Kant's SW, 2Ô/rf., 628-C
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chologie ni la morale. Il lui a suffi de dévoiler la faiblesse du principe sur lequel tout repose. Le jugement de Jacobi sur Kant ne se formule pas aussi nettement, et nous en savons la raison. Jacobi ne voit pas sans plaisir que les résultats du kantisme coïncident à peu près avec ses propres convictions. Il tire avantage, au besoin, de cette concordance. Mais, d'autre part, il désapprouve la méthode de Kant. Il pense aussi que, même la méthode une fois admise, Kant n*en a pas fait un usage irréprochable. De là .une critique détaillée du kantisme, à laquelle Jacobi est revenu à plusieurs reprises, et chaque fois avec plus d'insistance*.
La vérité métaphysique, selon Jacobi, quoique indémontrable, nous est donnée dans l'intuition immédiate. La meilleure philosophie sera donc celle qui rendra le mieux compte de cette donnée : ce sera un double réalisme, sensible et suprasensible. Jacobi va montrer que Kant, s'il était conséquent avec lui-môme, aboutirait à la doctrine précisément opposée, c'est-à-dire à l'idéalisme. L'effort de Jacobi consistera donc à faire voir : \° que la Critique de la Haison pure mène logiquement à l'idéalisme (ce qui, dans sa pensée, la condamne); 2* que si Kant échappe à l'idéalisme, c'est au prix d'une contradiction formelle.
Jacobi avait été l'un des premiers à saisir, je ne dirai pas toute la portée, mais le sens véritable de la CritUjue de î a Raison pure. Il y avait à cela quelque mérite. Les contemporains, comme on sait, s'y trompèrent presque tous. Ils ne virent d'abord dans ces huit cents pages compactes qu'une élaboration obscure de l'idéalisme de Beikeley. Jacobi aperçut fort bien ce que Kant s'était proposé : un idéalisme transcendental qui eût pour contre-partie un réalisme empirique ; une distinction du phénomène et de la chose
1. Voyez surtout le travail intitula Veher den transcendentalen Jdealismus, appendice au Dialogue David Hume (1787), SW, 11, 291-310, — et l'examen plus détaillé paru sous ce titre : Ueber das l'nternehmeii des Kriticlsmns die Vernunft zu Verstande zu bringen, en 1801, dans les Beitrape de Reinhold. SW, III, 61-195. La fin de ce travail n'est pas de Jacobi, mais de son ami KOppen.
JACOBI ET KANT
en soi qui donnât d'une part à la science un fondement désormais inattaquable, et d'autre part mît fin au dogmatisme métaphysique, en fournissant du môme coup le moyen de résoudre les antinomies de la raison pure. II reconnaît que Kant a commencé, dans la philosophie spéculative, une révolution comparable, par son importance et par ses gi^aves conséquences, à celle que Copernic détermina, il y a ti^ois siècles, d'abord en astronomie, et par contre-coup dans toutes les sciences. Kant a essayé de syslém^ntiser non seulement notre savoir, mais aussi notre non-savoir*. Il a voulu fixer les limites de la science et de la croyance : entreprise admirable en un siècle où la métaphysique avait presque perdu le sens de ses propres problèmes.
Mais a-t-il réussi? Jacobi ne le pense pas. Le kantisme est une doctrine impaifaite et hésitante, en désaccord avec ses prémisses, et qui reste à moitié chemin. Il devrait conclure à l'idéalisme. Il s'en défend, mais à tort. L'inconséquence éclate surtout dans la conception de la « chose en soi ». De cette chose en soi, nous ne pouvons absolument rien savoir. Nous ne pouvons même pas concevoir comment nous en aurions une idée positive. Car au moment où nous la penserions, et du seul fait que nous la penserions, ce ne serait plus la chose en soi, mais un phénomène relié à l'ensemble des phénomènes qui sont l'objet de notre science. Et pourtant cette chose en soi, Kant veut nous y faire voir, la cause des impressions qui frappent nos sens, et le fondement d'une réalité autre que la pensée ! Mais comment peut-il faire un usage transcendant du principe de substance ou du principe de causalité ? N'a-t-il pas démontré que les catégories de l'entendement n'ont d'application légitime que dans le monde de l'expérience ? Nous ne savons, dit-il, et nous ne pourrons jamais savoir des choses en soi que ceci seulement: qu'elles existent. Mais, objecte Jacobi, c'est trop peu, ou c'est trop. Cette existence