‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 93 sur 138 · Kant's SiimmUiche Werke^ éd. Rosenkranz, I · texte numérisé non relu

Kant's SiimmUiche Werke^ éd. Rosenkranz, I

JACOBI ET KANT

parût pencher plutôt de son côté que du leur. C'est un artifice de tactique dont il s'applaudit fort. Il croit déconcerter ses adversaires par cette manœuvre. « Je me suis remis à Kant cet automne, écrit-il à Gœthe, et pour m'assouplir tout à fait, je l'ai étudié à fond. . . Cet animal n'est pas méchant : il ne va pas se jeter sur les passants pour les mordre. Mais il est là, pourtant, sur le chemin, et les gens n'osent pas trop se risquer à passer. C'est du moins ce que j'ai éprouvé moi-môme. Maintenant je vais le prendre avec moi contre les Berlinois, et, de l'autre côté, Hemsterhuis. Je pense que sous mes ordres tous deux rendront d'excellents services, et me défendront contre les pires attaques '. »

Ce plan de campagne est d'une naïveté qui désarme la critique. Jacobi va enrôler ensemble Kant et Hemsterhuis à son service, et lancer le formidable auteur de la Critique sur ses adversaires : ils prendront peur et s'enfuiront I Par malheur, Kant n'avait point de goût pour le rôle de molosse que Jacobi lui destinait ingénuemcnt. Malgré la confiance qu'il affecte, Jacobi s'en doutait un peu. Souvent, dans ses lettres à Hamann, revient cette question inquiète : « Kant est-il pour moi ou contre moi? A-t-il lu ma dernière brochure? Qu'en pense-t-il? » Kant n'en pensait pas grand'chose, et cette polémique l'intéressait peu. Jacobi a beau écrire à Gœthe : « On dit que Kant a été fort content de mon exposé (de Spinoza) et de tout l'ouvrage* », il se dupe luimôme, et Hamann ne lui cache pas que le contraire serait plutôt vrai. Sur le point de fait qui a été l'origine du débat (l'interprétation de V Éthique), Kant n'a pas d'opinion, n'ayant jamais approfondi le spinozisme. Et quant au fond de la question, quant à la méthode qu'il convient de suivre en philosophie, si Kant rejette le dogmatisme des Wolfiens, il est encore moins favorable au mysticisme sentimental de Jacobi. H n'approuve pas qu'on fasse bon marché de

1. Briefwechsel zmschen Gœthe und Jacobi. Lettre du 13 décembre 1785, p. 99.

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