‹ La philosophie de Jacobi [microform]Chapitre 97 sur 138 · KAXt'ik HW. n · texte numérisé non relu

KAXt'ik HW. n

de la croyance, tandis qu'il voit dans la croyance un savoir imparfait, Jacobi prétend subordonner le savoir qui démontre à la croyance immédiate, intuitive, .et sans preuves. Il ajoute, il est vrai, que cette croyance est un « sentiment de la raison ». Mais, réplique Kant, « la raison ne sent point»; et il ne peut non plus y avoir d'intuition ni de révélation immédiate, qui nous assure de l'existence d'un être tel que Dieu. « Ainsi personne ne peut ôtre convaincu de l'existence d'un ôtre sup-ème par une intuition d'abord : c'est la « croyance de la raison » qui doit se prononcer en premier lieu. Aussi, lorsque dans les questions qui touchent à des objets suprasensibles (existence de Dieu, vie future, clc), ou conteste ;i la raison son dixiit <\c |>arler la prrnuère, on ouvre aussitùt la porte loule grande au fanatisme, ;\ la siii>erstilion et ^ l'athéisme *. »

Voilà qui est parler net. Kant veut bien que la raison prenne conscience de sa relahvité, et quelle avoue son impuissance ii rien démontrer en dcliors des limites de Icxpt^rlence : mais il ne consent ]>»$ qu'elle alnfique. Or. affirmer d'une part rinconcevabililé d'un objet» et, d'autiv part, admettre la réalité de ce même objet (sur la foi d'un sentinicnt), ëquiraut bien A dé|ïosséder la raison. Cela pblt aux sceptiques : cela ne déplaît pas aux mystiques. Jaeobl semble n'y voir aucun inconvénient. Mais Kant en a|>er^ COil, ^u contraire, et de fort graves. Une p«areille doctrine, selon lui, met ep danger ce qui fait la dignité de Thomme, et compromet les conquéres lentement acquises sur les pn'^- Jugés et les erreurs. Il prévoit ce qu on appellera plus lard « Toliscurantisme ». Après avoir monln^ à J^icobi que sji posîlion Ê$t logiquement inlemdde« il teimine par un avertLsse- ■wnl prophétique : « Hnmmes do grand esprit et de nobles scnlinienls: le respecte vos lalenls, et j'aime voire sentiment de Hiumanité. Mais nvez-vous bien réfléchi à ce que vous faîtes, et où aboutiront vos attaques contre la raison*? » Et,

t. KaatV sw. I. p. 385.

î. IM., p. «7.

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LA PHILOSOPHIE DE JACOBl

avec une claiiToyance singulière, Kant signale, dans ce mysticisme contempteur de la raison, la cause prochaine et Favanl-coureur d'une réaction politique qui voudra restreindre la liberté de penser.

Dix ans plus tard (1796) Kant fit paraître, toujours dans la Revue mensuelle de Berlin, un second article visant Jacobi et ses amis, mais beaucoup plus vif que le premier*. Leur ton de supériorité l'indispose, et il met sans ménagement le doigt sur leur point faible. Sous prétexte que la certitude médiate en suppose toujours une immédiate, ils jugent d'un ton dédaigneux les efforts du philosophe qui s'applique à découvrir la vérité. Ils déclarent, avec une désinvolture cavalière, qu'on la possède, cette vérité, par la grâce d'une intuition spéciale, sans effort, sans travail; et ils prennent en pitié les esprits assez simples pour s'efforcer de prouver ce qu'ils avancent. Comme fantaisie d'amateur, cela ne tirerait pas à conséquence. Mais si l'on prétend proposer, et môme imposer, cette méthode (ou pour mieux dire ce procédé), à la philosophie sérieuse, la plaisanterie passe les bornes. Il est temps d'y mettre un terme. Kant le fait en quelques mots péremptoires. Il montre à Jacobi qu'il lui siérait d'être plus modeste et plus réservé. « Prétendre construire sa philosophie à l'aide d'un sentiment décisif, est bien le procédé qui convient le mieux au ton de ceux qui affectent un air de supériorité. Car qui voudra me contester mon sentiment? Et si je puis, de plus, rendre vraisemblable que ce sentiment n'existe pas seulement d'une manière subjective en moi, mais qu'il peut être supposé chez tous les hommes, par conséquent qu'il a une valeur objective, comme une connaissance. . . alors j'ai un grand avantage sur tous ceux qui, pour se faire forts de la vérité de leurs affirmations, doivent d'abord en justifier. Je puis donc prendre le ton d'un maître, qui est au-dessus de l'obligation de montrer ses titres de propriété i Beati possidentes. Vive donc la philo-

1. Kant's SW, éd. RosENKRANz, I, C21-642. Von eittem neuerdings erholenen vornehmen Ton in der Philosophie,

JACOBI ET KANT

Sophie du sentiment, qui nous conduit droit au but ! Arrière la raison, qui, avant même d'avoir une matière qu'elle puisse saisir immédiatement, réclame des formes fixes auxquelles elle puisse soumettre cette matière ! . . . Jusqu'à présent, nous avions entendu parler de trois degrés de la croyance, se dégradant jusqu'à la complète ignorance : le savoir, la croyance, l'opinion. Voici qu'on nous en présente un nouveau, qui n'a rien à voir avec la logique, qui n'est point un progrès de l'entendement, mnis un pressentiment (prœvisio sensitiva) de ce qui n'est aucunement objet des sens : en un mot, un pressentiment du suprasensible '. » Et Kant n'a point de peine à faire voir que c'est « la mort de toute philosophie ».

Il eût été difficile de mieux montrer à Jacobi le vice originel de sa méthode. En la dégageant de ses ambiguïtés, Kant en a mis à nu la faiblesse. Que pourra invoquer Jacobi pour sa défense ? Il répondra peut-être que ces objections ne l'atteignent pas, qu'il a dit lui-même que sa doctrine est une « non-philosophie », qu'elle se contente de convictions et n'a pas besoin de démonstrations. Libre à elle, conclura Kant ; mais qu'elle s'abstienne alors d'attaquer ceux dont la logique est plus exigeante. Qu'elle cesse de subordonner la raison à je ne sais quelle croyance mystique, puisqu'enfin une croyance ne vaut que contrôlée et acceptée par la raison. La « croyance du sentiment » de Jacobi, moins choquante dans la forme, tend à rejoindre, au fond, la « foi du charbonnier » do Hamann. Toutes deux font injure à la nature humaine dans sa faculté maîtresse : toutes deux sont une menace de réaction politique et sociale.

Kant, pour critiquer Jacobi, n'a pas eu à descendre dans le détail de la doctrine. Il n'en a pas examiné de près la psy-

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