‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 73 sur 138 · Voyez supra^ ch. i, p · texte numérisé non relu

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tère du peuple à qui l'on va donner des lois, et qu'on le traitera comme s'il était quelconque, tout neuf, sans passé, au lendemain de la création. « Quant à l'Assemblée nationale, ajoute Jacobi, je la trouve infiniment conséquente dans son fanatisme intellectuel, et je pense que tout liomme en état d'apprécier les différents efforts qu'elle a faits pour réaliser sa conception, ne saurait lui refuser l'iiommage de son admiration. On pourrait lui appliquer celte devise que Leibniz trouva pour la pendule : Solem dicere fahum audet^, »

La convocation des Etats-Généraux avait donné à Jacobi les plus belles espérances. Si Louis XVI, dit-il, avait pu, d'accord avec les représentants de la nalion, établir en France un régime de liberté et de justice, la face de l'Europe était changée. Bon gré mal gré, les autres souverains auraient dû suivre son exemple. Tous les peuples auraient ainsi profité de l'initiative prise par la France. Ils lui en auraient gardé une reconnaissance éternelle *. Malheureusement, les événements ont pris un autre cours, et les Allemands devront, semble-t-il, se contenter d'assister en spectateurs à ce qui se passe chez leurs voisins. Jacobi ne se doute pas que le contrecoup de la Révolution va retentir en Allemagne, et bouleverser le pays de fond en comble. Il se félicite de vivre à une époque où de grandes transformations se préparent. Comme la plupart de ses compatriotes, il n'a éprouvé d'abord qu'un sentiment de curiosité et de vive sympathie. Les journées se passent à attendre le courrier de France, comme dix ans auparavant on s'arrachait les lettres d'Amérique. Personne presque ne réfléchit que le Rhin peut se traverser plus facilement que rAtlantique. « Vous nous ravissez, écrit Jacobi, en autant {sic) que nous sommes philosophes; car le phénomène que vous venez de faire paraître sur l'horizon de la pensée est unique, et ses développements vont être tels que jamais rien de plus remarquable ni de plus instructif n'aura été offert à l'observation des hommes. »

Ainsi, incapable de prévoir les effets politiques prochains de la Révolution française, Jacobi en comprend à merveille la portée philosophique. Il en suit le développement avec la passion d'un clinicien qui a rencontré un cas extraordinaire. Les nouveaux législateurs de la France se sont engagés dans une entreprise impossible : comment en sortiront-ils? Leur succès serait la chose du monde la plus invraisemblable, la plus contraire à tout pronostic réfléchi. Mais pourtant l'invraisemblable arrive. L'histoire est pleine de grands événements que, d'une voix unanjme, les philosophes et les hommes d'Etat auraient déclarés impossibles : le triomphe du christianisme dans le monde ancien en est l'exemple le plus éclatant. Peut-être les révolutionnaires français réussiront-ils aussi, contre toute évidence? Jacobi en fait la supposition ironiquement. Il ne croyait pas si bien dire.

Vingt ans plus tard, après avoir assisté à la longue suite des guerres qui ont transformé l'Allemagne et l'Europe, Jacobi n'a point changé de principes politiques. Il a déploré les erreurs et condamné les excès de la Révolution. Il a détesté la tyrannie de l'Empire. Mais il n'est pas moins alarmé, ni moins indigné, de l'esprit de la contre-Révolution qui triomphe après Leipzig et Waterloo. « Je vois ce que c'est, écrit-il le 21 octobre i81o à son ami Nicolovius; les gouvernements, la Prusse comme les autres, vont donner en plein dans la réaction. Le pouvoir absolu, voilà ce que tous désirent au fond du cœur : de la justice, ils se soucient fort peu. La représentation du peuple qu'ils ont promise, ils en feront un objet de moquerie, une pure farce, agrémentée de beaucoup de police, par devant, par derrière, de tous côtés. Aussi bien, je n'espère plus qu'en la France, et je ne trouve pas mauvais qu'elle conserve l'Alsace et la Lorraine. Mais si les royalistes absolutistes devaient l'emporter aussi en France avec l'aide secrète des alliés, alors c'en serait fait de la liberté de l'Europe et du progrès des peuples dans la civilisation*. » Jacobi n'a

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