment moral, colorent l'égoïsme qui ne demande qu'à être justifié, et popularisent enfin cette philosophie .< platement, ignoblement utilitaire », qui soulève le dégoût de Jacobi. Les progrès de l'irréligion et ceux de l'ulilitarisme vont de pair. Le langage de Jacobi est parfois d'une véhémence qui rappelle les apostrophes de Rousseau, ou plutôt encore les tirades déclamatoires de iîchiller dans ses premiers drames. « Je vois devant mes yeux, é'crit-il, une mer morte et hideuse, sans un souffle qui puisse l'animer, l'échaufl'er, et lui rendre la vie; et c'est

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