sw, IV
JACOBI ET LE SPINOZISME
n'autorise à croire qu'il en eût fait jamais l'objet spécial de ses réflexions.
Seul ou à peu près seul de cette génération, Lessing a vécu dans le commerce familier de Spinoza, et s'est nourri de sa doctrine. Mais ce commerce, il l'a tenu secret, et ses amis les plus intimes l'ont ignoré presque jusqu'à la fin de sa vie. Non que le courage lui manquât pour affirmer et défendre ses conviclions. La lutte ne lui avait jamais fait peur, et il était de force à ne craindre nul adversaire. Mais il estima sans doute qu'en divulguant sa familiarité avec ce philosophe suspect, il fournirait aux théologiens, avec qui il était en controverse, un moyen de s'échapper, de brouiller les questions, et de l'accabler sous une accusation d'impiété. Il préféra jouir tranquillement de l'étude de Spinoza, en silence, sans discussion, sans injures, sans excommunication. Il s'était pourtant ouvert à Jacobi^^nvec qui il s'était rencontré en 1780. Quelque temps après, Lessing mourut. Jacobi apprit que Mendelssohn préparait un livre sur la vie et les opinions de Lessing, et il crut devoir l'informer, par l'entremise d'un ami commun, que dans les dernières années de sa vie au moins, l'auteur du Laocoon était partisan de la doctrine de Spinoza. « Laquelle ? demande négligemment Mendelssohn, surpris et peiné par cette révélation : celle qui est exposée dans le Traité théologico-politiqiœ et ÙBiïi^lQ^ Principes de la philosophie cartésienne "i ovi celle que Louis Meyer a fait paraître sous le nom de Spinoza après sa mort? » Piqué de voir sa communication accueillie de si mauvaise grâce, Jacobi réplique sèchement*. « Il suffit de connaître un peu Spinoza pour savoir que les Principes de la philosophie cartésienne n'ont rien à voii' avec le spinozisme... Quant à un système de Spinoza, que Louis Meyer aurait fait paraître après sa mort, c'est la première nouvelle que nous en ayons. Est-ce des Œuvres posthumes que Mendelssohn, sans doute, a voulu parler? Mais alors je