‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 78 sur 138 · sw, IV · texte numérisé non relu

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ne comprends pas comment il peut leur opposer le Traité théologico-politique. Ce que le traité contient du système de Spinoza s'accorde parfaitement avec les Œuvres posthumes. Et Spinoza s'y réfère expressément en plus d'un passage jusqu'à la fin de ses jours. » Mendelssohn ne s'attendait pas à tant de précision. Il dut s'excuser d'avoir pris Jacobi pour un « amateur ». Ce nouveau venu était aussi bien informé, — et môme mieux, — que les « professionnels ».

Où donc Jacobi avait-il appris à si bien connaître Spinoza? Ce n'était pas pendant son séjour à Genève. Le Sage et les amis de Rousseau l'avaient attiré plutôt vers les pbilosopbes français. Nous trouvons, il est vrai, Spinoza cité par Bonnet, mais en passant, sans qu'il y insiste. Ce fut aussitôt après le retour de Jacobi en Allemagne. L'Académie de Berlin avait proposé comme sujet de concours : de r Évidence dans les sciences métaphysiques (1763). Mendelssohn et Kant envoyèrent chacun un travail. Mendelssohn obtint le prix : Kant eut un accessit. Jacobi attendait avec impatience la publication des mémoires récompensés. Celui de Mendelssohn lui causa une vive déception. Jacobi fut choqué, en particulier, d'y retrouver la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Il la jugeait suspecte, et il voyait que Kant ne l'acceptait pas non plus sans réserves. Cependant il n'osait taxer le lauréat d'absurdité ou de sophisme. Il eut alors l'idée de remonter à la forme primitive de l'argument. Il pensa la saisir chez Descartes, et surtout chez Spinoza, dont le système passait pour être une exagération du cartésianisme. Dans une édition des œuvres de WolfT, il trouva Y Éthique imprimée avec sa réfutation. Il s'y mit aussitôt, et ne la quitta plus.

A partir de ce moment, Spinoza devient pour Jacobi ce qu'il restera jusqu'au bout : le représentant le plus rigoureux et le plus profond de la métaphysique dogmatique. Jacobi le condamne et l'admire. Car le système de Spinoza touche à la perfection, et cette perfection môme, aux yeux de Jacobi, en fait éclater le vice fondamental. Plus il l'approfondit, plus il se convainc que cette doctrine est à la

JACOBI ET LE SPINOZISME

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fois irréfutable et inacceptable. Partout désormais, dans sa correspondance, dans ses entretiens avec Goethe, dans ses travaux philosophiques, perce la préoccupation du spinozisme. Lorsqu'il débute, en J773, dans le Mercure allemand, \isa^ nn compte rendu ^(i^ Recherches philosophiques sur les Égyptiens et les Chinois par M. de Pamv^, il trouve moyen d'y reprocher à Bayle, si pénétrant d'ordinaire, d'avoir jugé Spinoza avec une injuste sévérité. Dans la suite, il ne manque pas une occasion de louer la force logique, l'originalité et la sincérité philosophiques de Spinoza. Il le cite, dans son opuscule sur la Force et le Droit*- (1777), en homme qui possède le texte dans le dernier détail. En un mot, au moment où éclate sa querelle avec Mendelssohn, il était aussi bien préparé que possible à s'expliquer sur Spinoza.

En appelant bruyamment l'attention du public sur ce grand système méconnu, presque inconnu, Jacobi atteignait d'un seul coup plusieurs fins, d'importance inégale, mais qui lui tenaient également à cœur. D'abord il se plaçait, pour continuer ses attaques contre la philosophie régnante, sur un excellent terrain, qui lui était familier, tandis que ses adversaires le connaissaient mal et devaient y ôtre gônés. Puis il se donnait le malin plaisir de leur révéler un Lessing qu'ils ne connaissaient point, et quelle avait été sa pensée de derrière la tôte. Le seul fait de l'avoir ignorée était pour eux mortifiant, et môme ridicule. Quoi ! Lessing, leur chef, leur gloire, leur compensation, si l'on ose dire, à tant de médiocrités, le porte-drapeau de la philosophie « des lumières », Lessing aussi en avait senti le vide, et il avait demandé à une autre doctrine une satisfaclion plus solide ! Jacobi ne pouvait porter un coup plus sensible au prestige de Mendelssohn et de ses amis. Enfin et surtout, le spinozisme lui fournissait le moyen de poser, dans les termes les plus nets, la thèse fondamentale de sa propre philosophie : à savoir, que

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