LES SOURCES DE LA GNOSEOLOGIE VICB1ENNE
contemplationes, utpote quse versantur in rébus, quarum imagines in animumper sensns minime insinuantur : figuras enim et numéros, quorum proprietates et analoqias mathematici scrutatitur, mens per se ipsam concipere, sine sensus adminiculo, satis commode potest » (1). Cela mérite d'être mis en relief, car il semble très probable que la réflexion sur les mathématiques et sur leur contraste avec la physique fut ce qui incita le plus immédiatement Vico à établir sa théorie générale de la connaissance. En effet, bien que l'influence de Ficin se montre dans les discours latins de Vico, les plus anciens documents que nous ayons de ses études, et bien que s'y insinue aussi pas mal de cartésianisme (2), ce critère général n'y domine jamais. Ce n'est que dans le dernier de ces discours, datant de 1707, que commence à paraître un peu la distinction entre mathématiques et physique, distinction qui, clairement énoncée l'année suivante dans le De ratione studiorum, prit la forme d'un critère général : « Geometrica demonstramus quia facimus ; si physica demonstrare possemus, faceremus. In uno enim Deo Opt. max. sunt verse rerum formœ, quibus earumdem est conformata natura ». Et cette théorie reçut son plein développement en 1710, dans le De antiquissima. Tels sont les précédents, ou, comme on a coutume de dire par une métaphore impropre, les « sources » probables de la doctrine vichienne relative à la connaissance. Il ne me semble pas que sur la formation de cette doctrine aient pu avoir de l'influence les propositions, qu'on a rappelées (3), de Geulinx que « nul ne peut faire ce qu'il ignore », et de Malebranche, que « Dieu seul connaît ses œuvres parce qu'il préconnaît son acte », — propositions où se trouve, en substance, la vieille doctrine thomiste ; beaucoup plus soulenable serait peut-être un rapprochement avec les idées de Spinoza, si l'on pense à l'identilé spinozienne entre X'ordo et connexio idearum et Yordo et connexio rerum. Ingénieuse,
(1) Thomœ Cornelii consentini, Progymnasmata physica (Naples, 1688), p. 79 ; cf. aussi, p. 64.
(2) Voir la monographie de (ienlile, déjà mentionnée.
(3) A. Pastore, compte rendu de ma monographie de Vico, dans le Giorn. stor. d. lett. ital., LVIII : cf. pp. 400-402.
mais inexacte, me semble aussi l'observation (1) que « la géométrie analytique de Descaries fut l'introduction du principe génétique dans l'étude des êtres géométriques », observation par suite de laquelle le principe verum ipsum faction, « avant d'être énoncé par Vico, aurait été pratiqué par Descartes », et Vico, dans son De antiquissima, « aurait adopté la pratique scientifique de Descartes, formulée comme convertibilité du vrai et du fait », en l'élevant au rang d'un * critère de certitude ». 11 ne s'agit pas ici de la pratique, mais précisément de la théorie de la métbode ; car, au fond, en tant que pratique, cette métbode, conçue dans son universalité, avait été pratiquée toujours, et non pas seulement par Descartes, et non pas seulement dans la géométrie analytique.
Nous serions certainement mieux instruits au sujet des précédents du critère vichien si nous avions plus de renseignements sur les études préparatoires faites par Vico pour son De antiquissima et, en général, plus de documents littéraires sur sa jeunesse. Et il se peut aussi que, dans les précédents que je viens d'indiquer et que j'ai désignés comme seulement probables, il y ait quelque chose d'accidentel, c'est-à-dire que ce soient des rapports imaginés par moi et inexistants pour Vico, tandis que d'autres, non accidentels, restent peut-être ignorés ou seront découverts par d'autres chercheurs plus fortunés que moi. Mais il n'est pas inopportun de répéter que la recherche des « précédents » ne peut jamais expliquer la nouvelle pensée qui s'est élevée sur eux, et moins encore en atténuer la valeur. Si, d'une part, ces notes enrichissent la connaissance de l'histoire de la philosophie, de l'autre, c'est-à-dire en ce qui concerne la pensée déterminée que nous examinons, elles ne sont d'aucune efficacité : utiles pour la biographie du philosophe, inutiles pour comprendre la signification propre de la nouvelle théorie, signification qui doit être cherchée essentiellement dans le nouveau problème en présence duquel cette théorie se trouvait et qu'elle visait à résoudre.
Dans l'histoire de la philosophie, les choses se passent,
(1) A. A. Zottoli, G. B. Vico, dans la Cultura de Rome, XXX (1911), pp. 422-423.
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ni plus ni moins, de la même façon que dans l'histoire de la littérature. Voici, par exemple, l'épisode d'Argante et de Tancrède, dans le chant XIX de la Jérusalem délivrée : Argante, sur le point de se battre avec son adversaire, se tourne, « comme hésitant », vers la « ville affligée », vers Jérusalem en proie à l'assaut des croisés ; et quand Tancrède se moque grossièrement de lui en lui demandant s'il hésite parce qu'il a peur, l'autre répond :
Je pense à la cité qui, reine hier encor,
Reine antique de ce royaume de Judée,
Tombe aujourd'hui, vaincue, et dont j'ai vainement
Essayé d'empêcher la fatale ruine...
Il est facile, ici, d'indiquer les précédents : Hector qui, en se séparant d'Andromaque, prévoit la fatale ruine d'Ilion, de Priam et de tout son peuple (bosxai r^ap, etc., Iliade, VI, 448-449), ou Énée, qui voit de ses yeux cette ruine (mit allô e culmine Troja :... si Pergama dextra, etc. ; Enéide, II, 290- 292). Et cependant, la mélancolie tragique de cet Argante est chose tout à fait nouvelle et qui appartient en propre au Tasse.
Ficin, Cardan, Tommaso Cornelio, Scot et Occam, et tous ceux qu'on a indiqués ou qu'on indiquera, ont ou auront anticipé telle ou telle partie de la formule vichienne ; et pourtant, lorsque de leurs propositions nous revenons au De antiquissima et aux polémiques qui le suivirent, et que nous y lisons la définition de la science, de la véritable science, comme conversion du vrai avec le fait, cette définition s'impose A NOUS COMME UNE CHOSE TOTALEMENT NOUVELLE. C'est que
Vico n'avait pas devant lui les adversaires et les problèmes en présence desquels se trouvèrent les scolastiques, les nominalistes et les mystiques du moyen âge ou les platoniciens et les naturalistes de la Renaissance : il n'avait devant lui rien moins que Descartes et le Discours sur la méthode ; et la phrase : « seul celui-là connaît les choses, qui les fait » prend une nouvelle importance, une nouvelle signification (c'est-à-dire sa significatien propre) de ce qu'elle sert à réfuter le cogito cartésien et la doctrine de la connaissance immédiate. D'un vieux fer rouillé, Vico fit, en
tout cas, une arme luisante et tranchante. Pour cette raison aussi, cette phrase n'est plus quelque chose d'accidentel ou d'incidentel, mais le point de départ d'une élude spéciale, le fondement d'une nouvelle philosophie, et Vico pouvait parfaitement en parler comme d'une chose non empruntée à autrui, mais méditée et établie par lui. Et quand il voulut cependant en retrouver quelque modèle, il fabriqua une histoire, qui est une fable ou un mythe : l'antique science italique, qui aurait eu pour guide suprême ce critère et qui en aurait laissé un vestige dans la langue latine avec la synonymie de verum et de factum,
La réfutation du critère cartésien (laquelle semblait à De Sanclis « complète », « le dernier mot de la critique ») (1) est l'aspect négatif de la gnoséologie vichienne ; mais son aspect positif, qui fait défaut dans le De antiquissima, se développa, comme nous l'avons dit, dans la Scietice nouvelle, où la science humaine de l'esprit et de l'histoire fut élevée au rang de science divine. Et puisque non seulement quelques critiques ont voulu méconnaître la divergence, cependant évidente, qui existe entre ces deux phases de la pensée vichienne, mais qu'on a même parlé d'un passage trop facile de l'une à l'autre, il sera bon de faire remarquer que ce passage fut, pour Vico, sinon toujours pleinement conscient, certainement assez lent et assez dur. Car il dut, pendant quelque temps, partager le dédain de Descartes et de Malebranche pour l'histoire : dans sa leçon d'ouverture de 1701, il se faisait même l'écho d'un mot de Descartes contre les philologues : « Gloriaris, Philologe, omnem rem vasariam, vestiariam Romanorum nosse, et tnagis Romœ, quan tuse urbis regiones, tribus, vias callere. In quo superbis ? Nihil aliud scis, quam figulus, coquus, sulor, viator, prœco romanus» (2). Mais, onze ans plus tard, dans la seconde Réponse au Giomale deiletterati, cemême motestl'objet d'un jugement tout contraire, et Vico déplore que « l'on estime aujourd'hui inutile l'étude des langues, sur l'autorité de Descartes qui disait : « Savoir du latin, c'est n'être pas plus savant que la servante de Cicéron » (3). Vico était, dans l'intervalle, arrivé
(1) Storia délia letteralura italiana, II, 320.
(2) Orazioni latine, éd. Galasso, p. 28.
(3) Opère, éd. Ferrari, II, 166.
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à la conscience de l'importance des notions « probables » de l'histoire et de la politique. Il fait allusion à son ancien cartésianisme antihistorique dans un passage peu remarqué du De constantia philologiœ où, parlant de la philologie, il dit : « Ego qui omni vita magis ratione uti quam recordari sum delectatus, quo plvra in philologia novi, plura mihi ignorare visus sum. U/ide non temere Renatus Carthesius et Malebrancius philosopho alienum esse dicebant in Philologia multum dhique versari ». Mais il ajoute qu'il s'aperçut ensuite que « Philologiae studium a dnobits praestantissimis philosophis, si communi Chris tinni nominis, non privât se philosophorum glorias studuissent, ita erat protrudendum ut vidèrent philosophi an philologiam ad philosophie principia revocare possent » (1). L'élévation de la philologie à la philosophie, de la science du monde humain à une science divine, voilà l'aspect positif de la gnoséologie vichienne, développé dans la Science nouvelle et vers lequel le De antiquissima, avec sa revendication des connaissances historiques contre le cartésianisme, ne faisait que s'acheminer.
Ainsi, des trois points en quoi je faisais consister l'origi" nalilé et l'importance de la première gnoséologie vichienne, deux, à savoir le critère de la connaissance opposé au critère cartésien et la défense des connaissances concrètes contre les connaissances abstraites, n'ont pas seulement été laissés intacts par la recherche des sources que je viens d'exposer: ils en sortent renforcés.
Reste le troisième des points par moi indiqués : la théorie vichienne du caractère arbitraire des mathématiques, au sujet de l'originalité de laquelle se sont aussi élevées des contestations qui me semblent moins fondées encore que celles que j'ai examinées jusqu'ici.
Trouve-t-on énoncée, avant Vico, la doctrine que les fondements des mathématiques, I'unité de l'arithmétique ou le point de la géométrie, sont irréels, sont des fictiones ? La trouve-t-on, ce qui est plusimportant, énoncée sous la forme non pas d'un mot jeté au hasard ou d'une vérité entrevue, mais comme une idée pensée avec pleine conscience et dont on tire les légitimes conséquences concernant les limites des
(1) Opère, éd. Ferrari, II, 232.
mathématiques et leur impuissance à donner la connaissance réelle de l'esprit, de la nature et de l'histoire ?
Durant tout le moyen âge, on ne cessa de répéter la théorie aristotélicienne des mathématiques, qui les considérait comme les plus certaines d'entre les sciences parce que les plus simples de toutes, faisant abstraction de toute matière sensible, mais non de la matière intelligible (uXr, vot)tt5) qui est dans les choses sensibles non en tant que sensibles (lv to"ï; a'u6ir)xo"iç Ô7râpxou<ia [") fl a?a6r)tâ) (1). D'après l'exemple de Cassiodore, elles formèrent le groupe de la science doctrinalis, dictincte de la naturalis (physique) et de la divina. Dans le sens aristotélicien, Albert le Grand définissait les entités mathématiques comme séparables « in phantasmate », « secundwn rationem » et non « secundum esse », de la matière sensible à laquelle « per esse sunt conjunctse » ; et saint Thomas disait que la mathématique, « etsi sunt non separata ea qux considérât, tamen considérât ea in quantum sunt separata » (2), On ne soupçonne aucunement le caractère arbitraire de leurs fondements. Dante, voulant indiquer les choses qui « nostrœ potestati minime subjacenl spéculait tantummodo possnmus, operari autem non », énumérait : n mathematica, physica et divina » (3).
De même que les mathématiques n'avaient pas toujours été, chez les anciens, l'objet d'une égale estime, de même, et beaucoup plus encore, elles furent, lors de la renaissance des études, diversement exaltées ou limitées ou rabaissées. Giordano Bruno en salirisait l'abus en disant que, saus les connaissances physiques, « savoir calculer et mesurer, s'entendre à la géométrie et à la perspective n'est qu'un passetemps de fous ingénieux », et il mettait en garde contre la confusion entre « signes » mathématiqnes et « causes » réelles : « rayon réfléchi ou direct, angle aigu ou obtus, ligne perpendiculaire, incidente ou plane, arc de cercle plus grand ou plus petit, aspect tel et tel, sonl des circons-
(1) Metaphys., VI, 1036 a.
(2) Les passages de Cassiodore, d'Albert et de saint Thomas se trouvent réunis dans le livre de Mariétan, Problème de la classification des sciences d'Anstote à saint Thomas (Paris, 1901) ; voir pp. 80, 168- 169, 182-183, 185-186.
(3) De monarchia, I, c. 3.
LES SOURCES DE LA GNOSÉOLOGIE VICHIENNE 331
lances mathématiques et non des causes naturelles. Jouer avec la géométrie et prouverla vérité par la nature sont deux choses différentes. Ce ne sont pas les lignes et les angles qui font que le foyer chauffe plus ou moins, mais les situalions voisines ou distantes, les demeures vastes ou étroites» (l).Campanella niait directement, contre Aristote, la supériorité des mathématiques sur la physique, déclarant que leur prétendue pureté était de la faiblesse (débilitas), leur simplicité de l'impuissance à plura accipere, leur universalité quelque chose de contraire au caractère de la véritable science qui est toujours de singrularibus, leur procédé" de démonstration per signum et non per causas, et disant enfin que ce ne sont pas des sciences recherchées pour ellesmêmes et qu'elles n'ont aucune utilité, ?iisi applicentur pht/sicis rébus (2). Bacon est, lui aussi, de cet avis que les mathématiques, prises en elles-mêmes, sont inutiles, et ne sont utiles que comme scientia ausiliaris, appendix magna aux sciences physiques (3). On aurait pu, de ces définitions et restrictions, ainsi que d'autres aiialogues, tirer la conséquence du caractère tout à fait instrumental et pratique de ces disciplines; mais celte conséquence ne fut pas tirée, que je sache, et ce même Bacon les considérait comme étant par elles-mêmes trop théoriques, inutilement théoriques : « Cum enim, continuait-il au passage cité, id hominum plane insitum sit (plurimo certe cum scientiarum detrimento) ut generalium quasi campis liberis, magis quam particularium sylvis et septis delectentur, nil repertum est mathematicis gratins et jucundius quo appetitus iste expatiandi et meditandi expletur ».
Le « faire » des mathématiques, dont il est question chez Ficin, chez Cardan et chezd'autres, signifiait une production mentale tout à fait exempte de présuppositions matérielles, et, pour cela, non pas moins vraie, mais plus hautement vraie. C'est à peu près la même signification qui se retrouve chez Descartes et chez ses sectateurs. Locke affir-
(1) La cena délie ceneri (1584), dans ses Opère italiane, éd. Genlile, I, 62, 107-108.
(2) Logicorum libïi très, I. II, arl 7-10 (dans la Philosophise rationalis pars secunda, Parisiis, 1637, pp. 433-437).
(3) De dignitate et augmentis scientiarum, 1. III, c. 6.
mait la réalité des vérités mathématiques, tout en admettant qu'il n'y a pas, dans la nature, de figures répondant aux archétypes qui existent dans l'esprit du géomètre (1) ; et Leibniz, commentant ce passage, disait que les idées de justice ou de tempérance « ne sont pas de notre invention, non plus que celles du cercle et du quarré » (2). Tommaso Cornelio, dont nous avons rapporté les paroles au sujet de l'opposition entre physique et mathématique, estimait lui aussi que les mathématiques reposaient sur « quasdam notiones ac intelligentlas, quas natura mentibus hominum, tanquam scientiœ fwidamenta, imeruit » (3).
Il est parlé d'un autre « faire », qui semblerait avoir plus d'affinité avec le « fin^ere » vicbien, dans un passage de la Métaphysique d'Aristole, qui n'eut pas peu d'influence. «On trouve aussi, est-il dit dans ce passage, les figures géométriques en les réduisant à l'acte (svepY2Î?),caron les trouve en les décomposant : si elles étaient décomposées, elles seraient évidentes, au lieu qu'elles existent en puissance. Pourquoi la somme des angles d'un triangle égale-t-elle deux angles droits ? Parce que les angles formés autour d'un même point, sur une même ligne, sont égaux à deux droits. Si on prolongeait l'angle de côté, la chose serait immédiatement claire pour qui regarde. Pourquoi l'angle inscrit dans le demi-cercle est-il droit ? Parce que, s'il y a égalité entre ces Irois lignes, savoir : les deux moitiés de la base, et la droite menée du centre du cercle au sommet de l'angle, la chose est claire pour qui, sachant cela, regarde. 11 est donc évident qu'on découvre, en les réduisant à l'acte, les choses qui sont en puissance, car l'intelligence est acte et la puissance vient de l'acte ; et par conséquent c'est en
FAISANT QUE L'ON CONNAIT (8tà xoôxo ttoiouvxe; YlYv(*><"C0U<Itv) W » -Mai S
(1) Essay on human understanding , I. IV, c. 4, § 6.
(2) Nouveaux essais, I. IV, c. 4.
(3) Op. cit., p. 64.
(4) Metaphys., VIII, 1051 b. Voici le passage textuel : Eopiaxexott oï y.al xà ù<.a.ypi[nian;a ivzpyv.cf. ' StatpoûvTe; yàp eôptaxoosiv. El 8' %4 S'.Tipr, fjtiva, tpa/Epà av tJv ■ vùv 8' èvjTtàp^ei 8ovâ{XE'.. Atà tl S'jo opOaî xà xpiftavut ; ô'xt at ir»pt p.£av axtYjjifjV Y^viai '.'aa*. 8jo opGaïç. E'. oîv àvrjXTO f) uapà x/Jv uÀsopâv, ISôvxi av rjv £Ù0vjç SrjXov. Atà xi r, èv •?)[jli/.'jxX{(|) opOf, xaOoXou ; 8iôxi èàv l'aai xpel;, t\ xe (3â<Tt; S'jo xat ft ïy. ixiso-j È7T'.axa6eïija 4p8i^, îSôvxi orjXov xw ixsTvo êîSôti. "iiars oavspov
LES SOURCES DE LA GNOSÉOLOGIE VICHIENNE 333
ces observations se rattachent aux éclaircissements qu'Aristote donne, en cet endroit, au sujet des concepts de puissance et d'acte ; elles ne sont nullement en opposition avec sa théorie des mathématiques étudiant la matière intelligible qui est dans la matière sensible, et elles n'expliquent que la différence entre vérité potentielle et vérité actuelle. De même, on rencontre aussi, parfois, chez des philosophes postérieurs, l'affirmation que les vérité* mathématiques se démontrent et que les problèmes se résolvent «en faisant»; ainsi, Sarpi écrivait, dans le passage cité plus haut : « En mathématiques, celui qui compose sait parce qu'il fait ; et celui qui résout apprend parce qu'il cherche comment la chose est faite. Donc, le mode de composition appartient à la faculté inventive, et le mode de résolution, à la faculté discursive ;le premier est celui des problèmes, et le second, celui des théorèmes ; ceux-ci se démontrent tous en résolvant, ceux-là en composant » (1).
Il a été aussi affirmé récemment que la philosophie viohienne des mathématiques se retrouve telle quelle chez Galilée et dans son école (2) : chose dont la simple an-
8xt xà SuvàjXEt ovxa sic îvépyîtav àvayô|JiEva Eupt'axexat. At'xiov 8' ôxt vorjj'.ç •?) èvépYtt* ' &o"t' 1$ Èv£pY£'aî ^1 Wvafii; ■ xat 8ià toùxo TcotO'jvxeî
(1) Scritti filosofici, éd. Papini, p. 7. — Dans un passage de YArte dibenpensare (Scritti cit., p. 72), Sarpi revient sur les mathématiques et, convenant qu'elles sont moins douteuses que les autres connaissances parce que s'y manifestent davantage « le mode et la proposition », il dit que, cependant, « se faisant elles aussi de la même manière [que les autres], elles sont un peu suspectes de n'être pas entièrement vraies ». Mais ilest clair qu'il veut parler ici de l'application des mathématiques, du fait de compter et mesurer les choses physiques : « Ceci seulement, est certain : je compte de telle façon et je raisonne de telle façon, de même que, mangeant du miel, je sens tel effet que j'appelle doux ; mais où l'on peut commettre une erreur, c'est quand il s'agit de savoir si cet effet vient de l'objet ou de la disposition de mon goût: et il n'y a pas de science la où il y a nombre et mesure, car ce n'est que savoir que nous mesurons ou dénombrons ainsi, et que la mesure entre ou est employée tant de fois que la chose nous paraît égale à telle partie, et que l'égalité est un concept à nous par lequel nous exprimons ce qui nous parait alors».
(2) G. Papini, La novità di Vico, dans la revue L'Anima, de Florence, septembre 1911, pp. 264-266 ; cf. sur cette étude, la Critica, X, 56-58.
nonce est stupéfiante, car, encore que Vico opposât et préférât à Descartes le grand Pisan pour l'usage modéré qu'il faisait des mathématiques dans la physique, il est certain que, pour Galilée, comme pour Léonard de Vinci, les mathématiques ont une valeur objective, et le livre de la nature est écrit en caractères mathématiques et en figures géométriques. Quoi qu'il en soit, le passage de Galilée que l'on a cité à ce propos, sur l'identité intensive du savoir humain et du savoir divin, n'a aucun rapport avec ce qui nous occupe ici ; et un autre, dans lequel est affirmé que « les explications des termes sont libres et qu'il est au pouvoir de tout artisan de circonscrire et de définir à sa façon les choses dont il s'occupe, sans qu'il puisse jamais y avoir en cela erreur ou fausseté », et que l'on peut appeler par exemple le timon « éperon » et l'éperon « timon », dit une banalité qui n'aurait même pas mérité d'être dite si elle n'était pas insérée dans une page d'éloquence polémique (1). Dans les polémiques, on est contraint de répéter souvent des banalités, et celle polémique à laquelle je me livre en ce moment n'en offre, elle aussi, que trop d'exemples !
Plus convaincant apparaît à première vue un passage des Lezioni accademiche de l'élève de Galilée, Evangelisla Torricelli, où il est parlé de la différence entre définitions physiques et définitions mathématiques. Mais le critique qui a appelé l'attention sur ce passage (2) s'avance trop en affirmant qu' ail n'est pas douteux que Vico ne l'ail lu », alors qu'il est hors de doute que Vico ne l'avait pas lu, puisque les Lezioni accademiche furent publiées pour la première fois, comme œuvre posthume, en 1715 (3) et que la théorie de Vico sur les mathématiques se trouve exposée
(1) Papini tire probablement ce passage d'une petite anthologie de Galilée, faite par Favaro (Florence, Barbera, 1910), p. 303, qui renvoie à l'édition nationale des Opère, IV, 631, où le passage se trouve dans les Considerazioni sopra il discorso del Colombo (1615). ' (2) G. Papini, article cité, pp. 265-266.
(3) Lezioni accademiche di Evangelisla Torricelli, matematico e filosofo del serenissimo Ferdiuando II, Granduca di Toscana, letlore délie matematiche nello studio di Firenze e accademico délia Grusca (Firenze, MDCCX.V). — Il ressort de la préface de l'éditeur que l'ouvrage était, jusqu'alors, inédit.
LES SOURCES DE LA GNOSÉOLOGIE VIGHIENNE 335
dans le De ratione de 1708 et dans le De antiguissima de 1710. Cela n'a, il est vrai, qu'une importance secondaire, car Vico aurait pu avoir connaissance de la doctrine de Torricelli par des voies indirectes, par d'autres livres et même, oralement, par quelque élève ou ami napolitain de Torricelli ; en toutcas, si la théorie de ce dernier, bien qu'ignorée de Vico, était véritablement identique à la sienne, le rapport d'idées entre l'une et l'autre serait toujours d'un grand intérêt. Le mal est que le critique s'est trop hâté, à ce qu'il me semble, même en lisant et en interprétant les pages de Torricelli.
Dans le passage en question, qui est une leçon sur la légèreté, lue à l'Académie de la Crusca, Torricelli combat, comme fondée sur de pures apparences et non confirmée par des faits et des raisonnements, la définition aristotélicienne du De cœlo : « Pesant est ce dont la propriété naturelle est d'aller vers le centre ». Tl remarque à ce propos : « Les définitions de la Physique différent de celles de la Mathématique en ceci que les premières sont obligées de s'adapter et de s'ajuster à l'objet qu'elles définissent, tandis que les autres, c'est-à-dire les définitions mathématiques, sont libres et peuvent être formées au gré du géomètre défuiisseur. La raison en est assez claire : car les choses définies en Physique ne naissent pas avec la définition, elles existent déjà par elles-mêmes et se retrouvent antérieurement dans la nature. C'est pourquoi, si la définition ne s'adaptait pas d'une façon précise à ce qu'elle définit, elle ne serait pas bonne. Mais les choses définies par la Géométrie, c'est à-dire par la science de l'abstraction, n'ont d'autre existence dans l'univers du monde que celle que leur confère la définition dans l'univers de l'intelligence. Ainsi, telles les choses de la Mathématique seront définies, et telles exactement elles naîtront avec la définition même « (1).
Il semble que soit nettement affirmé ici le caractère arbitraire des mathématiques ; mais suspendons notre jugement et continuons notre lecture : « Si je disais : le cercle est une figure plane à quatre côtés égaux et à quatre angles
(1) Op. cit., pp. 31-32.
droits, ce ne serait nullement une mauvaise définition ; mais il faudrait ensuite, dans tout le reste de mon livre, quand je parle de cercle, entendre une certaine figure qui, par d'autres, a été appelée carré. Celui qui dirait en Physique : « le cheval est un animal raisonnable », ne mériterait-il pas lui-même le titre de cheval ? Qu'on voie donc d'abord, très soigneusement, si le cheval est un animal raisonnable ou non, puis qu'on le définisse comme il est, afin que la définition physique s'adapte à l'objet défini et n'ait pas à être comptée parmi les définitions défectueuses ». Et voici que ce qui semblait une pensée profonde devient une banalité : il est indifférent de donner le nom d' « éperon » au timon et de « timon » à l'éperon, avait dit Galilée, de « cercle » au carré et de « carré » au cercle, dit à son tour Torricelli, bien qu'il ne lui semble pas chose indifférente d'appeler le cheval un « être raisonnable ». Mais cela même ne l'empêche pas, plus loin, d'admettre en quelque mesure l'arbitraire des noms en physique, lorsqu'il remarque : « Donc, comme il n'est pas démontré que, sur terre, existe le principe intrinsèque d'aller en bas, j'accepterai, malgré les textes, cette définition comme une simple imposition de nom; et, remplaçant le verbe « être » par le verbe « s'appeler », j'accommoderai ainsi cette définition pour moi-même : « s'appelle pesant ce qui descend vers le centre ». Toutes les fois qu'on dira : « la terre est pesante », je l'admettrai moi aussi, mais toujours avec cette interprétation que le mot « pesant » ne veut signifier autre chose que descendant vers le centre plus léger » (1). Il me paraît donc que la différence nette entre physique et mathématique, affirmée au début, s'obscurcit assez par la suite. Et comment, en vérité, Torricelli pouvait-il jamais penser sérieusement que les fondements des mathématiques fussent des « fictions », lui qui, parmi ses leçons, en composa aussi une In Iode délie matematkhe (À l'éloge des mathématiques) où il disait, tout à fait dans l'esprit de Galilée : « Que les mathématiques soient nécessaires pour lire le grand Volume de l'Univers, c'est-à dire ce livre dans les pages duquel on devrait étudier la vraie philosophie écrite par Dieu, c'est ce dont s'apercevra celui
(l)0p. cit., p, 33.
LES SOURCBS DE LA GNOSÉOLOGIE VICBIENNE 337
qui, avec des pensées magnanimes, aspirera àla science des parties intégrantes et des principaux membres de ce grand corps qui s'appelle le Monde... L'unique alphabet et les seuls caractères avec lesquels on lit le grand manuscrit de la philosophie divine dans le livre de l'Univers ne sont autres que ces misérables figures que vous voyez dans les éléments de géométrie » (1). Tout au plus peut-on discerner, dans les propositions citées ci-dessus, un incertain et peu solide pressentiment de la profonde différence entre les vérités de la physique et ce qu'on appelle les vérités des mathématiques. Je conclus: tant que, pour le troisième des trois points par moi affirmés, on ne découvrira pas des « sources » plus claires que celles indiquées jusqu'ici, je n'aurai aucune raison de modifiai' mon jugement sur l'originalité de la conception vichienne des mathématiques. Cette originalité est encore prouvée par les grandes conséquences que Vico lira de sa théorie des mathématiques pour la méthode de la philosophie ; car si, comme on le sait, ce que l'on prend matériellement à d'autres demeure inerte et stérile, une pensée originale, au contraire, est toujours pensée agissante et féconde.
Note adjointe. — J'ai choisi, parmi les diverses critiques dirigées contre mon livre sur Vico, celle concernant 1' « originalité » de Vico, car elle me donnait l'occasion d'une recherche et d'un éclaircissement qui n'étaient point inutiles. Mais ce livre a été, d'une façon générale, l'objet de deux critiques qui ne se prêtent pas au même usage. On a dit que, dans mon exposé de la philosophie vichienne, j'ai obéi à mes convictions philosophiques personnelles ; et, là-dessus, sermons et épitres sur le devoir de se dépouiller des préjugés, etc., pour narrer objectivement, etc., l'histoire de la philosophie. Mais je voudrais bien qu'on considérât que mes « convictions » ne peuvent avoir, dans mon esprit, le caractère de préjugés, mais précisément le caractère de celte libération (que l'on réclame) des préjugés, de cette intelligence dégagée et pure, nécessaire pour comprendre les faits historiques, et qui n'est pas, comme certains se l'imaginent, une innocence édénique, mais le résultat d'une laborieuse culture. Pour saisir Vico historien dans sa franche réalité, force m'est de passer par la catharsis des préjugés, représentée pour moi par la philosophie à laquelle je suis parvenu suivant mes forces. Mes idées peuvent être fausses, mais ceci est une autre question et cela voudra dire que, si
(i) Op. cit., p. 66.
Croce. **
leur fausseté est prouvée, je devrai mieux dégager et purifier mon intelligence au moyen d'idées moins fausses, mais cependant toujours telles qu'elles soient des idées et deviennent des convictions. Au point de vue de la méthode considérée abstraitement, il n'y a absolument rien à objecter à qui regarde Vico avec, sur le nez, les besicles de la scolastique, s'il croit qu'elles rendent sa vue plus limpide et pli pénétrante ; tout au plus pourrait-on tâcher de lui persuader qu'il trouve dans le commerce des lunettes meilleures que les siennes Mais on a bien le droit de sourire ensuite des admonitions de même scolastique lorsqu'il nous dit que, «dans l'étude d'un philosophe dans l'examen et la reconstruction de sa pensée, il faut absolumer apporter un esprit dégagé d'idées préconçues etrebelle aux préjugés i c'est-à-dire lorsqu'il essaie de faire passer les opinions scolastiques et les croyances religieuses sous la bannière de l'objectivité, de la sincérité et de l'absence de préjugés. « Les philosophes, ai-je encore lu, ne sont pas aptes à écrire l'histoire de la philosophie, puisqu'ils ont leurs idées personnelles ». Et qui donc sera apte à le faire ? Les non philosophes ? Vico ne nous enseigne-t-il pas, précisément, que si celui qui failles choses (le philosophe qui fait la philosophie) les
RACONTE LUI-MÊME, L'HISTOIRE NE PEUT, ICI, ÊTRE PLUS CERTAiNE ?
L'autre critique vise l'interprétation idéaliste que j'ai donnée de certaines doctrines de Vico : on a soutenu, contre moi, que Vico fut catholique et on eu a conclu qu'il n'a pu penser les idées que je retrouve dans ses paroles. Mais que Vico fit profession du catholicisme le plus orthodoxe et qu'il demeura fermement, passionnément attaché au catholicisme, c'est ce que j'ai dit moi-même, cent fois ; et je l'ai même défendu contre les accusations ou les louanges, que d'autres lui avaient faites, de fourberie ou de prudence à l'égard de l'Église. Mais y a-l-il vraiment à s'étonner, comme d'une chose inouïe, de découvrir des idées non orthodoxes chez un écrivain orthodoxe ? Ne s'en est-il pas trouvé chez les Pères de l'Église et chez les scolastiques, chez les mystiques et chez les théologiens médiévaux et modernes ? Prenons, parmi ceux qui se pressent en foule, un exemple non suspect (et cela pour une double raison) : Nicolas de Cusa était bien catholique, et même cardinal de la Sainte Église, et il fut, de son vivant, assez cher à trois pontifes ; et cependant l'historien catholique de la scolastique, De Wulf, écrit à son sujet : « Le cardinal catholique est-il donc panthéiste?.. Il s'en défend vivement dans son Apologia doctse ignorantiœ, mais on peut dire de lui comme d'Eckehart : il paît fléchir la logique au profit
DE SON ORTHODOXIE ET RETIENT DE FORCE LES CONSÉQUENCES DE SES PRÉ- MISSES » {Hist. delà philos, médiévale, p. 389). Pourquoi ce qui arriva au cardinal de Cusa, ou au maître franciscain Eckehart, n'aurait-il pu arriver au catholique Vico ? Pourquoi cette excellente méthode de critique par laquelle on dislingue entre intention et fait, entre volonté et logique, si elle est permise à M. de Wulf, historien catholique, ne me serait-elle pas permise, à moi ? Mais en voilà assez là-dessus.
OEuvres de Vico.
Le plus ancien écrit de Vico qui nous ait été conservé est le poème intitulé : Sentiments d'un désespéré, composé certainement avant que l'auteur eût atteint sa vingt-cinquième année, à Vatolla dans le Cilento (où il resta neuf ans comme précepteur dans la maison Rocca) et imprimé avec la date de 1693 (Venise, Gonzatti). Vinrent ensuite des vers et des discours de caractère purement rhétorique.
Le caractère philosophique s'accentue dans les six discours que Vico lut à l'université de Naples de 1699 à 1707 et qu'il ne fit pas imprimer, mais qui furent retrouvés et publiés par Galasso (Naples, Morano, 1869). Dans ces discours, bien que s'y montrent déjà certaines tendances de son esprit, règne encore la philosophie traditionnelle, non sans quelques traces de cartésianisme. L'opposition au cartésianisme et, en même temps, la profession de foi de Vico en matière de méthode s'affirment pour la première fois dans le discours de 1708, intitulé : De nostri temporis studiorumratione, et publié par l'auteur lui-même l'année d'après (Naples, Mosca, 1709). Une longue digression (§§ 12- 15) contient une esquisse de l'histoire de la jurisprudence romaine, premier essai des études historiques qui aboutirent plus tard au Droit universel et aux deux Science nouvelle.
L'année suivante, parut la première construction philos( phique et historique de Vico, le De antiquissima italorw sapientia ex linguœ latinœ originibus amenda, ou plutôt U premier livre seulement de cet ouvrage (Naples, Mosca, 1710) ; les deux autres ne furent jamais écrits, mais ce qui en est dit dans V Autobiographie peut donner une idée de ce qu'ils auraient contenu. Outre la gnoséologie (sous sa première forme) et la métaphysique de Vico (que, par la suite, il maintint toujours dans son intégrité), le De antiquissima essaie de décrire, pour la première fois, la civilisation primitiveou un cas particulier de celte civilisation (la civilisation italique) ; mais, comme nous l'avons déjà dit dans le texte de notre étude, cette tentative est fondée sur l'idée que celte civilisation fui philosophique, et elle est faite avec le critère de la transmission des civilisations, critère que Vico rejeta ensuite, de même qu'il rejeta l'opinion traditionnelle, qu'il adopte encore ici, de l'origine athénienne de la loi des XII Tables. Inacceptable est donc le jugement de Cantoni (G. B. Vico, p. 38), prétendant que le De antiquissima constitue « une étrange anomalie dans l'histoire de la pensée de Vico, étant opposé à toute sa vie scientifique, à ses tendances, aux principes et à la méthode qu'il appliqua ensuite, presque universellement, dans ses recherches historiques » ; c'est le contraire qui est vrai, à savoir que cet ouvrage est le point de départ de son futur développement et que, sans lui, il est impossible de comprendre la pensée postérieure de Vico. — Les critiques que le Giornale deiletterati d ltalia{yii\t tomes V et VIII) dirigea aussi bien contre la thèse historique que contre quelques-unes des thèses philosophiques du De antiquissima, donnèrent naissance à deux importantes Béponses de Vico (Naples, Mosca, 1711 et 1712), dans lesquelles ses idées gnoséologiques et métaphysiques sont défendues et élucidées. A la partie non composée du De antiquissima se rattachaient les méditations sur la philosophie de la médecine, d'où Vico tira un opuscule intitulé : De sequilibrio corporis animantis, qu'il ne pensa à publier que bien des années plus tard et qui s'est perdu ; aussi ne sait-on de ces méditations, ainsi que de ses spéculations sur la physique (qui devaient constituer le Liber physicus), que ce que lui-même en dit dans l' Autobiographie.
Laissant de coté les œuvres rhétoriques et écrites sur commande, dont la plus étendue est le De rébus gestis Antonii Caraphœi (Naples, Mosca, 1716), et suivant la continuation de sa pensée qui alla en se concentrant sur les problèmes moraux et historiques, nous voyons celle-ci, indiquée déjà dans une leçon d'ouverture de 1719 (dont le sommaire se#trouve dans V Autobiographie), exposée par Vico d'abord eu 1720, dans un programme de quatre pages d'impression sur deux colonnes, connu sous le nom de Synopsis du droit naturel, puis dans le vaste traité De universi juris uno principio et fine uno liber unus (Naples, Mosca, 1720), complété l'année d'après par le Liber alter qui est de cofistantia jurisprudentis et augmenté en 1722 des Notée in duos libros, etc. (ibid) ; c'est l'œuvre qu'on a l'habitude de désigner abréviativement et en italien, suivant l'exemple de l'auteur lui-même, sous le titre de Diritto universale (Droit universel).
Ce livre, d'après Cantoni (op. cit., 243), représenterait le point culminant de l'activité scientifique de Vico : jugement non moins inacceptable que le précédent. L'auteur (Opère, W, 10-11) rejeta le Diritto universale, parce qu'il croyait y voir persister le préjugé et la prétention de « descendre » de l'esprit de Platon et des autres philosophes à celui des hommes primitifs, ce qui l'aurait amené, dans ce livre, à se tromper « en quelques matières » ; mais il l'appelait aussi, avec raison, une « ébauche de la Science nouvelle», ce qu'il est véritablement. Les idées sur la poésie y sont encore incertaines, Homère n'y est pas encore un mythe, les canons mythologiques n'y ont pas l'unité qu'ils auront plus tard, la théorie des « recours » y est à peine faiblement esquissée, et, en somme, l'histoire idéale éternelle ainsi que la gnoséologie sur laquelle elle se fonde ne sont pas encore arrivées à maturité. Ce livre a été refondu dans les œuvres qui suivirent, à l'exception de ce qui concerne la philosophie générale éthique et juridique (qui n'est pas très originale) et de quelques développements historiques qui ne reparaissent que brièvement indiqués dans les ouvrages postérieurs.
Nous n'avons pas (il a été perdu) le manuscrit d'une œuvre italienne, divisée en deux livres, où Vico exposait ses
doctrines « par voie négative ». Mais il les exposa d'une façon positive et sous une forme plus condensée dans les Principes d'une science nouvelle relative à la commune nature des nations, par laquelle se retrouvent les principes d'autre système du droit naturel des gens (Naples, Mosca, 1725), ouvrage connu sous la dénomination (provenant, elle aussi, de l'auteur lui-même) de Première science nouvelle.
La même année où il publia la Première science nouvelle, c'est-à-dire en 1725, Vico narra l'histoire de ses études dans la Vie de G. B. Vico écrite par lui-même, qui fut insérée dans la Raccolta di opuscoli scientifici e filologici de Calogera (Venise, Zani, 1728, vol. I, pp. 145-256). Parmi les écrits de moindre étendue qui datent de cette période, il faut mentionner aussi : les oraisons funèbres de la comtesse d'Àlthann (1724) et de la marquise délia Petrella Angiola Cimini (1727) ; le petit volume Vici vindiciœ (Naples, Mosca, 1729), contenant une défense de caractère personnel (avec une importante digression théorique sur le « rire ») contre une note maligne insérée dans les Acta lipsiensia de 1727 au sujet de la Scie?ice nouvelle ; enfin quelques lettres, 1res belles, à Giacchi, à Degli Angioli, à Esperti, à De Vitrv et à Solla, sur le contraste entre son œuvre et l'état des études à cette époque.
Vico songea à ajouter à la Première science nouvelle une longue série d' Annotations, pour une réédition qui s'en préparait à Venise entre 1728 et 1730. Mais, cette réédition n'ayant pas eu lieu et, d'autre part, ce livre ne le satisfaisant plus, non pas précisément quant aux matières, dit-il, mais quant au plan suivi (Opère, V, 11), il se résolut à donner de ses doctrines un exposé tout nouveau dans les Cinq livres des principes d'une Science nouvelle relative à la commune nature des nations, exposés d'une manière plus propre et considérablement augmentés dans cette seconde impression (Naples, Mosca, 1730) : c'est ce qui constitue la Seconde science nouvelle. Cantoni (op. cit., pp. 238-239) considère cette œuvre comme une dégénérescence sénile de la pensée de Vico ; mais elle est, au contraire, le résultat nécessaire et la forme parfaite à laquelle aboutissent les tentatives précédentes ; c'est le livre qui, avec le De antiquissima et Y Autobiographie, suffit à fournir tout l'essentiel pour la
connaissance de la pensée vichienne. Dans le Droit universel. et dans la Première science nouvelle^ on peut glaner quelques détails que Vico négligea par la suite ; mais, pour le reste, les doctrines mêmes de la Seconde science nouvelle y apparaissent d'une façon moins profonde, moins sûre et, certainement, moins vichienne. La confrontation détaillée de ces trois œuvres a élé faite avec beaucoup de soin dans les petits sommaires joints par Ferrari à ses éditions de la Première et de la Seconde science nouvelle.
A cette rédaction de 1730, Vico apporta encore, de 1731 jusque vers 1740, mais sans en modifier le plan ni la substance, nombre de changements et d'additions, dont la plupart furent incorporés par lui dans le texte d'un manuscrit définitif sur lequel fut faite l'édition des Principes d'une science nouvelle relative à la commune nature des nations, parue l'année même de la mort de Vico (Naples, Stamperia Muziana, 1741). On conserve à la Bibliothèque Nationale de Naples les autographes de ce manuscrit ainsi que de deux manuscrits antérieurs de corrections et d'adjonctions, dont quelques fragments inédits ont élé publiés par Giordano (Naples, 1818) et par Del Giudice (Naples, 1862), et dont tous les passages inédits et toutes les variantes se trouveront dans l'édition deNicolini que nous annonçons plus loin (p. 344-345).
Après la Seconde science nouvelle, Vico n'écrivit que très peu de chose : notons le discours De mente heroica (Naples, 1732), l'appendice à Y Autobiographie (1731) et quelques sonnets où, bien qu'ils soient, — comme presque toutes ses poésies, — des pièces de circonstance et composées sur commande, on sent çà et là une note personnelle.
Réimpressions, recueils et traductions.
Des œuvres secondaires de Vico ont été faits deux recueils, l'un ne renfermant que les Latinœ orationes et publié par F. Daniele (Naples, 1766), l'autre, riche en inédits,
contenant en quatre volumes les Opuscules italiens et latins, et publié par C. A. de Rosa, marquis de Villarosa (Naples, 1818-1823). Le fils de Vico, Gennaro, avait donné à Villarosa tout ce qui restait des papiers de son père, et ces précieux autographes sont encore conservés, à Naples, chez mes chers amis les ingénieurs Tommaso et Vincenzo de Rosa di Villarosa.
La première, et l'on peut dire l'unique édition (car elle fut reproduite par toutes les autres) des OEiïvres complètes est celle de Giuseppe Ferrari, en six volumes (Milan, Glassici ilaliani, 1835-1837), réimprimée avec quelques améliorations en 1852-1854. Les Œuvres éditées par N. M. Corcia (Naples, Tipografia délia Sibilla, 1834, deux vol.) ne sont qu'un choix ; et les Œuvres éditées par F. Predari (Milan, Bravetla, 1835) s'arrêtent au premier volume, d'ailleurs sans ordre. Incomplète et sans ordre est aussi l'édition de Naples, lovane, 1840 1841, dont le texte est celui de l'édition Ferrari, mais qui contient cependant quelques petites choses inédiles. Matériellement établie sur l'édition Ferrari et peu correcte est l'édition napolitaine des Œuvres (les premiers volumes à la Tipografia dei Glassici ilaliani, les autres chez l'éditeur Morano) en huit volumes (Ml, 1858 ; 111, 1861 ; IV, 1859 ; V-VI, 1860 ; VII, 1865 ; VIII.1869) ; cette édition est, par ailleurs, la plus complète de toutes, car on y adjoint la Synopsis, les Institutions oratoires et les Discours latins édités par Galasso (et qui furent publiés après l'édition Ferrari), ainsi que des traductions italiennes, dues à l'avocat
F. S. Pomodoro, du De ratione, du De antiquissima et du Droit universel.
Des écrits inédits ou épars de Vico, qui ne figurent dans aucune de ces éditions, ont été recueillis par Croce dans la Bibliografia vichiana ainsi que dans le Premier et le -5econd supplément à cette bibliographie (voir plus loin).
Une édition critique de la Seco?ide science nouvelle est actuellement en cours d'impression dans la Collana dei classici délia filosofia moderna diretta da B. Croce e
G. Gentile(ttsiv\, Laterza), et le premier volume en est paru en même temps que cette monographie (1911) (1). Elle est
(1) Maintenant est paru aussi le deuxième volume (1913); le troisième paraîtra l'année prochaine.
due au Dr Fausto Nicolini, qui s'est servi ici des manuscrits autographes et a enrichi l'édition Ferrari, qui contenait les passages supprimés dans l'édition de 1730, de tous les fragments des rédactions intermédiaires jusqu'au lexlede 1744; de plus, les citations faites par Vico ont été contrôlées et l'on a indiqué en note les passages des auteurs classiques et modernes auxquels il se référait ; enfin, et suivant un désir souvent exprimé même par des lettrés aussi autorisés que ïommaseo, on a réformé l'orthographe et la ponctuation. Les utiles petits sommaires de l'édition Ferrari ont été également reproduits, un peu retouchés.
Nicolini travaille aussi à une nouvelle édition des OEuvres complètes, qui fera partie de la collection des Scrittori d'italia (Bari, Laterza) et dont on peut voir le plan et l'index détaillé dans Croce, Secondo supplemento alla Bibliografia vichiana (pp. 102-113). Le cinquième volume de cette édition, établi par Croce, est également paru en même temps que la présente monographie (1911).
Les œuvres latines de Vico ont été plusieurs fois traduites en italien : le De antiquissîma, par un anonyme qui fut peut-être Vincenzo Monti (1816), puis par Sarchi (1870) ; le premier livre du Droit naturel, par Corcia (1839), par Amante (1841,) par Giani (1855) et par Sarchi (1866), et les deux livres (ainsi que, comme nous l'avons déjà dit, le De ratione et le De antiquissîma), par Pomodoro.
La Seconde science nouvelle fut traduite en français, mais très abrégée, par Jules Michelet, sous le titre de Principes de la philosophie de V histoire (Paris, Renouard, 1827, et plusieurs fois réimprimée) ; puis, intégralement, par un anonyme qui se désigne comme « l'auteur de VEssai sur la formation du dogme catholique » et qui fut la princesse de Belgioioso Cristina Trivulzi (Paris, Renouard, 1844). — Michelet traduisit aussi quelques-uns des opuscules de Vico, qui furent joints à la Science nouvelle dans l'édition des OEuvres choisies de Vico (Paris, Hachette, 1835, et plusieurs fois réimprimée).
Complète, et munie de bonnes notes, est la traduction allemande de la Science nouvelle par W. E. Weber (Leipzig, Brockhaus, 1822). Il existe aussi, en allemand, un abrégé du premier livre du Droit universel, par K. H. Millier, premier
volume d'une série, non continuée, de Kleine Schriften de Vico(NeubrandenbUrg, Briinslow, 4854).
En anglais, il n'a été traduit qu'une partie de la Science nouvelle, le livre sur Homère, et cela d'après la version française de Michelet ; cette traduction se trouve dans l'œuvre de H. Nelson Coleridge, Introduction to the study of the greek classic poets (3e édit, Londres, Murray, 1846).
Biographie de Vico
Pour compléter Y Autobiographie, Villarosa recueillit des notes sur les dernières années de la vie de Vico elles ajouta à cet ouvrage dans son édition des Opuscules, vol. 1 (1818).
Ce supplément se trouve, ainsi que tout ce qui a été publié depuis en fait de documents ou de souvenirs de contemporains relatifs à Vico, dans le cinquième volume de la nouvelle édition, annoncée ci-dessus (p. 345), des œuvres de Vico, volume intitulé : Lautobiografia, il carteggio e le poésie varie, publiés par B. Croce (Bari, Laterza, 1911).
Littérature relative à Vico.
Les seules monographies concernant Vico qui puissent encore être lues avec profit (Ferrari, qui s'acquit cependant tant de mérite par son édition, a écrit une étude intitulée : La mente del Vico, qui n'est digne que d'un charitable oubli) sont :
1. Carlo Cantoni, G. B. Vico, studi critici e comparativi (Turin, Givelli, 1867). Cf., pour quelques réserves, A. Faggi, dans la Rivista filosofica italiana, vol. IX, 1906, pp. 593-606, etG. Gentile, dans \a.Critica, vol. V, 1907, pp. 197-201.
2. Karl Werner, G. B. Vico als Philosoph und gelehrter Forscher (Vienne, Braumiïller, 1881). Cf., Zeitschrift fur Philosophie und philos. Kritik, vol. LXXU, 1883, pp. 139-15-2.
3. Robert Flint, Vico (Edinburgh et Londres, 1884). Traduction italienne de F. Finocclnetti (Florence, 1888).
Voir ce qui a été dit ci-dessus, pp. 311-312, au sujet de ces trois monographies. Parmi les courtes études de caractère général, citons, comme très estimables :
1. B. Spaventa, G. B. Vico, dans Prolusione e introduzione aile lezioni di filosofia (Naples, Vitale, 1862), pp. 83- 102 ; œuvre réimprimée, sous le titre de La filososofia italiana nelle sue relazioni con la filosofia europea, par G. Gentile (Bari, Laterza, 1908) ; voir pp. 111-135 de cette réimpression.
2. F. de Sanctis, Storia délia letteratura italiana (Naples, Morano, 1870 ; nombreuses réimpressions), vol. 11, pp. 342-
3. F. Fiorentino, Lettere sopra la « Scienza nuova » (Florence, 1865) ; réimprimées dans Scrittivari (Naples, Morano, 1871), pp. 161 -211.
4. E. Cauer, G. B. Vico und seine Stellung zur modernen Wissenschaft (dans le Deutsches Muséum dirigé par R. Prutz et W. Woelfsohn, Leipzig, Hinrichs, année I, 1851, vol. I, pp. 249-265).
Pour l'étude de points spéciaux, sont à consulter :
1. F. A. Wolf, G. B. Vico ûber den H orner (dans le Muséum der Altertumswissenschaft, Berlin, 1807, vol. Il, pp. 555-570).
2. J. K. vonOrelli, Vico und Niebuhr (dans le Schweizerisches Muséum d'Arau, vol. I, p. 184 ss).
3. C. Iannelli, Sulla natura e nécessita délia scienza délie cose e délie storie umane (Naples, Porcelli, 1818, et Milan, Fontana, 1832).
4. Emerico Amari, Critica di una scienza délia legislazione comparai a (Gènes, Istituto dei sordomuti, 1857). Cf., au sujet de ce livre, K. Werner, E. Amari in seinem Verhâltnis zu G. B. Vico (Vienne, 1880, dans les Sitzungsberichle der phil-histor. Klasse de l'Académie impériale de Vienne, vol. XCVJ).
5. F. Acri, Teoria del Vico intorno aile idée o paradimmi (dans Abozzo di una teoria délie idée, Palerme, Lao, 1870 ; et, avec des modifications, dans le volume intitulé : Videbimus in œnigmate, Bologne, Mareggiani, 1907, pp. 287-313).
6. E. Cenni, exposé de la métaphysique de Vico aux pages 109-182 du volume qui a pour titre : Considerazioni suit ltalia ad occasione del traforo del Gottardo (Florence, Cellini, 1884).
7. E. Bouvy, De Vico Cartesii adversario (Paris, Hachette, 1889).
8. E. Bouvy, La critique dantesque au dix-huitième siècle : Dante et Vico (Paris, Leroux, 1892).
9. G. Sorel, Etude sur Vico (dans le Devenir social de Paris, vol. II, 1896); voir aussi, et surtout, du même auteur: Le système historique de Renan (Pais, Jacques, I90o), passim.
10. B. Labanca, G. B. Vico e i suoi critici cattoliciÇS-Aples, Pierro, 1898).
11. G. Rossi, Vico nei tempi di Vico (dans la Rivista filosofica italiana, vol. II, 1899, pp. 294-319, et seconde partie, ibid, vol. X, 1907, pp. 602-634).
12. A. Olivieri, Gli studi omerici di G. B. Vico (dans les Atti délia r. Accad. di archeologia, lettere e belle arti de Naples, vol. XXIV, 1905).
13. G. Trabalza, Storia délia grammalica italiana (Milan, Hoepli, 1908), chap. XII, pp. 364-376.
14. P. Garofalo, Acrisia vichiana nella « Scienza nuova » annotazioni critiche (Naples, Detken, 1909) : cf., F. Nicoliui, dans la Critica, vol. VIII, 1910, pp. 374-378.
15. G. Maugain, Étude sur l'évolution intellectuelle de l'Italie de 1657 à 1750 environ (Paris, Hachette, 1909).
16. Au sujet de mes précédents travaux sur Vico, il est à noter que la matière du chapitre sur la doctrine esthétique vichienne, dans mon Estetica (3 édit., Bari, Laterza, 1908, chap. V, pp. 24-9-265), a été réélaborée sous une forme plus mûrie dans le chapitre IV de la présente monographie ; mon article suvYEticadel Vico (Critica, VI, 1908, pp 71-77) a été réabsorbé dans les chapitres VI-VIII ; et il en est de même pour celui sur les Ltneamenti di storia in G. B. Vico {ibid., pp. 460-480), dans les chapitres XVI et XVIII ; mes autres articles épars n'ont, en général, qu'un intérêt d'érudition, de philologie ou de polémique. Dans le recueil de mélanges intitulé : Studi in onore di F. Torraca (Naples, Perrella, 1912) se trouve, de moi, un bref essai sur La dottrina del riso e dell'ironia in G.B. Vico.
Du reste, toute la littérature vicbienne (avec extraits des livres, opuscules et articles les plus rares, et avec des documents inédits), ainsi que les notices les plus détaillées sur toutes les éditions des écrits de Vico, se trouvent recueillies dans les trois mémoires auxquels j'ai renvoyé plusieurs fois : B. Groce, Bibliografia vichiana contenente nella parte 1 il catalogo délie edizioni, traduzioni e manoscritti délie opère di G. B. Vico ; nella parte II, quello dei giudizî e lavori slorico-critici intorno al Vico, sino alïanno corrente ; nella parte lll, lettere inédite del Vico e al Vico, documenti e altri scritti inediti o rari, e varie appendici illnstrative (Naples, 1904 ; extrait des Atti deU Accademia Pontaniana de Naples, vol. XXXIV, XII + 127 pages in-4°); — Snpplemento alla Bibliografia vichiana (ibid, 1907, exlr. des Atti cités, vol. XXXVI, 34 pages in-4°) ; — et Seco?ido supplemento (ibid., 1911 ; extr. des Atti cités, vol. XL, 116 p. in-4°). Ces trois mémoires ont été réunis en un seul volume ayant pour titre Bibliografia vichiana. raccolta di tre memorie présent ate ait Accademia Pontaniana di Napoli nel 1903, 1907 e 1910, con appendice di F. iV ico Uni (Bari, La*terza, 1911) (1).
(1) Postérieurement à l'édition italienne de cet ouvrage, ont paru plusieurs études sur Vico ; à remarquer : G. Genlile, La prima fase delta filosofia di G. B. Vico, Naples, 1912 (extrait des Studi in onore di F. Torraca) ; F. Persico. Ripensando la « Scienza nuova » (dans la Rassegna nazionale, 1er novembre 1912) ; G. Folchieri, Il carattere deir opéra di G . B. V. (Pérouse, Bartelli, 1913) ; F. Nicolini, iS/nV/o/a^re vicliiane : sul testo délie Vindicise (dans les Scritti vari in onore di R. Renier, Turin, 1912). Cf. aussi W. Windelband, Die Geschichte der neueren Philosophie, 5e édition, Leipzig, 1911, vol. 1, pp. 597-598.
INDEX DES NOMS CITES
Abraham, 157.
Achille, 107, 198, 199-201, 202,
Acilius Glabrio, 211.
Acquaviva M., 148, 323.
Acri F., 347.
Adrien, 330.
Agamemnon, 183, 198, 199.
Agis, 181.
Albert le Grand, 330.
Alexandre, 99, 133, 230.
Amante E., 345.
Amari E., 347. Amodeo, 276 (n.).
Angelis (de) A., 307.
Angelis (de) Gh., 293.
Angioli (degli), 342.
Annibal, 170.
Antée, 193.
Archiloque, 191.
Arioste, 242.
Arislarque, 202.
Aristide, 96, 133, 212.
Aristote, 17, 26, 37, 50, 53, 56,
Arnauld, 249.
Atlas, 169.
Auguste, 211, 226, 228.
Augustin (saint), 317, 322.
Baader, 308, 312, 315.
Bachofen, 265.
Bacon, 16, 17, 26, 35, 37, 67, 80,
Ballanche, 307, 309.
Balmes, 310, 315, 317, 318.
Balzac, 309.
Balzo (del) A., 250.
Banier, 67, 75.
Bartole, 240.
Baumgarlen, 50.
Bayle P., 84, 93, 165, 255.
Bérose, 169.
Bertini, 315.
Biese, 312.
Bignon (du), 302.
Bion, 210.
Boccace, 66, 140, 176, 243.
Bocharl, 215. Bockk A., 308.
Bodin, 179-180.
Boïardo, 242.
Bonamy, 302.
Bossuel, 124, 160, 312.
Boulanger, 802, 305.
Bouvy E., 348.
Boyle R., 147.
Brennus, 84, 86.
Bruno (Giordano), 76, 278, 330.
Brutus (Junius), 181, 185, 217.
INDEX DES NOMS CITÉS
Caligula, 133.
Campanella T., 76, 101, 103, 131- 132, 278, 331.
Cantoni G. ,311, 312,341, 342,346.
Capasso N., 288, 290.
Capet (Hugues;, 237.
Caracalla, 230.
Cardan J., 323-324, 327, 331.
Cardueci, 276 (u.).
Carnéade, 84, 88.
Cassiodore, 330.
Caslelvetro, 56.
Cauer E., 347.
Cenni E., 310, 348.
César, 133.
Cesarotti, 302, 303.
Chastellux, 302.
Chateaubriand, 177, 309.
Cicéron, 79, 93, 167, 190, 210, 219, 253, 328.
Cirilïo N., 290.
Cola di Rienzo, 242.
Colangelo F., 306.
Comte A., 309.
Concina N., 293, 294.
Confucius, 194.
Confuorto, 276 (n.).
Conrad III (empereur), 240-241.
Constantin, 229.
Conti A., 294, 303.
Conli N., 67.
Corcia N. M., 344, 345.
Corneille, 252.
Cornelio T., 324, 327, 332.
Cournot, 309.
Cousin, 309.
Cristofaro (di), 276 (n.).
Croce B., 344, 345, 346, 348-349.
Cujas, 235.
Cuoco V., 306, 307.
Coriaces (les), 188.
Curius, 181.
Curtius, 181.
Cusa (Nicolas de), 338.
Cycliques (Poètes), 208.
Dale (van),- 75.
Daniele F., 343.
Dante, 161, 243-244, 265, 288, 294, 330.
Decius, 181.
Denis d'Halicarnasse, 219.
Descartes, 1-3, 6, 7, 8, 9, 10-11, 13, 15, 17, 20-21, 27-28. 3'i, 85, 146-147, 149, 253, 260, 287, 310, 326, 327, 328-329, 331,
Diodore, 168, 220.
Dion Cassius, 220.
Dion de Syracuse, 246.
Domitien, 133.
Dracon, 190, 194.
Dubois (Cardinal), 253.
Dugald Slewart, 260.
Duni, 302.
Eckehart, 338.
Élien, 190.
Eling Ingevold, 56.
Énée, 215-216, 327.
Ennius, 211.
Épicure, 88, 108-109, 146-147.
Épicuriens, 93, 104.
Ésope, 73, 194, 208.
Esperti, 342.
Esteban E., 292, 293.
Eusèbe, 191.
Ezéchiel, 99.
Fabius Maximus, 222.
Fabricius, 181.
Faggi A., 346.
Ferrari G., 298, 343, 344, 346.
Ferron (de), 309.
Fichte, 262.
Ficin (Marsile), 148, 323, 325, 327, 331.
INDEX DES MOMS CITES
Filangieri, 304, 306.
Finetli, 290-291, 305, 308.
Fiorentino F., 324 (n.), 347.
Flaubert, 283, 309.
Flint R., 312, 347.
Fontenelle, 75, 165.
Foscolo, 184, 307.
Franck A., 309.
Fustel de Coulanges, 266, 309.
Gaète (de) M., 291-292.
Galasso A., 339, 344.
Galiani, 294.
Galien, 53.
Galilée, 14, 16, 147, 150, 319,
Gambelta, 309.
Garofalo P., 348.
Gassendi, 147.
Genovesi A., 281, 294.
Genlile G., 323 (n.), 346.
Gérando (de), 307.
Gerning, 306.
Geulinx, 325.
Giacchi, 276, 290(n.), 291, 292,342.
Giani C, 345.
Giannone P., 129, 278.
Gioberti, 310.
Giordano A., 343.
Giudice (de!) G., 343.
Giustiniani L., 306.
Gœthe, vm, 304.
Gorgias, 191.
Gracques (les), 223.
Grandi» 302.
Gravina, 33. Grimm, 265.
Grolius, 23, 33, 34, 49, 80, 81, 88, 93-94, 96, 99-100, 104, 105, 108, 113, 167, 245, 277.
Guillaume de Pouille, 242.
Gunther, 242.
Hamann, 262, 304, 305.
Hécalée, 204.
Croce.
Hegel, 260, 261, 262, 263, 289,
303, 308, 310. | Heraclite, 220.
Hercule, 193.
Herder, 155, 261, 305, 312.
Hermodore, 220.
Hérodote, 78, 170, 203, 204.
Hésiode, 67, 208.
Heyne, 261, 265, 303-304.
Hobbes, 84, 93, 108, 109, 262.
Hôlfding H., 312.
Hoffmann, 255.
Hoffmannswaldau, 245.
Holbach (d'), 312.
Homère, 40, 68, 161, 174, 198-
Horaces (les), 188.
Horatius Flaccus, 191, 207, 208,
Huet D., 68.
Humboldt, 261.
Hume D., 261.
Iannelli C., 276, 307, 347.
Iphigénie, 183.
Jacobi, 260, 304, 308, 314, 315.
Jamblique, 53.
Jansénisme, 105.
Jérôme (saint), 191.
Josèphe, 99, 190.
Jouffroy, 309.
Jupiter et les douze dieux, 193-
Juslinien, 105, 228, 240.
Kant, 260, 261, 262, 300, 308, 310, 315.
Labanca B., 305 (n.), 348.
Lactance, 99.
Lami G., 305.
INDEX DES NOMS CITÉS
Latius W., 56.
Laurent, 309.
Laurenzano (duc de), 281.
Leclerc G., 67.
Leibniz, 33, 34, 64-65, 145, 150, 266-267, 332.
Lelius, 96.
Léonard de Vinci, 334.
Lerminier, 309.
Lipse J., 191.
Livius Andronicus, 211.
Locke, 84, 86, 147, 262, 331.
Lodovico (le P.), 293.
Lohenstein, 245.
Loi Canuleia, 221.
Loi des douze Tables, 190, 195,
Loi Petelia, 211, 222.
Loi Publilia, 211, 222.
Loi royale de Tribonien, 226.
Lomonaco F., 306.
Longin, 203, 211.
Lucius JEmilius Regillus, 210.
Lucrèce, 146.
Luzàn I., 294.
Lycurgue, 190.
Machiavel, 37, 84, 86, 108-109*