‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 74 sur 138 · SW, U · texte numérisé non relu

SW, U

1. ZflppRiTZ.n, 124-5. — Cf. Meier, p. 148. Lettre du 14 juin 1814.

éYidemment point de goût pour la Sainte Alliance. Il n'augure rien de bon de la réaction furieuse qui s'annonce. Il y voit avci) raison une menace pour ce que la Révolulion, malgré ses fautes, a pu créer de bon. Il craint que le despotisme ne fasse bon marché des droits imprescriptibles de rhomme. Il liait le régime de la violence, de la délation et de Farbitraire. En un mol, il est resté libéral.

Pourtant, il n'aurait jamais dû Tôtre. C'était une inconséquence de sa part. Sa politique s'accorde mal avec le reste de sa doctrine, et Kant n'a pas manqué de le lui faire remarquer. Pouvait-il à la fois déclarer une guerre sans merci à la philosophie du xvni° siècle, la déclarer fausse et <( ignoble », et croire néanmoins comme elle à la théorie du droit naturel où elle aboutissait? Si les attaques de Jacobi l'atteignent, elles Tatleignent tout entièic. Il ne peut pas en même temps admettre les conclusions et rejeter les prémisses. En bonne logique, ce n'est pas libéral, — centre-gauche, dirat-on plus tard, — qu'il devrait être. Sa place est marquée à droite, parmi les « conservateurs historiques ». Les idées que développeront Savigny et son école sont déjà nettement indiquées par Jacobi. Il a préparé le procès de son siècle. Il a dressé contre la philosopliie « des lumières » un réquisitoire où les écrivains de la contre-Révolution viendront largement puiser. Avait-il alors le droit de s'indigner, quand la réaction l'emporta ? Etait-ce bien à lui de protester contre une politique qui procédait logiquement de sa propre doctrine?

Ne reprochons pas trop celte faiblesse à Jacobi. Elle est plus fréquente qu'on ne pense, et de plus grands que lui s'y sont laissé entraîner. On ne compte plus les philosophes dont les idées politiques n'ont pas été ce qu'aurait exigé une stricte logique. Dans son Introduction à la Science sociale, M. Spencer a fort bien expliqué cette anomalie apparente. Il en est lui-même un bel exemple après tous ceux qu'il rapporte. Mais, de plus, le libéralisme de Jacobi nous permet de fixer avec précision le rapport de sa doctrine à l'esprit général du xvin« siècle. Jacobi a été, sans

aucun doute, un précurseur de la réaction contre cet esprit, et il a commencé lui-même l'attaque sur plusieurs points avec une ardeur et une impétuosité singulières. Mais ce n'est pas encore une réaction qui s'en prenne au principe et à l'essence même des idées, telle qu'elle apparaîtra plus tard chez les théoriciens de la contre-Révolution, chez les de Ronald, les de Maistre, les Haller. Jacobi est un enfant révolté du xviiio siècle : c'en est encore un enfant. 11 y tient, malgré qu'il en ait, par mille liens secrets dont il n'a pas conscience. Il l'aime toujours, en le haïssant, et les preuves n'en sont pas toutes dans sa politique. Pourquoi cet artifice qui lui fait appeler « [rationalisme » sa doctrine de la croyance, et parer du nom de raison ce qui, de son propre aveu, est sentiment? C'était, sans doute, pour obtenir qu'on l'écoutât. Mais c'était aussi un hommage rendu à l'esprit d'un siècle qui voulait que tout se légitimât devant la raison. L'équivoque a été ici un signe de déférence. Voyez encore, à côté de l'aversion de Jacobi pour la métaphysique dogmatique, son admiration pour les découvertes de la science positive, sa foi dans les progrès de l'esprit humain », son goût pour l'idée de g perfectibilité ». Enfin, dernier trait significatif, il a le mépris et la haine du moyen-age, qu'il connaît mal, tandis que la fois naïve et l'art impersonnel de ces temps oubliés vont bientôt charmer la génération des romantiques. Pour lui, le moyen-âge est une époque « affreuse ». Et comment l'Europe en est-elle sortie? Par l'effort Incessant de la raison. « Si imparfaite que se montre encore la raison chez l'homme, toujours est-elle ce qu'il a de mieux, Tunique ressource, l'unique secours qui soit à sa portée*. » Entendez « raison » dans le sens spécial que Jacobi donne à ce mot : il n'en reste pas moins un accent auquel on ne peut se méprendre, et qui décèle le contemporain de Rousseau, de Diderot et de Kant».

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