‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 108 sur 167 · TA · texte numérisé non relu

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Russie n’a donné le jour, si l’on excepte Lavroff, ni à un seul grand philosophe, ni à une seule conception philososophique d’une valeur historique quelconque. Îl y avait des partisans plus ou moins enthou-

Kraiewky, à la Parole russe de Blagoswiétlov et à quelques autres revues, se prolongea jusqu’en 1866. 3

En 1861, il dirige la partie philosophique du Dictionnaire encyciopédique russe, de Kraïevsky, et dès la préparation du deuxième volume, les collaborateurs de cet ouvrage le choisissaient pour leur rédacteur en chef. Il y publia de nombreux articles sur la philosophie, l’hisfoire, et en particulier l’histoire des religions.

La publication du Dictionnaire fut suspendue par ordre supérieur. Dès cette époque, le gouvernement vit en lui un ennemi : « Coffrez-moi seulement cinq ou six meneurs, — (il s'agissait de Lavroff, de Tchernichewsky et de quelques autres) — et vous écrasez la révolution dans l'œuf », disait, dans une conversation particulière le prince d’Oldenbourg, quelques mois avant l’arrestation de Tchernichewsky.

L'occasion s’'offrit bientôt. En 1865, Lavroff était revenu d’un voyage à l’étranger avec sa femme malade (elle mourut cette même année). Le 4/16 avril 1866 eut lieu l'attentat de

Karakosoff. Une période de terreur policière s’ouvrit alors

sous la dictature du général Mouravieff, Lavroff était une proie trop précieuse pour qu’on l'épargnât : le 25 avril-7 mai il fut arrêté. Il fut. condamné aux arrêts de forteresse pour un temps tres court; mais cette pénalité parut trop faible et l'empereur lui substitua la déportation sous la surveillance de la police dans l’un des gouvernements intérieurs : les géographes de la 3 section eurent l’ingéniosité de faire passer pour tel le gouvernement de Vologda et le 15/27 février Lavroff était déporté à Totma. L'année suivante on l’expédiait dans l’infime bourgade de Kadnikoff, où il devait vivre seul sous la surveillance de deux gendarmes.

Bien loin que son énergie faiblisse durant cette période, son activité va croissant : en 1868-69, il publie dans.la

Semaine, sous le pseudonyme de Mirtov, ses « Lettres histo-

riques », dont l'influence fut immense sur la jeunesse con-

temporaine : l'enthousiasme qu’elles soulevérent fut pro-

fond et durable, F: | Ë Aprés trois années de déportation, le 15/27 février .1870

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siastes de Hegel, de Schelling, de Fichte, de Kant,surtout d’Auguste Comte, de Stuart Mill et de Herbert Spencer, mais tous ces philosophes en « istes » et en «iens » n'étaient que des disciples, des épigones. Pas

Lavroff, avec l’aide d’un camarade dévoué, Hermann Lopatine, quittait volontairement Kadnikoff et prenait le chemin de l'exil, pour se mettre à la tête du mouvement socialiste révolutionnaire qui commençait à se dessiner à cette époque. |

Le 13 mars 1870 il arrive à Paris. Il se lie immédiatement avec Varlin, qui le fait-entrer dans l’Internationale.

Il passe à Paris presque toute la période du siège et de la

Commune: l’ancien colonel d'état-major propose son aide à

la Commune pour l’organisation de l’enseignement populaire ;

peu après il se rend à Bruxelles, puis à Londres, pour demander à l’Internationale, dont on s’exagérait la puissance, de soutenir les insurgés à Paris.

C'est à Londres qu’il rencontre Marx et Engels, avec lesquels il se lia plus étroitement par la suite, et qui favoriserent son évolution vers le socialisme scientifique.

Il rentre à Paris en 1871. En 1872, devenu membre de la Société d'anthropologie, il est invité par Broca à entrer dans la rédaction de la revue qu'elie publia depuis cette époque.

La même année, il recoit de Russie la proposition de fonder et de diriger une revue socialiste à l’ étranger. En 1873 commence à paraître la revue socialiste révolutionnaire le Vpered! (En Avant !) On comptait sur l’aide de Bakounine et ses adhérents; mais l'entente entre l’anarchiste et le socialiste ne put se faire et une rupture complète se produisit ; à côté du Vpered! parut une revue bakouniniste résolument hostile.

Toute la biographie de Lavroff depuis cette époque se résume presque entièrement en l’histoire de son activité intellectuelle colossale, qu’il consacre à l'étude de la pensée humaine en général, de l’idée socialiste en particulier, et plus spécialement de sa réalisation en Russie.

Pierre Lavroff est mort à Paris le 6 février 1900, entouré d’une estime universelle. Son corps repose provisoirement dans le cimetière Montparnasse.

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