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THÉORIES MORALES
pourquoi j'appelle de tous mes vœux un lorreul, quel qu'il soit, fût-ce une armée de barbares, qui emporte ce bourbier dégoûtant, qui balaye la place dans une tempùte, et qui nous rende enfin un sol pur et débarrassé de ses souillures*. » Hyperbole oratoire par laquelle s'exbale et se satisfait à la fois l'indignation de Jacobi. Car il est pacifique de nature, et il n'a pas le tempérament révolutionnaire.
La grande coupable, à ses yeux, est la pbilosopbie française du xvin« siècle, légère, amusante, et d'autant plus corruptrice. La bassesse morale s'y joint à l'impiété. Ces écrivains qui ne respectent rien, qui ne croient à rien, ont sans doute beaucoup d'esprit. Mais ils .sont nlalad(^s moralement, et la contagion gagne autour iVvwx de proche en proche. Jacobi accuse surtout Helvélius, dont le succès avait été très vif en Allemagne. « Un homme s'est levé, qui a dit ouvertement : Nous n'estimons que le plaisir : nous n'avons que des sens, point de <'(rur ni d'Anu»; nous n'avons que des désirs, point de sympathie spontanée pour nos semblables ni d'amour ; la vertu qui serait à cUe-memo sa propre récompense est um» chimère. . . Toute l'Europe fit fùte à la nouvelle doctrine. On ne trouva pas assez d'éloges et de remerciements pour son auteur. Et de vrai, c'était beaucoup que de comprendre i*esprit do son temps comme Helvétius l'avait fait, de dissiper complètement les nuages, d'en finir avec toutes les formas illusoires, vi (hMonstniiie un nouveau système de lu vertu et du bonheur avec des matériaux empruntés uniquement ù la réalité empirique, un système aussi beau et aussi l)ien lié qu'il était possible avec de tels matériaux. Mais «prit ait tenu ces matériaux pour les seuls réels, qu'il ait cru et affirmé que Socrate, Épictète, Curius, Métellus, Sully, Alfred, Irs In^ros, les saints et les sages, n'ont rien compris à la vertu. . . cela témoigne 4ruiie iii«<;n$îl>îiiti* du cœur, et d'uno dégradation du principe même de la vie, qui doit exciter dans toute ikine saine
le plus violent mélange de compassion, de répugnance et de dégoût*. » o Personne, écrit ailleurs Jacobi, n'en veut plus que moi aux encyclopédistes*. » Ceux-ci avaient pour eux le nombre, la faveur du public, et l'esprit du temps formé à leur image. Leurs adversaires, plus jeunes et plus obscurs, ne voyaient aucune raison de les ménager. Derrière Rousseau, ils se comptèrent, et ils furent presque surpris de se trouver déjà si nombreux.
31ais, parmi ces moralistes du sentiment qui font cause commune contre Helvétius et l'Encyclopédie, parmi les Rousseau, les Ferguson, les Hemsterhuis et les Claudius, y a-l-il quelque trait qui caractérise pins spécialement Jacobi?
Sa théorie de Ui vertu est élroilement liée à sii conccp-
tioîi particulière de la liberté. Il ne dil |»as que Tliomme soit naturellement mauvais. Malgi>^ 5C« ronvicllons piélislcs, il parle peu de la cinile et de la gn\ce^ I.«* •• mal radical * ne tient |)as dans *a morale, h l>eaucoup pinV-^, une place aussi importante que cl^ns celle de Kant. l/hnmme, eepciidiuil, n'est pas non plus naturellement verlurn\. H a seulement une prédisposition ^i aimer les belles actions, comme il en a une, d'ailleurs, à ahner le plaisir. Mais nous avons conscience d'une liaison mystérieuse de noire être arec un bien absolu dont la perfection e.sl infinie : non» avons conscience également d'un pouvoir, inexplicable mais réel, la liberté. qui nous n^id capables de pivférer ce bien supn&me à toutes les salisfiiriifins sensibles, et h la vie terivsire elle-mi^me. C'est ce sacriric<» n>';té et conslani qui constitue la verlu. K Faire de belles et nobles actions est natuivl à Thomme. H n'y trouve point de difficulté : il a en lui-même des lendanct'H <[ui l'y poussent. Mais ne faire r/firde lu^lles actions, voilà (|ui eîit dimclle, et qui seniil pmprem^'nl In vin In ♦. »
1. 8\V, V, !1W. a. le p9tau^ o(t CMPlIir, «iiiit >*•» Mém^im, r^yi^Wt: la l»«iiiblc iaiprcMiâii iiu'il 4valC rvwrntin i^ Wu-tuX U SifsUvu de U Noiurt^ du tefMi «nfùlbudi. IncAt^ng nnd WaArMat, In. XI.